[Ciné-débat] « Merci Patron » : Merci les Rencontres

Cyril Pocreaux, avec Joseph Euphrosine et Camille Zalmanski, le 20 octobre dernier, lors de la projection de Merci Patron, organisée par Les Rencontres de Sciences Po Saint-Germain.

C’était le 20 octobre. C’était en amphi Cocteau. C’était la première conférence at home  des Rencontres de l’année. Et c’était historique. Un après-midi de tous les possibles : des gens de bords différents riant ensemble devant un film de gauche… Et Joseph interviewant un journaliste de Fakir.

Bref, pour nos très chers lecteurs du Grand Pari ayant eu le malheur de rater l’évènement, je parle bien sûr de la diffusion de « Merci Patron ! », qui s’est ensuivie d’une discussion avec un des membres de l’équipe, Cyril Pocreaux.

  • C’est quoi « Merci Patron ! » ?

« Merci Patron ! » est un film-reportage sorti en février dernier, et réalisé par François Ruffin, aka le rédac’ chef de Fakir. Ce journal indépendant en est d’ailleurs entièrement à l’origine, du financement au déroulement de l’histoire, digne d’un vaudeville version Karl Marx.

Vous me direz, ça n’explique pour l’instant pas grand-chose, mais il était important de souligner qu’ils n’ont reçu aucune aide extérieure ; le sujet ne le permettait sans doute pas.

En effet, dans « Merci Patron », on assiste à une humiliation en bonne et due forme de Bernard Arnault et de son empire du luxe, LVMH. Le couple Klur, au chômage depuis la délocalisation en Pologne de leur entreprise de textile, filiale de la multinationale, vit dans une précarité des plus extrêmes. Et ce n’est pas un cas isolé car Bernard Arnault, depuis son accession à la tête du groupe, a multiplié les licenciements.  Fakir décide de leur venir en aide. Avec la participation active de Serge et Jocelyne, ils parviennent à faire chanter LVMH, qui leur versera plus de 30.000 euros, leur permettant ainsi de conserver leur maison, mais aussi d’obtenir un CDI pour le mari.

Oui, c’est effectivement de gauche ; c’est « l’arnaque en version lutte des classes ».  Alors, qu’est ce qui a fait le succès de cette diffusion dans notre IEP où les opinions politiques divergent ? Où l’on entend dans les couloirs des odes à Bruno le Maire mais où résonne aussi, parfois, l’Internationale ?

  • Le rire avant tout

C’est sans doute l’humour et l’ironie qui a fait le charme de cette découverte. Car si tout le monde n’a pas adhéré aux idées ni du film, ni de Cyril Pocreaux, chacun a ri, souri, ou pouffé discrètement (je sais de quoi je parle, il y avait 3 personnes âgées de St Germain au dernier rang, et elles avaient un peu honte de trouver ça drôle quand même).

Le film en lui-même ne tire pas dans le larmoyant, mais au contraire, il valorise l’humain et l’espoir. Et ça fait plaisir. Si « Merci Patron » se rapproche d’un Disney en un seul point, c’est bien sur le consensus qui est fait sur l’identification du « gentil » et du « méchant ». Difficile d’aimer Bernard Arnault à partir de la description qui en est faite au départ. Difficile de ne pas s’attacher aux Klur et à leur simplicité. On n’est pas loin de Robin des Bois, comme Ruffin le fait remarquer dans le film.

Max, avec son discours de présentation, avait lancé les hostilités dans un esprit comique qui, au vu des réactions de la salle, a fait effet. L’ironie de Cyril Pocreaux, arborant son T-shirt « I love Bernard Arnault », a rajouté du cocasse à la scène.

  • Discussions

On est d’accord là-dessus : les discussions après les films, dans certains cas, n’apportent pas grand-chose. Tout dépend de l’interlocuteur me direz-vous ; mais celui-là s’est avéré intéressant. Son point de vue était relativement éloigné de ceux qu’on entend généralement au sein de l’école, au point de nous faire ressentir, par moments, notre qualité d’iepiens élitistes et insensibles à la lutte contre l’infâme bourgeoisie (mais au fond de notre cœur, nous savons que c’est Paris le méchant élitiste, hein ?). Blessés dans notre orgueil, nous avons quand même, grâce aux questions de Camille et Joseph, eu des éclairages très intéressants sur la réalisation du film, son but, ses conséquences…

Et comme nous nous posions encore plein de questions, nous avons aussi bénéficié d’un privilège rare : la discussion des élèves avec Cyril Pocreaux s’est prolongée à volonté, après la conférence, dans la cour de l’IEP.

Malheureusement, cet esprit de discussion, on ne l’a pas retrouvé chez Bernard Arnault, resté incroyablement silencieux sur le film depuis sa sortie… Le 23 octobre dernier, interrogé par Laurent Delahousse au JT de France 2, il déclarait ne pas avoir regardé le reportage et n’avoir «pas bien compris pourquoi ces mouvements d’extrême-gauche critiqu[aient] de façon factice un des plus grands groupes de France, un groupe employant plus de 3000 personnes ».

L.D

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