Pokémon Go, un business touristique au Japon

Tel un sexagénaire découvrant Facebook, mais mieux vaut tard que jamais, intéressons-nous aujourd’hui à la folie Pokémon Go qui a monopolisé l’intérêt d’Internet sur les réseaux sociaux pendant l’été, et plus précisément l’usage qu’en font les gouverneurs japonais dans le cadre du développement touristique de leurs régions sinistrées. Si vous ne connaissez pas cette application parce que vous vivez dans une grotte qui elle-même vit dans une grotte, Pokémon Go est un jeu en réalité augmentée développé par The Pokémon Company et Niantic dont le but est de capturer des Pokémon, suivant le thème du jeu puis de la célèbre série animée du même nom.

La présence de cette application est indésirable dans des sites de commémorations historiques pour des raisons évidentes de respect à la mémoire des victimes, comme à l’ossuaire de Douaumont en France ou au  musée de l’ancien camp nazi allemand d’Auschwitz en Pologne. Des communes françaises comme celle de Bressolles interdisent également Pokémon Go à cause de l’inattention engendrée chez les piétons et les conducteurs automobiles. Mais chez les préfectures japonaises boudées par le tourisme au contraire, Pokémon Go et le fructueux marché qu’il peut provoquer attire.

Avec les millions d’utilisateurs qui ont téléchargé l’application à travers le monde dès sa sortie, les gouverneurs japonais de quatre provinces sinistrées après des catastrophes naturelles espèrent désormais adapter cette idée à leur secteur touristique local en déclin.

Loin de faire l’objet du fantasme touristique mondial comme peuvent l’être Tokyo avec son luxueux quartier cosmopolite de Shinjuku ou l’île paisible de Hokkaido, les préfectures de Fukushima, d’Iwate et de Miyagi ont en effet été ravagées par le tsunami puis la catastrophe nucléaire de 2011. Kumamoto à l’extrême Sud a quant à elle coutume des tremblements de terre. Conscients de cette situation, les gouverneurs de ces régions ont alors annoncé leur intention de proposer un partenariat à Niantic lors d’une conférence de presse, afin  de multiplier les lieux interactifs du jeu pour attirer des vacanciers.

Par le biais de ce partenariat, ils veulent aussi développer plus particulièrement le tourisme interne, en plus des chasseurs étrangers, afin de sensibiliser la population japonaise sur leurs besoins et sur les difficultés auxquelles ils doivent faire face. Et quand on sait que 30 millions de japonais ont téléchargé l’application seulement deux semaines après sa sortie le 22 Juillet 2016, l’enjeu est de taille.Concrètement quelle forme le partenariat prend-il? Il s’agit d’abord de financer l’effort de reconstruction  en « game-ifiant » les parcours touristiques, c’est-à-dire en transformant une balade ou une visite guidée en un jeu interactif. Visiter les lieux des préfectures délaissées par le tourisme relèverait alors du jeu d’aventure, d’une course d’orientation ou bien d’une balade interactive.

La préfecture de Miyagi a ainsi déclaré avoir déjà réussi à collecter plus de 30 millions de Yen dédiés à Pokémon Go. Dix autres millions de Yen du budget ont été utilisés pour accueillir des événements Pokémon Go dans les préfectures impliquées dans les discussions. Et finalement 5 millions de Yen ont été  investis par Niantic pour «l’amélioration de son système ».

Ont été également mises en place comme infrastructures ludiques et fictives, les « pokéstops » -des points de ravitaillement qui permettent de progresser dans le jeu- et diverses arènes destinées à guider les touristes. La zone d’exclusion autour de la centrale de Fukushima est tout de même absente de la géolocalisation de l’application afin que le dresseur japonais puisse attraper un Canarticho sans risquer de se faire irradier.

Les petits dresseurs français et leurs Roucool peuvent être jaloux car des Pokémon uniques sont mis à disposition dans ces zones spéciales pour favoriser le courageux et téméraire touriste japonais ou étranger.

Par ailleurs, l’Etat japonais contribue également au projet par la publicité faite au jeu dans les médias.Mais les préfectures japonaises ne sont pas les seules actrices du pays à avoir profité de la folie Pokémon Go.Le partenariat que Niantic a conclu avec Toho, le Gaumont nippon, est en effet similaire: les cinémas de la chaîne se sont vus transformés en PokéStops afin d’attirer les dresseurs cinéphiles dans l’âme. Et c’est aussi McDonald’s qui a converti les 3000 restaurants de l’archipel en arènes et PokéStops, permettant à ses clients d’aller courir le Pokémon le ventre rempli de frites reconstituées et de viande qui n’en est pas.

Se pose alors la question de la durabilité du phénomène, et donc celle du regain touristique que connaissent les préfectures grâce à ce type de contrat. Si Pokémon Go est un phénomène de société, il est aussi et surtout un phénomène de mode, et donc est par définition éphémère. Si l’application a vu le pic des 100 millions de téléchargements dépassé, ce sont 15 millions de joueurs qui ont désinstallé le jeu dans le monde à la fin du mois dernier. Il est alors plus que nécessaire pour les gouverneurs japonais de trouver un moyen plus viable de préserver l’intérêt touristique de leurs régions sinistrées.

H.A.

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