[Economie] Comment remplacer le CROUS par un stand de hot-dogs ?

Lundi dernier était révélé le nom des deux lauréats du Prix Nobel d’Economie…enfin le vrai-faux Prix « en mémoire de », décerné par la Banque de Suède, tout ça parce qu’Alfred Nobel était en bisbille avec la moitié des économistes et mathématiciens du Monde !

D’un côté, Oliver Hart, économiste anglais travaillant à Harvard, de l’autre Bengt Holmström, un finnois du MIT. Tous deux se sont intéressés dans leurs recherches à la théorie des contrats, c’est-à-dire l’art et la manière de créer et d’organiser une entreprise, à la fois en interne (décrire les rapports des salariés entre eux) et en externe (les interactions d’une entreprise à une autre).

…Et le CROUS vacilla

Mais qu’est-ce qu’on en a à faire des contrats ? Imaginons que vous et moi décidions de lancer une entreprise ensemble, disons un stand de hot-dogs pour concurrencer le CROUS de l’IEP. Il va de soi que nous nous répartirons les tâches : j’achèterai les saucisses, le pain et la sauce quand vous vous occuperez du matériel nécessaire au fonctionnement du stand (de quoi faire cuire les saucisses par exemple).

Et là les problèmes arrivent ! Un matériel de cuisson coûte bien plus cher que quelques petits pains, et vous ne voudrez pas obtenir une part des profits égale à la mienne si votre investissement de départ est trois fois supérieur. Comment régler ce problème ? Par un contrat, afin de déterminer qui a investi quoi, et la part des bénéfices qui lui est due (actes juridiques de création d’entreprise).

C’est bon notre entreprise est bien réglée, nous sommes fin prêts à mettre les sandwichs Poulet-Crudités et les couverts en plastique du CROUS sur la paille… Sauf que dès les premiers jours de boulot c’est le bazar, personne n’a de tâche attitrée et on est beaucoup moins productif quand on est pris de tous les côtés…Hop, deuxième contrat définissant les tâches de chacun ainsi que son salaire (contrat de travail)

Les mois ont passé et notre affaire est florissante. Voilà que l’administration est bien embêtée avec un CROUS qui voit d’un mauvais œil cette concurrence… Et si notre petite entreprise de hot-dogs prenait la place de la partie « snack » du CROUS ? Et c’est parti pour un troisième contrat déléguant une fonction normalement tenue par une entreprise publique à une entreprise privée (partenariat public-privé).

Si cette petite histoire souffre de quelques simplifications (disparues les clauses de non-concurrence du CROUS !), on comprend bien que les contrats sont omniprésents dans le monde économique. Ils permettent d’organiser les ressources dont dispose une entreprise, tout en prévoyant des sanctions si les termes du contrat ne sont pas respectés.

Ce que peut apporter la recherche

En plus d’offrir des contreparties, les contrats permettent surtout de mettre en place des incitations. Quoi de mieux pour motiver un PDG de grand groupe que d’indexer son salaire sur le cours de l’action de l’entreprise qu’il dirige ? Et cela marche également dans l’autre sens ! Une étude d’Oliver Hart a démontré qu’aux Etats-Unis, si les prisons publiques souffraient de mauvaises conditions de détentions à cause du manque de moyens, les prisons privées cherchaient tellement à réduire les coûts que les conditions de détention étaient dramatiques. Dans leur contrat avec l’Etat, les promoteurs privés étaient seulement rémunérés au nombre de prisonniers accueillis, les incitant donc à réduire les coûts.

Les contrats souffrent de deux imperfections majeures. D’une part, il est plus difficile qu’on ne le croit de mesurer la performance pour déterminer le salaire. Par exemple, une guerre entrainerait l’effondrement de l’économie d’un pays, donc les salaires des dirigeants d’entreprises sans que cela soit lié à leur performance globale. D’autre part, il est toujours difficile d’évaluer la conséquence d’un contrat sur une activité : le CROUS pourrait choisir d’acquérir notre stand de hot-dog, mais cela signifie que notre salaire ne serait plus déterminé par notre performance (puisque nous ne posséderions plus l’entreprise), nous serions donc  moins incités à être productifs (l’investissement peut alors se révéler peu rentable pour le CROUS).

En permettant de planifier une activité, les contrats se heurtent à l’incertitude de l’activité économique : il est difficile de prévoir à l’avance toutes les fonctions qu’un chef d’entreprise aura à exercer. De la même manière le relationnel entre salariés et le bien-être en entreprise jouent un rôle crucial dans la productivité des travailleurs… et cela aucun contrat n’arrive encore à le capter.

G.Z.T

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :