Syrie : Défis et opportunités pour la Turquie

Le 28 Août dernier, la Turquie a quitté la position neutre qu’elle entretenait jusqu’alors et s’est engagé dans le conflit syrien, en bombardant des positions de l’État Islamique. C’est à la même période que cette guerre a pris une nouvelle dimension avec l’intervention russe et ce qu’on appelle la « crise des migrants » en Europe. Au milieu de tout cela, qu’arrive-t-il à la Turquie ?

L’actuelle guerre en Syrie tire ses origines du printemps arabe. Les révolutions de 2011 ont donné lieu à une véritable guerre civile, qui a entériné une escalade de la violence et une multiplication des acteurs, notamment avec la progression de l’organisation État islamique. Malgré l’opposition des populations kurdes de la Syrie et de la Turquie, qui sont elles aussi des acteurs du conflit, cette avancée fulgurante lui a permis de prendre le contrôle d’une assez large partie du nord-est de la Syrie et de points de passage entre le pays et la Turquie.

Auparavant critiquée par certains membres de la communauté internationale pour son inaction et sa neutralité, Ankara, sentant la menace islamique s’approcher de ses frontières, a donc décidé d’agir en s’engageant militairement dans le conflit. Mais ce retournement de veste d’Erdogan ne cacherait-elle pas d’autres motivations plus profondes ?. Cyniquement, on pourrait dire qu’une guerre serait le meilleur moyen pour Erdogan et son gouvernement de s’imposer, de se légitimer et d’unir le peuple derrière un objectif commun, après des critiques de plus en plus vives et des accusations de censure des réseaux sociaux, corruption, et d’accroissement des tensions auprès des minorités kurdes. Tensions récemment ravivées, et surtout soulignées par divers attentats pro- ou antikurdes cette année (le 25 juillet ou plus récemment le 10 octobre à Ankara). Il est encore difficile d’estimer le bouleversement que constituera l’entrée en guerre pour la société turque et la manière dont est organisé le dialogue avec les minorités à l’intérieur du pays, mais le deuxième attentat évoqué, qui a eu lieu lors d’une marche pacifique et visait à protester contre la politique militariste d’Erdogan, illustre bien la complexité et l’instabilité de la sécurité interne du pays.

La problématique posée par les réfugiés de guerre syriens est l’une des autres dimensions motivant une intervention internationale en Syrie. Ceux-ci fuient le régime de Bachar Al-Assad ou l’Etat Islamique, pour l’Europe, et leur nombre n’a jamais été aussi élevé que depuis cette année. La Turquie accueille aujourd’hui deux millions de migrants, un certain nombre espérant pouvoir ensuite gagner l’Europe. En comparaison, l’Allemagne a estimé qu’elle accueillerait 800 000 demandeurs d’asile en 2015 et la France… 77 000. La résolution de cette crise migratoire passe donc irrémédiablement par la résolution du conflit armé en Syrie, ce que la Turquie comme l’Europe a compris. Cet enjeu des migrants pourrait également s’avérer bénéfique à la Turquie d’une autre manière. En effet, en échange d’un « plan d’action commun » et d’une coopération pour prendre en charge les flux de migrants, la Turquie pourrait se voir octroyer des facilitations dans les procédures d’obtentions de visas pour ses ressortissants, une aide financière importante, et l’ouverture de nouvelles négociations pour son adhésion à l’Union Européenne, dont la candidature avait été déposée officiellement en 1999. Ces propositions sont donc des opportunités séduisantes pour le pays qui souhait depuis très longtemps être mieux intégré à l’espace européen.

On peut toutefois s’inquiéter de la réaction des autres acteurs face à cette entrée en guerre de la Turquie. Bien qu’elle ait pris part aux diverses discussions entre les forces armées intervenantes, le risque de l’incident diplomatique n’est jamais écarté. Des avions turcs auraient par exemple croisé des avions russes en vol au dessus du pays, une « violation » de l’espace aérien turc. Depuis, les vols russes contournent le pays, mais ce différend ne fait qu’accentuer les différents entre l’OTAN et la Russie au sujet de la participation à cette guerre.

Q.M.

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