[13 novembre] »Friday never looked so scared while blood lies on the pavement »

Ce soir-là, j’étais avec une amie et on regardait une série, quand elle a reçu un texto de son copain, qui vit dans le XVème : « Il se passe quelque chose, pas loin ! ».  A Paris, il y avait des gens qui tiraient à plusieurs endroits, et il y avait des morts. On a essayé de mettre BFM sur l’ordi, mais ça ne marchait pas. Une sur-fréquentation du site, sans doute.

Ma première réaction fut le calme. Ça n’arrive jamais ici. Ma pote, elle, était inquiète. Il y avait son copain pas loin. Mais il ne craignait rien, j’en étais sûre. Après tout, c’est toujours ailleurs, c’est toujours les autres. C’est toujours ailleurs.

C’est l’appel inquiet de mes parents qui m’a soudainement ramenée à la réalité. « Tu vas bien ? Tu es en sécurité ? ». C’était tellement évident pour moi que je n’étais pas exposée, et pourtant. J’aurais pu être de ceux qui passaient en boucle à la télé (dans des vidéos choquantes et voyeuristes), de ces gens affolés qui courraient, ou de ceux qui ne courraient plus. J’aime fréquenter des bars, j’aime aller à des concerts, voir des matchs, plus rarement ; ça fait partie de notre mode de vie, avec mes amis, comme de celui de beaucoup d’autres gens ici. Mais on a eu de la chance.

Cette nuit a mélangé tellement de sentiments. Pourtant c’est la solidarité qui m’a frappée, et nous a enveloppés tous entiers. Le coup de fil  de cet ami qu’on avait perdu de vue et qui voulait savoir si on allait bien, tous ces parisiens qui proposaient leur chez-soi pour ceux qui étaient bloqués en ville, la famille qui nous rassure d’un petit message plein de tendresse.

Sept jours après, quand l’évènement est devenu un peu plus digérable, j’ai écrit une chanson à la guitare et je l’ai montrée à mes amis. Je n’avais pas osé la donner au Grand Pari parce qu’elle est mieux chantée, et parce qu’il était trop tôt pour moi.

Friday

Friday never looked so scared while blood lies on the pavement

Lights off, streets are upside down around but someone says:

“The things that hurt, they fade away,

The things that hurt, they fade away, someday”

Friday in a great deep mist, unrest that floods in my chest

Confusion of “how?” and “why?” left with no answer yet

But my heart screams “I’m not afraid”

But my heart screams “I’m not afraid of them”

Friday never looked so strange, do I feel unsafe again?

I see in my brother’s eyes a promise future makes

“If they destroy, we’ll build again,

If they destroy, we’ll build again” it says

They all make a war of guns, but we’ll answer with love and faith

‘Cause we all know that they can shoot but we’ll grow strong, ‘til the end together we stand

If that’s our world, we’ll refuse to give it up, live our lives the way we want, we won’t let anyone down

But Friday never looked so scared while blood lies on the pavement

On voit beaucoup d’articles expliquant que la vie a repris son cours dans les quartiers touchés. Bien sûr, partout, elle a repris ; il n’y a pas le choix. Le serveur arrogant continuera à servir, les jeunes rebelles continueront à aller voir des concerts de rock (les vieux aussi), les passants dans la rue seront toujours aussi pressés, et dans le métro, les parisiens feront encore la gueule.  Les stéréotypes ont encore lieu d’être à Paris, qu’on se rassure. Mais j’aime à les regarder un par un en me disant qu’au fond ils savent que ça aurait pu être eux, qu’ils sont bénis d’être vivants, de pouvoir se plaindre à voix haute, de sourire, d’aller retrouver leurs enfants le soir après l’école et les gronder parce qu’ils ont eu une mauvaise note. Nous connaissons tous, de près ou de loin, une victime, un témoin, et ils nous rappellent chaque jour à quel point nous sommes humains, tout simplement. Et ça nous rapproche, parce que paradoxalement, on a tendance à l’oublier, surtout dans les grandes villes où on vit entourés d’inconnus, et où l’on a pris l’habitude de ne pas chercher à les connaître.

J’aurais voulu faire un pèlerinage, un an après, sur tous ces lieux où on a tiré. Où des personnes en tous points semblables à tant d’autres ont été converties en véritables martyrs nationaux parce qu’ils étaient ici et là au mauvais moment. Je n’ai sans doute pas eu la force. Mais si je l’avais fait, j’aurais amené toutes les personnes qui partagent leur vie avec moi. Et j’aurais eu l’audace de leur dire, peut-être à voix basse, peut-être timidement, parce qu’on dit si peu ces mots, mais plus que jamais, depuis ce 13 novembre 2015, consciente que la vie tient à si peu de choses : « Je vous aime, et je suis tellement heureuse d’être avec vous ».

L.D.

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