Journée des Droits de la femme: ceux qui ont tout compris

Ce mardi 8 mars, contrairement à ce que les magasins de lingerie, de décoration d’intérieur ou encore de linge de maison auraient bien voulu vous faire croire, c’était la Journée Internationale des droits de la Femme et non la « journée de la femme ». Il ne s’agit donc pas d’une journée de « promotions exceptionnelles ! » ni de « soldes extraordinaires ! » mais bien d’une journée visant à faire réfléchir sur les avancées (ou non) effectuées vers une plus grande prise en compte de la femme dans le monde et de ses droits en tant qu’être humain, ainsi que sur les choses encore à améliorer. Un concept pour le moins surprenant si l’on se place du point de vue des initiateurs du « Salon de la Femme » d’Angoulême qui souhaitaient mettre en place un concours de repassage. Ah c’qu’elle est belle la prise en considération de la femme de nos jours ! Heureusement (ou malheureusement, pour celles qui raffoleraient de leurs heures de repassage hebdomadaires) celui-ci a été annulé compte tenu des réactions choquées qu’il a suscité. Preuve que le bon sens peut quand même parfois se manifester. En bref, la Journée des Droits de la Femme a fait beaucoup parler d’elle, notamment parce que les organisations de défense des droits ont fait passer le mot (normal me direz-vous), mais aussi parce que les artistes s’y sont intéressés. En effet, c’est le cas du réalisateur Liam Engle, qui dans son court-métrage « MecsMeufs » montre qu’il a tout compris…

On suit donc l’aventure de Bob, trentenaire convaincu que les femmes devraient être flattées des compliments et incitations qu’elles reçoivent continuellement de la part du sexe opposé, et explique qu’en matière de drague, ce sont elles le « sexe fort ». Faisant écho au court-métrage réalisé en 2010 par Eléonore Pourriat et nommé « Majorité opprimée », celui-ci tente de traiter le sujet sensible du harcèlement avec une pointe d’humour. Bob clame donc ses arguments, reprochant aux femmes leurs entrées gratuites en boite de nuit, leur aversion envers les gros lourds insistants qui ne cessent de leur faire des avances ou encore leur trop grande discrétion lorsqu’il s’agit de montrer leur attirance envers un homme, mais celui-ci ne s’attendait pas à ce que les rôles s’inversent, le temps d’une soirée. Aussi, Bob se retrouve dans un monde dans lequel ce sont les femmes qui se retournent pour se rincer l’œil quand elles croisent un « bel » homme, ce sont elles qui font la queue devant les boites de nuit, et ce sont aussi elles qui sont cette fois-ci les « grosses lourdes insistantes » qui abordent les hommes sans se soucier de leurs états d’âmes. A travers la réaction des personnages masculins, il est possible de voir à quel point le réalisateur retranscrit la réalité : le comportement de ces femmes semble plutôt flatter Bob, qui en profite, mais cela dérange son ami qui se sent considéré « comme du bétail » : même clivage chez les femmes d’aujourd’hui, entre celles pour lesquelles ce comportement n’est pas tant dérangeant et même flatteur, et celles qui y voient une source de malaise. Pour finir, Liam Engle va jusqu’au bout de son idée : Bob se retrouve coincé dans les toilettes, à se faire agresser sexuellement par un petit groupe de femmes, sans parvenir à se défendre (on peut ici discuter du réalisme de la scène, sachant qu’un homme de cette corpulence aurait largement pu se dégager). Enfin, notre personnage parvient à s’enfuir et revient à la réalité, réalisant enfin qu’il avait tort. La fin du court-métrage, plutôt enjolivée et humoristique, rend le message un peu léger, mais fait tout de même réfléchir sur cette différence hommes-femmes, mais aussi sur l’incompréhension généralisée qui tend à faire dire que les incitations perpétuelles ne sont pas du harcèlement mais simplement de la « drague ». Heureusement, la drague est bien plus subtile !

Grâce à cette inversion des rôles, il est plus facile de comprendre la portée du harcèlement et la façon dont les femmes le subissent quotidiennement ; c’est le but que poursuivait dès 2010 la réalisatrice Eléonore Pourriat. Dans son court-métrage Majorité opprimée, celle-ci retrace la journée d’un jeune père au foyer ayant osé sortir de chez lui en chemisette et short un peu court. Alors que celui-ci pousse la poussette de son enfant pour le déposer chez « l’assistant paternel », on s’aperçoit que les femmes de ce monde parallèle font leur jogging poitrine nue à la manière des hommes, qu’elles se retournent sur son passage ou encore qu’elles lui lancent des compliments insistants lorsqu’elles le croisent par la suite sur son vélo. Plus tard, une autre fait pipi au milieu d’une ruelle à la façon d’un homme, tandis que ses copines alpaguent le jeune père, qui finit, lui aussi, par se faire agresser. Ici, Eléonore Pourriat va plus loin que Liam Engle, puisque l’on suit le personnage jusqu’au poste de police, où malgré des traces de violences bien visibles, on lui reproche d’exagérer voire de fabuler, une situation elle aussi couramment vécue par les victimes d’agression.

Deux histoires donc incarnées par des hommes, mais qui sont bel et bien des histoires de femmes, et même si l’on ne se fait pas toutes agresser, il n’est pas absurde d’affirmer qu’on se fait presque toutes harceler. A l’instar du message véhiculé par ces deux courts-métrages, n’oublions pas qu’ « un homme sur deux est une femme » (merci Simone) et surtout, que la lutte pour les droits des femmes ne s’arrête pas à la Journée des Droits des Femmes. Et merci à vous, homme ou femme, pour votre attention.

Le court-métrage « MecsMeufs » dure 13 minutes, et « Majorité opprimée »  dure 10 minutes.

 

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