Attentats de Bruxelles : vers une banalisation de l’horreur ?

« Avec le vent de l’est, écoutez-le tenir

Le plat pays, qui est le mien »

Jacques Brel, Le Plat Pays

 

A peine auront nous eu le temps de pousser un soupir de soulagement après l’arrestation du principal suspect des attentats du 13 novembre, que nous voilà encore une fois plongés dans l’horreur terroriste. Le 22 mars 2 attaques terroristes ont en effet plus de 20 morts et 200 blessés, lors d’actions simultanées à l’aéroport international de Zaventem et dans le métro bruxellois. Les autorités belges ont immédiatement fermé l’accès à la capitale. Cette réaction bien que nécessaire constitue un véritable choc, puisque 4 individus ont réussi à paralyser la capitale européenne. L’impact symbolique est donc évidemment très fort, l’Union Européenne est frappée en son cœur avec l’explosion kamikaze dans le quartier européen de Bruxelles.

Malgré le choc les autorités belges ont bien sur réaffirmé leur détermination à combattre les « ennemis de la liberté » pour citer le Premier Ministre, Charles Michel, très ému lors de la conférence de presse. Le Premier Ministre s’est ensuite rendu accompagné du Président de la Commission Européenne, le luxembourgeois Jean-Claude Juncker, place de la Bourse afin de déposer une bougie, prolongeant ainsi le geste de milliers de bruxellois qui s’y étaient spontanément rendus après les attaques.

Un lien direct avec Salah Abdeslam a été effectué cette semaine, même si ce dernier continue de nier qu’il était au courant d’une telle attaque. En effet le kamikaze du métro est lié à l’appartement de Forest dans lequel l’ADN d’Abdeslam a été retrouvée quelques jours avant son arrestation. Le terroriste présumé a par ailleurs changé de stratégie pour sa défense, demandant à être extradé en France « le plus rapidement possible » selon son avocat. Ce dernier avait pourtant montré sa défiance vis-à-vis son extradition avant les attaques de Bruxelles.

Un appel à témoins a été lancé pour retrouver un terroriste présumé, qui aurait comme Abdeslam, renoncé à se faire exploser au dernier moment puisque sa ceinture d’explosif a été retrouvée à l’aéroport. Son identité n’est pour l’heure pas encore formellement établie malgré l’inculpation d’un suspect cette semaine à Bruxelles.

 

La communauté internationale a rapidement témoigné de son soutien à la Belgique, François Hollande affirmant que « c’est « l’Europe  qui était visée ». Le Pape François a également exprimé la solidarité de l’Eglise envers les victimes du terrorisme, le 22 mars mais également lors de son adresse à la place Saint Pierre et au Monde ce dimanche de Pâques. Les autorités françaises ont par ailleurs déployé 1 600 policiers et gendarmes supplémentaires dans les sites sensibles, rappelant que nous subissons encore ce climat sécuritaire. Le gouvernement Belge a toutefois annoncé qu’il ne souhaitait pas pour le moment entrer dans un Etat d’Urgence à la française, privilégiant le « droit ordinaire » en premier lieu.

La dignité des bruxellois et de la communauté internationale tranche avec les quelques récupérations politiques de ces évènements, comme celle de Bruno Leroux, qui profite des attentats pour attaquer le sénat suite à la modification du projet de révision constitutionnelle sur la déchéance de nationalité. Dans un autre registre Michel Sapin s’est permit de critiquer la sécurité du territoire belge en parlant de « naïveté », le soir des attentats. Il a par la suite affirmé qu’il « regrettait ses propos ». L’indignité n’est malheureusement pas le privilège de quelques-uns, mais le mode expression d’un plus grand nombre, comme l’a démontré l’extrême droite ce weekend à Bruxelles, où quelques centaines de militants extrémistes ont été repoussés par les forces de l’ordre lors de la manifestation de solidarité organisée le jour de Pâques.

Outre l’indignité, l’indignation. Ou plutôt la fin de l’indignation ? Il n’y a en effet pas eu de vague de solidarité populaire d’une ampleur comparable à celle du 13 novembre. Pour interroger ce phénomène, la une de The Economist du 26 mars,  « Europe’s  New Normal » : le terrorisme est devenu une nouvelle « normalité » sur le vieux continent. Après Je suis Charlie et Pray for Paris, l’indignation aurait cessé en 2016, laissant peut-être place à une forme de fatalité, qui n’est pas sans rappeler l’indifférence de la presse occidentale face à la récurrence attentats perpétrés au Moyen Orient et en Afrique.

Pour autant, de nombreux gestes de solidarités se sont manifestés, reprenant les symboles culturels de la Belgique. On y voit Tintin en pleurs, ou dans une parodie de l’album Tintin sur la Lune, ce dernier disant au capitaine Haddock « Oui capitaine, moi aussi j’aimerai parfois être sur la Lune ». Dessin emblématique s’il en est, celui de Plantu dans Le Monde du 23 mars, où le drapeau Français réconforte le drapeau belge, comme si il semblait également le remercier de ses efforts dans la traque des cellules extrémistes de Molenbeck.

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prayforbrusselstintin et milou attentats de bruxelles

 

Jacques Brel aurait pu chanter alors Le plat pays, qui traduit aujourd’hui la fierté de la Belgique, celle de rester souder dans les moments difficiles, comme nous l’avions été après le 13 novembre, et de résonner dans la cours des invalides ce même Jacques Brel, Quand on n’a que l’amour. Et qu’ils n’ont que la haine.

H.C.

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