Hellfest: le métal sous le signe de l’amour

Cette année, les bacheliers ont été privés du Hellfest, mais la première année de l’IEP de Saint Germain que je suis a pu célébrer le dixième anniversaire du plus grand festival de musique métal de France à Clisson, banlieue nantaise composée à 90% de seniors.

Le temps de se trouver une place dans l’immense camping où règne probablement la meilleure ambiance de la région, de demander un décapsuleur aux voisins (oui, je sais, amatrice) et nous voilà rentrés en enfer. Paradoxalement, l’entrée de l’espace-même du festival est une façade de cathédrale. Il faut dire que la spécificité du Hellfest, c’est l’immense budget consacré aux décors. Cette année encore, ils étaient impressionnants : même si les scènes, encadrées par des décors plutôt rock où des entrelacs de roses côtoyaient de charmantes têtes de morts, n’ont sans doute pas plu au public le plus punk, le reste les aura sans doute convaincu : des flammes de partout, une grande roue, plein d’objets stylisés en fer rouillé ; le fameux arbre dont les branches forment les lettres HELLFEST (le plus grand point de rencontre des festivaliers perdus) ; des plaques commémoratives au sol rappelant les grands groupes passés sur les terres de Clisson, etc. Par contre, l’immense corbeau bien connu des festivaliers avait été brûlé quelques semaines avant le début du festival par des pratiquants religieux « un peu trop extrémistes » dans leurs gestes.. Pendant ce temps, ils ont choisi de faire visiter le site du festival à la maison de retraite du coin. Vraiment hein. De chics types ces métalleux.

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Les portes de l’enfer franchies, c’est maintenant face à une marée noire que l’on se retrouve. Ou qu’on ne se retrouve pas d’ailleurs. Si votre pote est blond, cheveux longs, a une veste en jean avec un patch MOTORHËAD au dos, et bien votre ami est la copie conforme du quart des festivaliers. Tout en noir, déguisés en pikachu, en moines ou plus simplement à poil : les festivaliers ont bien compris que le Hellfest n’appliquait pas de code vestimentaire à l’entrée.

Il y a en tout sept scènes, deux très grandes réservées aux « grands groupes », et cinq autres dédiées à divers genres de métal. Alors, non, il n’y a pas que cinq genres de métal, mais il y en a des dizaines. Et tous ne reposent pas sur une saturation des guitares à l’outrance ou sur un démembrement vocal du chanteur, je vous jure ! L’année dernière, les cinq petites scènes étaient couvertes par de malheureuses petites tentes. Cette année, pour un meilleur confort, ces petites tentes ont été remplacées par d’immenses abris bien pratiques pour couvrir tout le public ou les personnes souhaitant rattraper leur nuit, bercés par le doux son de la double-pédale.

Les concerts et les bières s’enchaînent allégrement, l’atmosphère se réchauffe, les festivaliers s’entassent sur les 35m2 d’ombre et scandent en cœur la fameuse réplique lepénienne, « JEANNE ! AU S’COURS », ou encore le classique appel à l’« APEROOOOO ». La poussière se soulève sous la force des pogos, circle pit et autres pratiques barbares. Non en vrai, vu que je ne suis pas très grande, j’ai pas eu trop envie de perdre un membre ou de me prendre des gens sur la tête, donc je n’ai pas foulé le centre des fosses. Mais ! Pour les moins courageux, il y a le headbang, qui consiste tout simplement à se baisser et faire tournoyer sensuellement ses cheveux longs au rythme des gros riffs bien lourds. Pour les connaisseurs, le concert de Lamb of God fut un très bon échauffement.

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Le Hellfest est aussi un bon moyen de s’ouvrir à de nouvelles sonorités, de nouveaux genres, et découvrir de nouveaux groupes qui, peut-être, deviendront les grands de demain. Parmi ces groupes qui m’ont marquée, on retrouve notamment Prostitute Disfigurment, dont le nom préfigure la poésie, et plus sérieusement, Shining, un groupe norvégien de jazz métal qui s’inspire parfois de métal progressif. Il est encore assez rare de voir le chanteur d’un groupe de métal arriver avec un saxophone et arriver à maintenir cette ambiance bien particulière du métal progressif. Pour faire très simple, le métal progressif (et Baptiste, je sais que tu en as une définition bien plus éclairante) ce sont les virtuoses perchés du métal. Le groupe passait en fin de soirée, et ce fut un beau lot de consolation pour rattraper la prestation, à mon goût, pire que décevante, de Slipknot (les 9 gars en combi de prison, masqués à la massacre à la tronçonneuse). Autre point négatif aussi, quelques coupures de son, assez embêtant pour un festival… Mais bon, ça relance l’ambiance et fait ressortir le son bien viril des mécontents.

Pour poursuivre dans la présentation des grands moments marquants, (les vraiment grands hein, sinon je parlerais aussi du moment douche, mais je n’en dirai rien à part que, sans ironie, les metalleux sont des gens propres. Surtout les metalleuses en fait, les metalleux préfèrent se rincer à la bière), on a bien sûr eu le droit au grand feu d’artifice commémorant le dixième anniversaire du festival. En toute objectivité, j’ai entendu dire que le 14 juillet à la Tour Eiffel à côté, c’était rien. Et en bonne parisienne, je tiens à dire que la comparaison peut être faite. Le fond sonore diffère légèrement. Les feux d’artifices étaient tirés au rythme des plus grands titres rock entonnés par tous les festivaliers, réunis pour l’occasion. Trente minutes plus tard, c’est Scorpions (Rooock you like a hurricaaane ou encore ‘Cause I’m still loving youuuu) qui poursuit le show, complété aussi par un feu d’artifice, mais gâché par un metalleux canibalo-polygame : un mec qui a décidé d’alterner les gobages de bouche entre la dame de droite et la dame de gauche. Bref, une soirée à l’atmosphère presque bisounours, mais très émouvante : les metalleux sont des êtres très sensibles.

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Pour les fans assumés de métal, et les autres qui se cachent encore, je ne poursuivrai pas la critique des groupes, parce que sinon les autres vont rien comprendre. Même si bon, les punks bretons aka les Ramoneurs du Menhir ont tellement tout déchiré que beaucoup de festivaliers n’ont pas pu accéder à la fosse, et beaucoup de jeunes filles ont eu du mal à trouver leurs vêtements. Je souhaitais surtout faire partager un peu de l’ambiance de ces trois jours hors du commun, où tout est possible, où chacun est ce qu’il veut être, quand il le souhaite, toujours dans la bonne humeur, la joie, le partage, la bière, le vomi, et le doux battement ininterrompu de musique satanique en fond sonore. J’espère aussi avoir confirmé tous les stéréotypes qui collent à la peau des metalleux. #jesuismetalleuse

Sur ce, je m’en vais écouter Tamayourth aux Journées Musicales de Carthage.

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C.R.

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