Pour un autodafé des biens pensants ?

Les flammes crépitent, les pages brûlent, les inquisiteurs de la morale s’enflamment, bienvenu dans ce XXIème siècle qui hurle. En ces temps, où la commémoration l’emporte sur la réflexion, où le silence solennel des morts de la Grande Guerre échappe de justesse à un affreux concert, la pensée exaspère. Quand les roulements des tambours de la bataille idéologique ne résonnent plus avant le combat rhétorique, les lames saillantes des esprits se rangent, et les intellectuels dérangent. Ils portent sur eux la Lettre écarlate, dès que leurs œuvres sortent, la polémique éclate.

Pourtant, dans ce pays des Lumières, l’accusation morale voire judiciaire, ne devrait pas porter sur ces éclaireurs des débats populaires. La condamnation devrait s’orienter envers ces médias pyromanes du débat, un d’eux titrait en mars 2016 « Faut-il brûler Michel Onfray ? ». Accusé de mettre lui-même l’huile sur le feu, la haine qu’il suscite, révèle la novlangue dans laquelle notre société nous invite. Cette endogamie de la pensée doit être combattue, elle doit être vaincue.

Ces intellectuels éclairés et inspirés s’adressant au plus grand nombre, sont au fil des jours combattus par les spectres de la moraline sortis de l’ombre. Trois accusés, Alain Finkielkraut, Eric Zemmour, Michel Onfray, sont constamment rangés sur le banc des infréquentables. L’objet de cette tribune n’est pas de réhabiliter ces trois penseurs, il s’agit d’en finir avec la culture de l’insulte ad hominem, de la démagogie et de l’anathème. Laisser la porte ouverte au débat, est une mission pour la République. D’autant plus, en cette période de trouble où les citoyens attendent des réponses. Ces moralistes interdisent quotidiennement le débat, autrefois richesse de la Nation. En Janvier 2015 ils étaient Charlie et pourvoyeurs de la liberté d’expression. Ils conspuent désormais les penseurs de ces évènements, ils sont les pourfendeurs de la liberté d’expression.

Cette société qui ne pense plus se révèle être schizophrène, accusant Michel Onfray et Eric Zemmour d’islamophobie un jour et d’adoration de Daech l’autre jour. La bien-pensance obsédée du « pas d’amalgame », se parfait pourtant dans l’amalgame. Cette déchéance de la pensée provoque d’invraisemblables faits : Alain Finkielkraut chassé d’un pseudo laboratoire de la démocratie tournant à la démonstration d’un sectarisme d’idée. Ces trois intellectuels feraient le jeu de l’extrême droite, mais abandonner les débats publics, de l’identité, de la sécurité, de l’immigration et de l’éducation au prix du politiquement correct et de l’antiracisme n’est-ce pas laisser le monopole de ces sujets au Front National ? « Ni rire, ni pleurer, mais comprendre » écrivait Spinoza. C’est par la pensée que l’idéologie de la Peste brune et de la Bête immonde doit être abattue.

Cette tribune s’efforce d’être la sentinelle des intellectuels et de leurs libertés, car ils soulèvent des problématiques d’une société malmenée par un système mondialisé. Les accuser d’être des réactionnaires, car nostalgiques d’un temps où la République brillait est une absurdité. Il est nécessaire de vivre avec son temps, mais penser son époque l’est également. La France ne doit pas se laisser confisquer sa diversité intellectuelle par ces censeurs de la pensée. Dans ce manichéisme ambiant la nation se liquéfie, vacille, elle périclite. On pourrait faire l’oraison funèbre de cette France de la pensée avec le talent d’un Périclès. En effet, c’est à l’aube d’un affrontement, politique et idéologique que la pensée doit retrouver sa place dans le débat.

Les intellectuels doivent être libres dans leur  confrontation avec la plume conductrice des idées. Leur goût de l’insoumission, de l’irrévérence et de la recherche de vérités sont les valeurs de la France. La République ne doit point abandonner et réserver la sémantique du débat  à ces médias de l’immédiateté, qui n’ont plus la notion du temps long, qui ne font plus d’Histoire, plus de Philosophie, mais de l’éducation morale, de véritables fanatiques des commentaires et analystes des phrases tronqués… « Alors, elle retrouvera sa liberté et sa grandeur. Tel est mon but, mon seul but ! », s’exclamait l’Homme du 18 juin.

Un Tigre.

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