Burundi: Eviter le génocide, faciliter la transition démocratique

Alors que le Burkina Faso est encore sous le choc du terrible attentat perpétré au cœur de sa capitale il y a un peu plus de dix jours, un autre pays d’Afrique, le Burundi, est en ce moment dans une situation conflictuelle qui pourrait tourner au drame. Partageant une frontière avec le Rwanda, où les cicatrices du génocide sont encore saillantes, le Burundi est également le théâtre de rivalités ethniques entre Hutus et Tutsis.

Tout a commencé en avril 2015 alors que le président Nkurunziza se présentait aux élections présidentielles pour la troisième fois -malgré qu’il soit clairement stipulé dans la constitution qu’un président ne peut exercer plus de 2 mandats consécutifs. Des manifestations violentes ont naturellement eu lieu pour protester contre les agissements de Nkurunziza,  mais celui-ci a tout de même été réélu en juillet, dans un scrutin boycotté par l’opposition. Depuis, cette dernière a multiplié les opérations contre le gouvernement mais celles-ci n’ont pas déstabilisé le pouvoir en place. Ces opérations se sont cependant soldées par un bilan de 230 morts et 30000 personnes poussées à l’exil à l’heure d’aujourd’hui. La communauté internationale s’indigne des crimes perpétrés par le gouvernement Burundais envers ses opposants, en particulier depuis la découverte de plusieurs fosses communes où des corps d’opposants seraient entassés, bien que le gouvernement ne nie ces accusations.

Malgré que ce conflit ne semble porter que sur des enjeux politiques, on ne peut nier la nature ethniciste des tensions au Burundi, bien qu’elle soit relativement moins importante qu’au Rwanda. 80% des 10 millions d’habitants du Burundi sont Hutus mais contrairement au Rwanda, le gouvernement burundais a tenté de maintenir la cohésion sociale en s’arrêtant sur un compromis constitutionnel. En effet, 60% des postes parlementaires et gouvernementaux sont accordés aux Hutus et 40% aux Tutsis. Quant à l’armée, elle a été réorganisée de façon à accueillir autant d’Hutus que de Tutsis.  Malgré cela, on note des signes de tensions ethniques dans les quartiers à majorité Tutsis et certains soupçonnent le Rwanda de tenter de manipuler les réfugiés burundais pour déstabiliser le pays ou de vouloir intervenir pour défendre la communauté Tutsi au cas où elle serait persécutée.

L’histoire tourmentée du Burundi s’explique également par le massacre de 200 000 civils Hutus en 1972, auquel le génocide rwandais de 1994 fut une réponse. Le massacre de 1972 qu’on peut également qualifier de génocide a touché de nombreux hauts responsables politiques Hutus. En effet, Nkurunziza et son ancien chef de la sécurité, Adolphe Nshirmirimana, ont perdu beaucoup de proches dans ce massacre de 1972. Le président du Burundi fait donc parti de ceux qu’on surnomme les « Orphelins du génocide », sans compter le fait qu’il se revendique comme l’instrument de Dieu, profitant de l’attachement des Burundais Hutus à l’Eglise de Pentecôte.

Ainsi, la démission de Nkurunziza semble difficilement envisageable. Un consensus entre le gouvernement et l’opposition parait également compliqué étant donné que l’opposition,  fragmentée et mal organisée, participe au chaos actuel. Quant à la communauté internationale, son action apparait comme limitée. En effet, cela fait plusieurs semaines que l’Union Africaine tente de convaincre Nkurunziza de la laisser intervenir dans son pays, en vain, puisqu’il s’évertue à refuser. Dans ce contexte, deux journalistes du Monde ont été emprisonnés car ils étaient soupçonnés de fraterniser avec l’opposition; ils ont cependant été libérés récemment.

L’ONU a toutefois déclaré renforcer sa position dans la zone frontalière entre le Congo et le Burundi, afin d’aider les réfugiés et d’empêcher une déstabilisation de la région. Cela ne semble néanmoins pas suffisant à éviter un nouveau génocide dans cette région, et malgré qu’on puisse lire dans tous les journaux l’inquiétude du monde face à un pays qui montre des symptômes similaires à ceux du Rwanda des années 1990, les actions concrètes ne sont pas nombreuses ou bien trop insuffisantes pour créer de véritables résultats. Il semblerait naturel de laisser la région gérer elle-même ses conflits, mais jusqu’à quel point ? Il serait dramatique d’intervenir une fois que le mal sera déjà fait…

En se détachant des rivalités ethniques, on constate également la volonté du peuple Burundais d’instaurer une véritable démocratie dans leur pays. Mais encore, on imagine que la communauté internationale pourrait aider le Burundi comme elle l’a fait avec le Burkina Faso en 2014, ce qui a grandement facilité leur transition démocratique…

N.B.

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