L’exploration polaire : « 2% de réussite »* jusqu’aux années 1980

Le HMS Erebus dans les glaces, François-Etienne Musin, XIXe siècle

Le billet historique, idéal pour connaître pleins de trucs inutiles que tu peux recaser dans tes disserts pour te taper un 18 ou pour briller dans les dîners mondains Saint-Germanois.

 Le 16 septembre dernier, l’épave du HMS Terror a été retrouvée dans l’Arctique, au nord du Canada, mettant fin à l’un des plus grands mystères du XIXe siècle. En 1845, une opération est lancée, le HMS Eberus et le HMS Terror, partent pour l’Arctique sous le commandement de John Franklin. L’objectif est de réussir la première traversée du passage du Nord-Ouest en contourner le continent américain par le Nord du Canada.  De ce fait, l’idée était de trouver la polynie, une croyance scientifique répandue à l’époque. Sauf qu’elle n’existe pas. Enfin pas comme on se la représentait à l’époque : ce n’est pas une grande mer intérieure mais quelques flaques disparates entourées de banquise (qui était plus épaisse et étendue à l’époque, réchauffement climatique ma gueule). Effet de causalité, les deux bateaux disparaissent.

Le duo maritime s’échoue en 1846 au niveau du détroit de Lancaster. Ils se sont retrouvés piégés dans la glace. Les 130 hommes de l’équipage sont obligés de quitter leurs navires. Pas un seul n’en réchappera. Les premiers, dont le capitaine Franklin, meurent de froid et de maladies liées à une intoxication au plomb utilisé au XIXe dans les boîtes de conserves. Les autres suivront jusqu’en 1848, non sans avoir tenté de rejoindre la civilisation à pied par le Sud. Plusieurs recherches successives sont organisées par le gouvernement britannique dès 1848, mais n’aboutissent pas. Dans les années 1850, des tombes de marins sont retrouvées, ainsi que des traces de cannibalisme et des effets personnels de l’équipage. Les recherches se succèdent tout au long du XIX, jusqu’à nos jours.

Cet événement a très rapidement déchaîné les passions anglaises, et s’est ancré dans les cultures populaires canadiennes et britanniques. Il a consacré le Pôle Nord comme terre mystérieuse et inexplorable. De nombreuses œuvres artistiques s’inspirent du drame, par ex Les Aventures du Capitaine Hatteras (1866) de Jules Vernes ou encore Terreur (2007) dans lequel Dan Simmons tente de reconstituer l’expédition (et surtout d’imaginer la fin. Mais du coup vous la connaissez déjà. Merde.). Malgré l’engouement particulier qu’elle a suscité, l’expédition Franklin n’est pas la seule à avoir connu une telle fin. Elle représente d’ailleurs plutôt bien l’excitation et le mysticisme (#inventedesmotscommeCrettiez) qui régnaient autour de la découverte du Pôle, et qui revenait en force à chaque expédition organisée.

Le XIXe-XXe, c’est l’âge d’or des expéditions polaires. Pourquoi naviguer vers cette terra incongnita au climat plus qu’hostile ? Non, bien sûr, ce n’est pas seulement pour savoir exactement ce qui s’y trouve, même si l’argument scientifique est de la partie. C’est surtout pour des raisons économiques («Money, money, money»), à savoir, trouver une nouvelle route commerciale. A l’époque, le canal de Panama n’était qu’un projet qui ne s’est finalisé qu’en 1914, il n’y avait donc pas de passage maritime pour traverser les Amériques, et le passage du cap Horn était risqué. D’où l’idée d’un passage Nord-Ouest, un supposé raccourcis pour atteindre le Pacifique.

Autre raison, les explorations polaires pouvaient contribuer à renforcer l’image de puissance d’un Etat si elles étaient réussies, en faisant démonstration de sa puissance maritime. De fait, entre deux-trois guerres napoléoniennes, la Grande-Bretagne ou autre moindre puissance maritime, occupaient ses bateaux et ses soldats (c’est vrai qu’un soldat en temps de paix, c’est un peu useless) en finançant des expéditions. Tout le monde était gagnant, puisque cela permettait également aux explorateurs, souvent des officiers militaires (Franklin ou Peary pour ne citer qu’eux), de trouver la gloire et la renommée qu’ils ne pouvaient obtenir sur le champ de bataille.

Ainsi, au début des années 1900, Amundsen, Peary, Cook et cie se livrent à une véritable « course aux Pôles » pour avoir le privilège absolu d’être le 1st explorateur de son siècle. Cook et Peary sont les premiers à prétendre l’atteindre en 1909, chacun de leur côté. Peary suscite la polémique en déclarant être parvenu à son objectif 15 jours avant Cook (difficilement vérifiable à l’époque). Il est péniblement désigné « premier homme arrivé au Pôle Nord » par le Congrès des Etats-Unis.

Mais le succès des deux explorateurs est rapidement entaché. Si Peary reçoit tous les honneurs, Matthew Henson, membre central de l’expédition Peary, est très vite écarté à cause de sa couleur de peau, je vous laisse la deviner. On ne reconnaîtra son importance qu’en 1937, ce qui est déjà un mini exploit aux US… De plus, Cook et Peary n’ont réalisé aucun relevé géographique à proximité du Pôle (coïncidence?). La parole de Cook est la première à être sévèrement mise en cause, l’explorateur est accusé d’avoir menti sur ses déplacements géographiques. Aujourd’hui, il est quasiment certain que Peary aurait aussi raté sa cible d’une quarantaine de kilomètres. Ces controverses auront au moins eu le mérite de montrer les magouilles et rivalités qu’engendrait l’enjeu de la découverte du Pôle.

Finalement, c’est le duo d’explorateurs Roald Amundsen et Umberto Nobile qui ont atteint les premiers le Pôle Nord avec certitude. Ils le survolent en dirigeable le 12 mai 1926. Wally Herbet est le premier à s’y rentre par voie terrestre à l’aide de chiens de traîneau (avec ravitaillements parachutés, faut pas abuser) le 5 avril 1969. Depuis, nombreux sont ceux qui l’ont atteint (avions, sous-marins, motoneiges, etc : ça aide). Il y a même des excursions touristiques pour vous faire vivre le grand frisson.

Aujourd’hui, le Pôle Nord fascine toujours autant. Si l’on s’en tient au droit international, il est situé dans les eaux internationales (il appartient à personne quoi). Mais depuis l’accélération de la fonte des glaces, de nouveaux enjeux géopolitiques ont émergé. Des réserves sous-marines de pétrole et de gaz naturel seraient désormais accessibles. Ainsi, les Etats-Unis, le Danemark, le Canada et la Russie se précipitent pour réclamer un partage du Pôle en leur faveur sous couverture de ZEE. En 2007, la Russie a été jusqu’à planter son drapeau sous la banquise pour faire valoir ses intérêts. Ça donne du travail aux différentes ONG qui se battent contre la fonte des glaces (aussi contre le braconnage mais là ici maintenant on s’en fou). Bref, Winter is not coming et c’est bien dommage.

* (D’après Jean-Louis Etienne, Le Marcheur du Pôle)

 C.D.

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