Critique: Vies minuscules, de Pierre Michon

Dans  Vies minuscules , Pierre Michon donne à voir la vie des « petites » gens, de ceux dont l’existence pèse peu, qu’on oublie, qui, enfin, disparaissent sans laisser de traces.« Qui, si je n’en prenais ici acte, se souviendrait d’André Dufourneau, faux noble et paysan perverti, qui fut un bon enfant , peut-être un homme cruel , eut de puissants désirs et ne laissa de trace que dans la fiction qu’élabora une vieille paysanne disparue ? » demande mélancoliquement le narrateur.  Et ainsi en est-il également  d’Antoine Peluchet qui délaissa ses parents paysans  à la suite d’une dispute et les laissa le  regretter leur vie durant, des frères Bakroot qui, si différents, se disputèrent tant et s’aimèrent au fond et de bien d’autres encore.

Le narrateur, et c’est en cela que réside l’originalité du roman, se découvre progressivement en se penchant sur ces gens qu’il n’a pas toujours connus, mais qui lui demeurent envers et contre tout présents. Tous ont joués un rôle dans la formation de ce qu’il est et l’ont influencé plus ou moins directement  dans sa vocation d’écrivain.

Pierre Michon, en véritable styliste, sert une langue riche et travaillée. Une langue surtout, qui ne craint pas les longues phrases, parfois jusqu’à l’excès sans doute.  L’éclat de sa prose qui se manifeste dans la longueur de sa phrase voit sa magnificence atténuée lorsqu’il abuse de cette même longueur. Sa petite musique, son rythme si particulier, sa beauté même, porte moins bien en ces instants.  Alors, je me prends, et je ne pense pas être le seul, à m’ennuyer. J’en ressens comme une gêne,  connaissant son talent incontestable.  Cette gêne s’estompe rapidement et de nouveau je m’imprègne, reconnaissant, de cette longue suite de mots qui ne s’essoufflent plus, de l’utilisation fréquente, pourtant devenue si rare  dans la littérature contemporaine,  de cet insaisissable point de ponctuation qu’est le point-virgule, lequel est essentiel dans sa prose.

De cette lecture ressort un livre remarquable dont le style confère sa splendeur à la simplicité, et ce, en dépit de quelques errances qui causent par instants un ennui fugitif.

Léo M.

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