Ali Bongo ou le nouvel échec démocratique gabonais

Plus d’un mois après l’annonce de la victoire très contestée du candidat Ali Bongo Ondimba le 31 août 2016 aux élections présidentielles, à 49,8% des suffrages (à un scrutin majoritaire à un tour), le Gabon est toujours dans une situation proche de la guerre civile.

En effet, dans Libreville, la capitale gabonaise, et dans d’autres villes de province, des émeutes violentes ont suivi l’annonce des résultats pour contester la réélection du président, et l’assemblée nationale a été incendiée. S’en est suivi une large répression des opposants, avec son lot d’arrestations arbitraires, de disparitions, de morts et de blessés. Un assaut est lancé par le pouvoir dans la nuit du 31 août dans le quartier général de Jean Ping, ancien ministre à plusieurs reprises et candidat arrivé second à l’élection avec 47,24% des suffrages se revendiquant le vrai président élu par les gabonais. L’accès à internet et aux réseaux sociaux est coupé dans le pays à partir du 4 septembre tandis que la police et l’armée occupent massivement les rues de Libreville, ville où la moitié de la population du pays réside.

Alors qu’un mouvement de l’opposition lié à la campagne de Jean Ping tente mettre des chiffres sur la répression et estime au 27 septembre au minimum «27 morts identifiés par des parents, 41 blessés, la plupart par balles, et 47 personnes dont on n’a pas retrouvé la trace», le gouvernement quant à lui reconnaît avoir interpellé plus de 800 individus mais ne parle que de quatre morts dont un policier. De nombreuses familles cherchent ainsi des traces de leurs proches disparus, en vain pour la plupart.

Les émeutes anti-Ali Bongo proviennent d’un ras-le-bol général de voir la famille Bongo au pouvoir depuis 48 ans et donc du soupçon du trucage des élections ; petit rappel historique :

Le Gabon connait son indépendance en 1960 et adopte un an plus tard sa troisième Constitution avec son président élu, Léon Mba : le Président de la République sera alors élu au suffrage universel direct pour 7 ans et rééligible.

En 1967 son vice-président, Albert-Bernard Bongo, plus tard renommé Omar Bongo de par sa conversion religieuse, lui succède (il sera constamment réélu jusqu’en 2005) et instaure un an après un régime de parti unique, celui du Parti Démocratique Gabonais. Le multipartisme est seulement rétablit en 1990 suite à des troubles sociétaux et de grandes réformes en découlant : déjà en 1993, la réélection d’Omar Bongo est contestée. Le pouvoir au Gabon semble alors être une histoire de famille : quatre mois après le décès d’Omar Bongo, son fils Ali est élu et investi président de la République, après avoir été ministre pendant 12 ans, malgré le recours déposé par l’opposition. Par la suite, des scandales éclaboussent la présidence d’Ali Bongo et des manifestations tentent de prendre place, sans pour autant inquiéter le Président gabonais.

Un chiffre de ces élections retient en effet l’attention, celui des suffrages exprimés pour Ali Bongo dans une des neuf provinces gabonaises réputée pour être son fief familial : 99% de voix pour ce dernier et 95% de participation. Un score donc largement au-dessus de la moyenne des autres provinces (59,5% de participation au niveau national) et qui permet au candidat de rattraper son retard sur les huit provinces où son rival Jean Ping le battait en le dépassant de quelques 5000 voix.

Le 29 août, la mission d’observation de l’UE rend son rapport et dénonce un processus opaque des élections. Le recours déposé par Jean Ping pour contester les résultats du scrutin est battue en brèche dans la nuit du 23 au 24 septembre par la Cour institutionnelle gabonaise qui donne finalement raison à Ali Bongo. Jean Ping tente quand même de faire appel à la communauté internationale sur la situation politique du Gabon, même s’il sait bien, en tant qu’ancien ministre des affaires étrangères, ancien président de l’Assemblée générale de l’ONU puis de la Commission de l’Union africaine, que sa tentative a peu de chance d’aboutir. Ali Bongo est donc pour l’instant réinvesti pour un second septennat à la présidence de la République du Gabon.

N.B.

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