Les origines de la Guerre de 30 ans

Septembre. Le terrible mois de la rentrée, celui que tous les écoliers et étudiants de tous horizons rechignent à voir arriver, comme le lundi après un bon week-end de « Netflix & Chill ». Ce mois où tous les réveils du monde s’unissent pour nous sortir de rêves aussi doux que nos couettes, celui où l’on retrouve des salles de cours vides depuis deux mois et des profs trépignant d’impatience à nous offrir leurs savoirs et à nous harasser à grands coups d’exposés et de partiels. Mais ce ne fut pas toujours ainsi, il fut une époque où l’homme ne trainait pas tant les pieds pour rejoindre les établissements scolaires, une époque où l’école en elle-même n’était pas aussi dominante qu’aujourd’hui, une époque où les enfants batifolaient dans les champs armés de faucilles comme dans toute bonne utopie stalinienne. Mais aussi une époque où…on se faisait jeter par la fenêtre en signe de protestation.

Présenté ainsi, on pourrait croire qu’il ne s’agit que d’un simple fait divers, de ceux qu’on lit dans les journaux (du moins, les autres, on n’est pas comme ça au Grand Pari, enfin par pour l’instant). Et ça serait le cas, s’il ne s’agissait pas de proches de l’illustre famille des Habsbourg.  Vous l’aurez compris (en fait non, mais bientôt oui, si ça c’est pas génial), nous allons amorcer cette nouvelle chronique historique par les évènements qui ont secoué le Saint Empire Romain Germanique en 1618-1619, conduisant à la Guerre de Trente Ans.

Depuis le XVIème siècle, l’Europe catholique, influencée par la toute-puissance de l’Eglise de Rome, connaît une vague de développements sans précédents. Outre l’invention de l’imprimerie par Gutenberg en 1451, elle est marquée par la redécouverte du savoir grec, récupéré à la chute de Constantinople et de l’Empire Byzantin en 1453. Ces montagnes de connaissances ainsi léguées vont permettre des grandes évolutions dans l’ensemble des domaines intellectuelles, mais par la même occasion, entacher la politique obscurantiste chaperonnée par l’Eglise et son Inquisition. Parce qu’il n’a pas fallu attendre le retour de Platon pour que les gens réfléchissent, mais c’était auparavant perçu comme une hérésie, et donc un petit aller simple pour le bûcher. Faut pas non plus déconner avec ces histoires de Terre ronde…

Dans cet essor intellectuel, un homme appelé Martin Luther va, non pas prêcher l’égalité entre les Noirs et les Blancs aux Etats-Unis, mais bien remettre en question cette mainmise de l’Eglise et de son dogme sur le continent, et notamment dans le Saint Empire, à partir de 1518. Il va par exemple mettre en avant, à l’aide de la toute nouvelle imprimerie, que des figures comme les saints ou la Vierge n’apparaissent pas à l’origine dans la Bible. Cette première réflexion va en entrainer d’autres, avec par exemple Jean Calvin à Genève, et tous ces gentils petits bonhommes vont nous conduire à la Réforme protestante, qui cherche à revenir aux sources du christianisme et à dénoncer l’Eglise catholique.

Sauf que ça, évidemment, ça ne plait pas à l’Eglise. Elle qui dominait les rois de l’époque et qui imposait ses règles sur la société, la voilà qui se retrouve avec des intellectuels qui affirment qu’elle fait n’importe quoi et qu’elle prend tout le monde pour des imbéciles. C’est comme si on découvrait que le CRIT est gratuit dans tous les IEP alors que le BDS de SGEL se remplit les poches dans notre dos (cc le PMC). Du coup, la Papauté va organiser, le 22 mai 1542, le concile de Trente, qui amorcera la Contre-Réforme. A partir de là, la situation va légèrement dégénérer entre protestants et catholiques, et plus particulièrement dans le Saint Empire Romain Germanique, où le protestantisme prend sa source.

Il faut savoir que cet empire fonctionne selon un système électoral. En effet, il est constitué de 7 Grands Electeurs chargés d’élire le nouvel empereur à la mort du précédent. Ces Grands Electeurs sont les détenteurs de titres clés au sein de l’empire. Or, ces derniers se partagent entre protestants et catholiques. Malaise. Et c’est dans le Royaume de Bohême, un de ces Grands Electeurs, que tout va se gâter. Vraiment se gâter.

Ce royaume était une des possessions de la mythique dynastie des Habsbourg, qui sera le plus fréquemment à la tête du Saint Empire. Il est alors gouverné par Matthias Ier, plutôt conciliant avec les nombreux protestants qui habitent le Royaume. Sauf que voilà, Matthias Ier devient empereur et cède son trône de Bohême, et ça c’est bête. Ce qui est encore plus bête, c’est que, n’ayant pas eu d’enfants, il désigne son cousin Ferdinand II en tant qu’héritier. Et lui, il n’est clairement pas là pour s’amuser avec les protestants. Elevé chez les frères jésuites, il défend la domination des catholiques sur le Saint Empire. Et donc, quand il récupère dans un premier temps la couronne de Bohême en 1617, ça commence à chauffer sévère pour les copains de Luther.

Et comme si c’était pas suffisant, Ferdinand II récupère le trône de Hongrie en 1618. Les nobles protestants se décident alors à réagir, et le 23 mai 1618, ils partent taper la discute aux gouverneurs roi au château de Prague, cœur du Royaume. Il fallait s’y attendre, la discussion se transforme rapidement en tribunal improvisé par les nobles protestants. Afin de faire comprendre le message au roi, ils décident tout simplement de défenestrer deux des gouverneurs, Jaroslav Borsita von Martinic et Wilhelm Slavata. Quoi de mieux que de balancer des membres de l’administration pour montrer son désaccord ? Chance pour eux, du fait de leurs vêtements d’hiver, ils s’en tirent avec seulement quelques blessures et une grosse frayeur.

Et là, ça devient le capharnaüm général : la révolte gronde, Matthias Ier meurt et Ferdinand II est élu Empereur du Saint Empire le 28 août 1619, avant de perdre son trône de Bohême dans la foulée au profit d’un conseil de nobles protestants menant la révolte et désignant quant à eux Ferdinand V, un protestant, empereur légitime. Le nouvel empereur mate la révolte, mais il est trop tard : la Guerre de Trente Ans a éclaté, et l’Europe s’embrase dans les luttes entre catholiques et protestants, amenant de plus en plus de protagonistes au secours des protestants, avec notamment la Suède. La guerre aboutira en 1648, avec le traité de Westphalie qui est par ailleurs à l’origine des frontières encore actuelles de l’Europe. Comme quoi, il y a toujours pire que cette sonnerie qui vous réveillera demain matin…

A.B.

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