Politique économique et attentisme international

Le vote de la loi Macron a illustré aussi bien la volonté réformatrice du gouvernement, que les conflits au sein de la « majorité » socialiste (peut-être devrait-on aussi mettre ce mot entre guillemets en passant), si bien que l’article 49 al. 3 a été utilisé. Il y a plusieurs observations à en déduire : le gouvernement ne suppose pas qu’il ait le soutien d’une majorité, et suppose qu’il n’a pas contre lui non plus de majorité ; le gouvernement le gouvernement a essuyé de nombreuses critiques sur le caractère « non-démocratique » de la procédure. La question n’est pas à porter sur ce sujet déjà abondamment traité, mais sur le choix stratégique : pourquoi le gouvernement a-t-il agi ainsi, sachant pertinemment que cela consistait en un aveu de faiblesse avéré et que cela serait remarqué par tous ?

Il semble qu’une hypothèse,peu ou pas développée par les médias, peut expliquer ce calcul apparemment étrange : attentisme. L’analyse cyclique de l’économie et de la conjoncture laisse présager une reprise à court terme, quoique modérée. La chute des cours du pétrole, la baisse de l’euro, la confiance des marchés du fait du QE (quantitative easing) de la BCE, d’une durée de 18 mois, met en place des conditions économiques et financières stables à court terme, aptes donc à permettre une reprise économique. C’est un changement sur lequel le gouvernement n’a que peu d’influence, puisqu’il est essentiellement conjoncturel. L’objectif peut avoir été de vouloir, à tout prix, en anticipant cette reprise proche, montrer un activisme, une volonté concrétisée de légiférer. Non pas seulement légiférer pour des effets limités, mais surtout légiférer pour légiférer, pour pouvoir dire au moment de la reprise : « nous avons tenu un cap, malgré toutes les oppositions, pour restaurer la croissance et l’emploi, nous avons dépassé les intérêts politiques et électoraux de court terme pour penser au long terme ». Cela assurerait une réélection en 2017.

Autre élément à prendre en compte à l’appui de cette explication : quelque soit le résultat des départementales du 22 et 29 mars, Manuel Valls restera en fonction. Il y a évidemment beaucoup de raisons à cela, mais peut-être s’agit-il de conserver celui qui aura fait triompher les réformes. Il faut dire qu’en matière économique, actuellement, la reprise est nécessairement conjoncturelle, et la meilleure stratégie du Président F. Hollande, élu au creux de la crise, était l’attentisme, tout en légiférant assez pour donner l’illusion d’une activité efficace du gouvernement. Le néo-libéralisme mondialisé laisse peu de pouvoir réel aux États, qui n’ont qu’une influence très faible sur les tendances mondiales de l’économie. Des acteurs non-étatiques comme la BCE, le FMI, certains États ayant une part importante dans la production de ressources stratégiques (pétrole : États-Unis, Arabie Saoudite), ont bien plus d’influence que tous les pays européens réunis. On peut attendre courant 2015, plutôt fin 2015, une baisse sérieuse de l’augmentation du nombre de chômeurs, le renversement de la courbe du chômage pouvant alors s’opérer courant 2016 ou 2017. Mais le fait sera là : le gouvernement anticipe une tendance favorable en 2015. Sinon la munition à usage unique du 49 al. 3 n’aurait pas été « gâchée » maintenant, en février, la rendant indisponible pour le reste de la session parlementaire. Le gouvernement anticipe, et veut sa part du succès.

On peut ainsi interpréter rétrospectivement toute la stratégie gouvernementale de communication et d’économie. Les emplois aidés financés par l’État ? Une mesure  temporaire, pour limiter les dégâts avant la reprise. Annoncer le retour de la croissance et de l’emploi en 2012 ? En 2013 ? En 2014 ? De simples erreurs d’appréciation du moment du retour cyclique. Pourquoi ne serions nous pas à nouveau dans une erreur d’appréciation ? Le gouvernement a perdu beaucoup de munitions. Employer à nouveau la rhétorique du retour de la croissance serait un pari à quitte ou double, à l’issue duquel le gouvernement pourrait bien être dans une situation très compliquée, avec une fronde majeure. Pour autant, le fait est que depuis le début du quinquennat, la conjoncture économique n’a jamais été aussi favorable à la croissance. Jamais le pétrole n’a été aussi bas depuis 2012, l’euro aussi faible, l’environnement économique et financier aussi stable. La situation de l’euro, potentiellement mis en péril par le « brexit », est évidemment à étudier, mais en termes de croissance nationale, la situation est excellente. Reste à voir comment agiront les marchés. Si les hypothèses énoncées dans cet article sont vraies, il est certain que le gouvernement tentera de créer un climat de confiance, de protéger la monnaie et le marché européen, pour accélérer la tendance.

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