[Diplo d’Or] La (dés)union européenne

Dans le cadre du concours Diplo D’or 2016, Le Grand Pari en association avec Conférence-Débat Négociation, publie les articles proposés par les candidats de l’IEP de Saint-Germain-en-Laye au jury du concours. [La photo d’illustration ci-dessus a été rajoutée par la rédaction.]

Dans un discours visionnaire de 1849, Victor Hugo disait «Nous aurons ces grands Etats-Unis d’Europe, qui couronneront le vieux monde comme les Etats-Unis d’Amérique couronnent le nouveau». Une idée qui semble avoir fleuri au long du XXème siècle, après deux conflits mondiaux et la crainte de guerre froide en perspective. L’Union Européenne s’est construite à ce moment là, sur deux enjeux en tensions, celui d’assurer la paix et celui d’éloigner la menace communiste dans le contexte d’époque, en construisant une Europe forte et prospère, encouragée par les Etats-Unis.
Néanmoins, l’Union Européenne aujourd’hui semble faire face à une grave crise de légitimité, pour plusieurs raisons.

L’objectif de paix semble désormais assuré, et ne constitue plus, aux yeux d’un certain nombre d’européens, un motif légitime pour maintenir à flot l’Union Européenne telle qu’elle est conçue aujourd’hui. Mais penser que la paix est définitivement assurée et qu’elle demeure un acquis irrévocable, est un véritable leurre. L’annexion de la Crimée par la Russie en mars 2014 a bien montré que les intérêts et les égoïsmes nationaux sont toujours présents et que la présence de l’Ukraine dans l’Union Européenne aurait pu avoir un effet au moins dissuasif sur les prétentions impérialistes russes.

L’Union Européenne est véritablement l’organisation, garante de la paix en Europe, y compris et surtout dans le contexte actuel, où nous assistons à une montée flagrante des partis extrêmes en Europe et à un retour au nationalisme, finalement assez similaire aux années 30.

L’actuelle crise migratoire exacerbe aussi les contestations à l’encontre de l’UE, car elle est tout à fait révélatrice du manque de coordination des politiques européennes et de l’échec d’une Europe politique.

Depuis 1991, l’Union Européenne s’est élargie et a accueilli de nouveaux membres, y compris les nouveaux états libérés de l’emprise soviétique. Le programme PHARE adopté en 1989 a permis de débloquer 10 milliards d’euros pour la reconstruction et la réadaptation politique de ces pays, qui intègrent l’UE pour la plupart, en 2003. Malgré cela, le sentiment d’une Europe «à plusieurs vitesses» était déjà présent au milieu des années 2000, et c’est ce sentiment qui est porteur des difficultés de l’Europe politique. En effet, face à la crise migratoire, chaque état semble décider seul et de façon égoiste de sa politique d’accueil. L’UE pêche dans la solidarité migratoire, lorsque l’on constate que l’Allemagne accueille près d’un million de migrants l’année dernière, et que la Hongrie de Viktor Orban érige un mur pour empêcher leur arrivée. François Gémènne va jusqu’à dire qu’«il y a 28 droits d’asiles qui se juxtaposent», pour qualifier le droit européen en matière de migration.

Ce choix symbolise aussi le manque de socle historico-culturel commun entre les pays membres. En effet, envahie et occupée pendant toute la seconde moitié du XXème siècle par l’URSS, la Hongrie a développé une certaine forme de «peur de l’étranger», qu’elle matérialise aujourd’hui dans la figure du migrant. Ainsi, des pays comme la France ou l’Allemagne, non dominés par l’ingérence d’un autre état ont eu une certaine marge de manœuvre dans la reconstruction de leur société et des modes de pensée après la Seconde guerre mondiale, même si cela s’est fait sous l’influence américaine. Ce sont ces trop grandes différences culturelles mais surtout en réalité historiques, qui sont le cœur du problème de coordination politique au sein de l’UE. Les pays n’ont pas les mêmes attentes de ce que doit être et de ce que doit défendre l’UE en matière politique, du fait de ces différences historico-culturelles. Donc la question brutale, «d’être pour ou contre l’UE», a en fait très peu de sens car on ne sait même pas de quelle Europe on parle, étant donné toutes les différentes perceptions qu’elle suscite à travers les états membres. Et au delà de la crise de l’Union Européenne, nous assistons surtout à une crise des «consciences européennes», car ces difficultés d’harmonisation politique sont révélatrices du manque de considération de certains états membres vis-à-vis de la «citoyenneté européenne». Il faut faire naître un sentiment commun de citoyenneté européenne, que chacun des états membres soit dans une logique d’entraide solidaire. Mais surtout que cette logique soit indépendante des antécédents historiques, culturels et surtout économiques.

