Mata Hari : courtisane, espionne, muse

Cette semaine je vous propose de découvrir l’histoire étonnante de Mata Hari, courtisane et danseuse, fusillée il y a tout juste 99 ans à Vincennes car elle était soupçonnée d’être espionne au service de l’Allemagne pendant la Première Guerre Mondiale.

De Margaretha Geertruida Zelle à Mara Hari

Mata Hari, de son vrai nom Margaretha Geertruida Zelle, est née en Hollande en 1876. Fille d’un riche marchand de chapeaux, elle fait ses études à Leiden pour devenir institutrice mais est renvoyée de l’école car on la soupçonnait d’avoir une liaison avec le directeur. A 18 ans, ayant des désirs d’émancipation, elle répond à une annonce matrimoniale dans le journal et se marie avec un officier de la marine néerlandaise, de 19 ans son ainé, avec qui elle part vivre aux Indes Néerlandaises, dans l’est de l’île de Java.

Vivant à la javanaise, elle adopte les coutumes, style vestimentaire de l’île, allant jusqu’à apprendre la langue et les danses locales. Le couple a deux enfants, mais l’aîné meurt de maladie, ce qui accabla la jeune femme. De plus, son mari était violent et alcoolique, ce qui la pousse à décider de divorcer. Malgré le fait qu’elle obtienne la garde de sa fille, son mari la lui enlève.

Elle décide donc de fuir son passé tumultueux, et arrive en 1903 à Paris, à l’âge de 27 ans. Pour survivre, elle se fait entretenir par les hommes ; dans le Paris de la Belle Époque, elle tient sa place entre la courtisane et la prostituée. Mais en 1905, elle se fait embaucher en tant que danseuse orientale aux tenues légères. Quelques mois plus tard, sa vie prend une nouvelle tournure quand Émile Guimet, un orientaliste fortuné et fondateur du musée du même nom, l’invite à venir danser dans la bibliothèque du musée, transformé pour l’occasion en temple hindou : elle y triomphe dans un numéro de danseuse érotique exotique sous le nom de Mata Hari, signifiant « soleil levant » en malais.

Grâce à son succès, elle entame une tournée dans toutes les capitales européennes jusqu’à la Russie, et s’enrichit énormément, multipliant les conquêtes, notamment parmi des hauts officiers et membres de gouvernements européens. Elle invente tout un mythe autour de son personnage : elle serait née à Java où les prêtres de Shiva l’ont initiée aux secrets de son culte et de ses danses. Elle a elle-même avoué ne jamais avoir su danser, ce qui plaisait dans son numéro était le fait qu’elle était dénudée. Mata Hari constitue alors une égérie de la Belle Epoque ; une femme moderne qui lève le tabou de la nudité dans une société encore marquée par le rigorisme du 19ème siècle, une courtisane aussi à la sexualité débridée et qui se soucie peu de la nationalité de ses amants.

La courtisane diplomate, un double jeu dangereux

Néanmoins, les années passant, Mata Hari commence à vieillir et sa carrière de danseuse décline. En 1914, alors âgée de 40 ans, ses aventures avec des hommes riches étaient devenues une nécessité financière pour elle. En 1915, un consul d’Allemagne, Carl H. Cramer, lui propose de rembourser ses dettes en échange de renseignements stratégiques pour l’Allemagne.

Elle tombe amoureuse en 1916 d’un jeune capitaine russe de 21 ans au service de la France dénommé Vadim Maslov, fils d’amiral couvert de dettes. Lorsqu’il se blesse sur le front, Mata Hari est prête à tout pour le rejoindre. C’est dans ce contexte qu’elle rencontre le capitaine George Ledoux, qui la soupçonne alors d’être une espionne pour l’Allemagne. Il lui propose d’être espionne pour la France contre une grosse somme d’argent, et contre un laisser-passer vers la France, pour rejoindre Vadim Maslov. Elle devient alors un agent double, ce qui lui vaut d’être arrêtée en février 1917 par les autorités françaises.

Dans un procès militaire, elle est accusée d’avoir révélé des détails à propos de la nouvelle arme des Alliés (le tank), ce qui aurait mené à la mort de milliers de soldats. A l’issue de ce procès qui ne dura pas plus d’une heure, Mata Hari fut condamnée à mort. Le 15 octobre 1917, jour de son exécution, elle refuse le bandeau qu’on lui propose et, selon des rumeurs, lance un dernier baiser aux soldats de son peloton d’exécution. Juste avant d’être fusillée, Mata Hari s’écrie : « Quelle étrange coutume des Français que d’exécuter les gens à l’aube ! ».

Il existe quelques preuves selon lesquelles Mata Hari fut une espionne pour l’Allemagne, puis un agent double pour les Français, mais les Allemands l’ont décrite comme une espionne inefficace qui n’aurait apporté que des informations très superficielles. Ainsi, les autorités françaises semblent avoir exagéré le trait en parlant d’elle comme étant « la plus grande espionne du siècle ». Peut-être était-ce une manière de distraire l’opinion des énormes pertes dont l’armée française souffrait sur le front occidental…

En tout cas, le destin extraordinaire de Mata Hari n’a pas fini de faire couler de l’encre. On ne compte plus le nombre de livres, films et pièces de théâtre dont elle est la muse. Entre les deux grandes guerres, un livre lui est consacré presque chaque année. Qu’elle soit dépeinte comme une femme vénale, une incarnation de la modernité ou un agent de marque, l’histoire se souviendra longtemps d’elle comme d’un personnage important de la Première Guerre Mondiale.

Naëlle Belaribi

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