La langue de Molière, malade non imaginaire

Le bois des planches grince, les acteurs parcourent et sillonnent chaque scène de province, mais l’espoir d’un grand redressement national flanche et demeure bien mince. A l’aube de cette rencontre entre un peuple et un homme éphémère, un vent glacial souffle sur cette vieille France et son imaginaire, arrachant ses bocages culturels comme pour la faire rentrer dans une nouvelle ère. Cependant, les racines de cette ancienne forêt qu’est la France, avec ses nombreuses branches, tentent de résister à une culture qui tend à s’uniformiser.

Les Français languissent d’actes politiques, et de réponses à leurs doutes, leurs peurs et leurs réticences à la globalisation fragilisant la République. L’attente énergique de faire de nouveau corps autour de la Nation freine et se fracasse sur une lourde pierre d’achoppement, celle d’une maladie latente. Cette lèpre se caractérise par l’extrême fragilisation d’un pilier et d’un fondement de la Nation, sa langue qui garantissait aux Français une certaine union. Elle était signe d’une volonté d’assimilation de sa culture ainsi que son acceptation, le français fut moteur d’intégration. Cette langue qui sublimait notre palais culturel est matraquée par la pensée individualiste croissante, celle de la totale primauté de l’individu et de son identité sur le Contrat Social et sa société sécurisante. Cette percée de Sedan ne doit pas aboutir sur une langue occupée et parasitée par l’anglais. Cette décadence du Français laissant place à une anomie linguistique ne peut plus rester sur le bout de notre langue.

Le français tire la langue, essoufflé, déformé par des médias et des hommes politiques qui ne savent guère le manier, et chassé progressivement des priorités d’apprentissage de l’Education Nationale, premier budget de l’Etat. Sa grande œuvre tryptique : apprendre à lire, apprendre à écrire, apprendre à compter en français, n’est plus réalisée. D’aucuns prônent l’apprentissage de la langue d’oïl aux côtés de l’Anglais, de l’Arabe ou du Chinois dès l’école primaire : une aberration compte tenu du niveau de français des élèves rentrant au collège. L’accent devrait être mis sur un apprentissage rigoureux du français dans nos écoles : que la langue française tourne autant de fois que nécessaire dans la bouche de nos enfants ! Nos « hussards noirs » ne sont pas à remettre en cause, ils travaillent pour beaucoup dans des conditions indignes avec des classes surchargées et sont souvent mal payés. Nos programmes éducatifs doivent nous indigner. La langue de Shakespeare s’impose surtout dans nos « Grandes Ecoles » élitistes où le français y est volontairement délaissé, l’anglais y est jugé plus utile dans notre système mondialisé.

Mais le français est plus qu’utile, c’est une langue mystique. La langue française n’est pas que des mots, elle est une Histoire, bien singulière, pilier de notre Nation. Notre langue est un véritable art au service d’autres arts, la chanson, la littérature, l’élocution… Le français rayonne par son lyrisme, sa sonorité et sa poésie. « La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, touchante, voluptueuse, chaste, noble, familière, folle, sage, qu’on aime de toute son âme, et qu’on n’est jamais tenté de lui être infidèle » disait Anatole France.

Le français doit retrouver la hauteur qu’il a connu sur sa Colline inspirée ; en France « Il est des lieux où souffle l’esprit ». La France est un grand pays, avec une grande Histoire intellectuelle et culturelle.

L’identité est un enjeu de la prochaine bataille présidentielle, et le français a sa place dans cette lutte. Il est notre patrimoine culturel et historique, descendu d’outres Alpes et certainement pas de Gaule : « Ma patrie, c’est la langue française » déclarait Albert Camus à l’Académie. Les Académiciens doivent sortir leurs sabres linguistiques, leurs langues aiguisées pour ne plus l’avoir dans la poche, et vaincre cette anicroche culturelle de l’anglais. La République doit hausser le ton et ne pas tomber dans une langueur dans laquelle elle est plongée depuis au moins deux quinquennats.

Le français résiste et doit toujours résister à l’envahisseur. Ces difficultés nous devons les combattre ; que l’on « débourre des mots à longueur de pelure » comme le chantait si bien Léo Ferré, un des nombreux acrobates de la langue française, auquel je tire ma déférence.

 

Un Tigre.

 

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