En effet, l’économie semble aujourd’hui être le grand défi de l’UE, et par «économie», il faut surtout entendre «défi de la mondialisation», car si la paix a été plus ou moins assurée grâce à l’UE, le défi d’aujourd’hui est aussi de s’adapter uniformément à la mondialisation. «S’adapter» car la mondialisation exacerbe la concurrence économique entre les états, y compris entre les états membres de l’UE. Pour sauvegarder les intérêts économiques nationaux, différentes stratégies sont adoptées indépendamment d’une dynamique solidaire commune. On assiste à un retour au protectionnisme allant à l’encontre de la logique du Marché unique, à des concurrences en termes de salaires grâce à l’Espace Schengen…

Toutes les contestations que subi aujourd’hui l’UE semblent aboutir à un constat amer, celui de l’idée que l’effort pour garantir la paix n’est désormais plus suffisant pour asseoir sa légitimité absolue, et que certains états semblent privilégier les intérêts économiques aux intérêts «humains» en terme de paix, ou de vies humaines.

Face à toutes ces difficultés, le Royaume-Uni a choisi la solution de facilité, la sortie de l’UE, dans une logique purement égoiste. Le pays entend ainsi restaurer sa souveraineté nationale, prétendument accaparée par les institutions de l’UE, pour agir seul sur l’immigration, les partenariats et les réglementations économiques. Grave manque de pragmatisme, car le Royaume-Uni va perdre d’énormes accords commerciaux avec la zone euro alors qu’il était l’un des états les moins contraints de l’UE, disposant d’une souveraineté monétaire et budgétaire. De plus, qu’il va falloir renégocier, car rappelons-le, même si l’UE s’apparente aujourd’hui à un «nain politique», c’est surtout un géant économique, première puissance commerciale du monde. Même aux yeux de certains britanniques ce Brexit apparaît comme un caprice souverainiste désolidarisé, qui pourrait mettre en péril la santé économique et sociale du pays.

L’Union Européenne, dans l’histoire de sa construction n’a cessé d’être contestée, tant dans le fond que dans la forme qu’elle prenait, avec l’éternel débat entre fédéralistes et confédéralistes, qui ne semble toujours pas réglé aujourd’hui. Il est évident que la désunion européenne n’est pas envisageable. Il n’y a pas si longtemps encore, l’UE a permis, par l’intermédiaire de la BCE, de maintenir à flot, certains états comme la Grèce au bord de la faillite.

Il faut faire naitre une Europe fédérée autour de projets communs. Une Europe sociale, économique, et politique, articulée sous tous ces aspects, par des normes communes voire même une constitution commune, soumises au referendum populaire, pour asseoir la légitimité politique de ces normes. Au delà de ça, l’enjeu est aussi de faire (re)naître la conscience européenne, et surtout la volonté d’appartenir et de se sentir membre et citoyen européen. Ce sentiment d’appartenance à une communauté unie et supranationale, mais symbolisée par la diversité culturelle de ses membres est véritablement la solution des maux que traversent l’UE aujourd’hui car toutes les logiques de pensées et d’actions ne peuvent plus être dominées par l’obsession souverainiste et les égoïsmes nationaux, mais doivent suivre une logique de concertation et de considération des problèmes particuliers de chaque état pour aboutir aux compromis idéaux.

Matéo Ungerer

 

 

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