[Cinéma] Melancholia : Lars Von Trier et la fin du monde

« Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,

Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :

Ma seule Etoile est morte, – et mon luth constellé

Porte le Soleil noir de la Mélancolie. »

-Gerard de Nerval

« Tous les changements, même les plus souhaités, ont leur mélancolie » nous disait Anatole France, Lars Von Trier l’a écouté. Pour ce conte à la fois poétique et torturé de l’apocalypse, il a rassemblé le casting parfait. Kirsten Dunst, éblouissante de mélancolie, parfaite dans sa danse avec le blues, le cafard, la dépression (aussi douée qu’Alexandre Astier, c’est vous dire mon admiration pour son jeu), récompensée d’ailleurs 4 fois à travers le monde dans la catégorie meilleure actrice ; Kirsten donc, imbriquée dans un duo éblouissant avec Charlotte Gainsbourg, qui joue sa sœur, son opposé et sa moitié, le pôle nord de son pôle sud, l’aiguille de sa boussole, le ying de son yang, le complément de rationalité à sa folie.

Le film s’ouvre sur Wagner (il s’achèvera également sur du Wagner, façon de mettre un terme au cycle de la vie), maître de la musique apocalyptique, et un long diaporama (ne vous découragez pas à ce moment-là, le reste vaut tellement le coup!) dans lequel Lars nous étale sa profonde culture, tout en nous préparant à l’issue de l’histoire. Et c’est beau. Réussi. Maîtrisé. Parfait. Puis arrive la première des deux parties du film. Justine.

L’ombre de Melancholia ne pèse pas encore sur les invités et Justine se marie. Et c’est là que tout le génie de Kirsten se dévoile, sa façon de sourire en nous faisant comprendre son malaise, la manière dont le personnage va traverser le prétendu  »plus beau jour de sa vie » comme certain traverserait un parcours du combattant, son combat contre elle-même puis contre le monde entier, bref, l’apocalypse à l’état pur.

Rarement un personnage n’a été aussi bien construit. Psychologiquement, tout se tient, rien ne nous permet de douter, elle est l’incarnation de la mélancolie, elle porte en elle le Soleil noir. Toutefois elle n’est pas réductible à cet aspect de sa personnalité, si bien qu’elle devient, doucement mais sûrement, l’élément symbolique central du film. Elle est le film.

La noce s’achève et le second chapitre s’ouvre, Claire. Il fallait une Charlotte Gainsbourg pour donner du poids au personnage de Claire face à une Justine portée par Kirsten au meilleur de son art. Le contraste est à la fois saisissant et parfait entre les deux femmes ; Justine est à la fin du monde ce que Claire est à la vie.

Mais ce second chapitre n’est pas uniquement Claire, il est destruction et par là, la projection métaphysique de Justine, qui est le reflet de la planète à travers le miroir du vivant. Ces deux personnages (si tant est qu’une planète puisse être considérée comme tel) sont tout autant liés que les deux sœurs. Je ne vous en dirais pas plus, je ne voudrais surtout pas vous gâcher le plaisir du visionnage de ce film.

Il est possible de haïr Lars Von Trier, les films torturés ne sont pas les plus agréables à regarder, mais là, il est impossible de ne pas reconnaître le génie à l’œuvre derrière la caméra, de même que la fantastique plume derrière le scénario.

Ce film est un poème, une ode à la destruction, un chef d’œuvre nihiliste, un must-see complet. Vous pouvez vous lancer, les deux prochaines heures de votre vie sont garanties !

Ps : Combien de trous à notre parcours de golf ?

Les conseils subjectifs d’Elise :

Ce soir, si on veut aller au cinéma, on ira voir Docteur Strange, tandis qu’à la maison on se régalera devant Juste la fin du monde de Dolan, si on ne l’a pas fait le mois dernier, parce que ce film est formidable, que dis-je, parfait. Et si on n’aime pas Xavier, on pourra se tourner vers This Must Be The Place, par le réalisateur de The Young Pope (la nouvelle série de Canal +) l’inénarrable Paolo Sorentino, en plus, il y a Sean Penn dedans, et vous découvrirez que mon amour pour Sean Penn n’a d’égal que mon adoration de Ryan Gosling ; et si vraiment on souhaite autre chose que des films qu’il faut regarder plusieurs fois avant de les comprendre, on peut se tourner vers Dirty Dancing, (ça marche aussi si on vient de se faire larguer) pour se déhancher librement au rythme de musiques qui plus de trente ans après font toujours le travail !

Par contre, on ne regardera pas, mais alors là pas du tout, jamais, jamais jamais : Brice 3 parce que comme le 1, ce sera mauvais. On peut télécharger ce genre de film, mais pas payer… Quand on est étudiant et donc pauvre (cqfd) on fait attention à ce pour quoi on donne 8€. On ne regardera pas non plus A la recherche du Marsupilami, parce que même les films de Mélies avaient de meilleurs effets spéciaux ; enfin on évitera de la même façon Cap’tain America : Civil War, car non, avec tout l’argent qui est donné pour la production d’un tel film (et tout l’argent qu’un tel film rapporte), il n’est pas acceptable de se retrouver avec un scénario, au choix, écrit avec les pieds, ou pondu par une poule.

 

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