[Diplo D’or] Les océans, les enjeux de demain

Dans le cadre du concours Diplo D’or 2016, Le Grand Pari en association avec Conférence-Débat Négociation, publie les articles proposés par les candidats de l’IEP de Saint-Germain-en-Laye au jury du concours. 

© COLINGILDAS-SIPA – Natura-sciences.com

L’explorateur et écrivain anglais du XVIIème siècle, Walter Raleigh, déclare : « Qui tient la mer tient le commerce du monde ; qui tient le commerce tient la richesse ; qui tient la richesse du monde tient le monde lui-même. » [1]. Ainsi pour posséder le monde selon Walter Raleigh, il faut régner sur les mers.

Avec la mondialisation, contrairement à l’époque de W. Raleigh, la surface maritime de la planète est devenue, pour ses richesses propres, le nouveau terrain de chasse des grandes puissances. Les hommes se battent cette fois-ci, non pas pour posséder une parcelle de terre, ni un fragment d’étoile mais pour une portion de mer.

Qu’il-y-t-il a de si précieux au fond de la mer capable d’attiser des tensions comme celles qui existent par exemple entre le Canada, la Russie, les États-Unis, le Danemark et la Norvège à propos de l’Arctique ? Les fonds marins abondent de ressources énergétiques comme des gisements d’hydrocarbures nécessaires à la production de gaz et de pétrole, mais aussi des carrières de terres rares servant à la création des nouvelles technologies et enfin une capacité d’énergie hydro-éolienne créant des espoirs pour remplacer nos énergies fossiles. La mer est aussi la principale source halieutique que ce soit à travers la pêche, l’aquaculture ou encore la production d’eau de dessalement. Autrement dit, la mer nous fournit trois éléments essentiels à notre vie quotidienne dans une société moderne : de l’eau, de la nourriture et de l’énergie pour faire fonctionner nos entreprises. Les enjeux économiques à posséder ces espaces sont donc énormes !

Quelles sont les juridictions qui organisent la gestion des ressources maritimes ?

Le 16 novembre 1994, 119 pays signent la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM). Cette convention est le produit de plusieurs années de réflexion et met fin au res nullius qui était le mot d’ordre jusqu’à présent, sur la gestion des océans. Avant cet convention, la mer n’appartenait à personne et la première puissance arrivée exploitait sol et sous-sol. Les Etats côtiers pouvaient néanmoins exercer leur souveraineté sur une distance de cinq kilomètres depuis la côte. La CNUDM partage l’espace marin en cinq sections : les eaux territoriales, la Zone Contiguë, la Zone Economique Exclusive, le Plateau Continental Etendu et les eaux internationales. Les principaux conflits sont dus aux revendications des ZEE, du plateau continental étendu et des eaux internationales. Aujourd’hui, on compte 121 signataires de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer mais manquent à l’appel les Etats-Unis, le Venezuela, Israël, la Turquie et la Syrie ainsi que des gros pécheurs d’Amérique Latine comme le Pérou ou l’Equateur.

La Communauté internationale a donc séparé la mer en cinq sections afin de mieux gérer les nombreuses ressources maritimes.

Première ressource majeure : les hydrocarbures

Le pétrole est le produit le plus échangé et le plus important du trafic maritime, près de deux milliards de tonnes sont transportées chaque année, soit les deux tiers de la production mondiale et un tiers du commerce maritime global. En plus des exploitations terrestres, on a vu exploser le nombre d’exploitations dites « offshore » ce qui signifie « au-delà des côtes ». En d’autres termes, ce sont ces exploitations qui nous intéressent ici car le pétrole extrait provient directement des fonds sous-marins. Ces nouveaux gisements représentent 30% de la production mondiale de pétrole. L’extraction maritime d’hydrocarbures demande des moyens très spécifiques.

Deuxième ressource majeure : la pêche

En 2009, 89 millions de tonnes de poissons ont été déclarés péchés.[2]. Selon la FAO, organisation des Nations Unies pour la pêche et l’agriculture, les trois-quarts des espèces sont en surpêche. Plusieurs organisations internationales comme l’Union Européenne, ont tenté d’imposer des règles de pêche comme des quotas, des tailles minimales mais les Etats ont du mal à exiger le respect de ces règlementations aux pêcheurs et aux entreprises. Face au nombre limité de poissons sauvages, les hommes ont inventé l’aquaculture qui permet de produire du poisson dans le cadre d’une économie productiviste. Toutefois, les scientifiques mettent en garde les pêcheurs car l’aquaculture peut être dangereuse pour la santé et consomme de la faune et flore maritimes pour nourrir les poissons en élevage à l’instar du chinchard qui une fois transformé en farine, sert de victuailles pour d’autres poissons.

Exemple d’un conflit qui agite la mer de Chine méridionale

La mer de Chine est une mer semi-fermée, bordée par les Philippines, la Chine, l’Indonésie, le Vietnam, Brunei, la Malaisie, Singapour et Taiwan et parsemée d’îles et de milliers de récifs non identifiés. Elle est très riche en poissons et son sous-sol regorge de pétrole et de gaz. La mer de Chine est donc une zone très convoitée. La Chine veut étendre sa souveraineté sur 80% de la mer de Chine méridionale au nom du « droit de passage historique ». Les autres acteurs revendiquent leurs droits sur des petites îles ou des îlots. Prenons un exemple de conflit qui est d’actualité. Les Philippines et la Chine se disputent notamment le récif de Scarborough, un atoll accaparé par Pékin en 2012. Les Philippines ont saisi dès 2013 la Cour d’arbitrage de La Haye afin de trouver une issue légale au conflit. La Chine refuse de reconnaître l’autorité des cinq juges dans cette affaire. Le président Benigno Aquino qui a fait toutes ces démarches pour défendre sa ZEE a été remplacé en mai 2016 par Rodrigo Duterte. Ce dernier a décidé de se séparer des Etats-Unis, leur allié historique dans cette zone géographique, pour se rapprocher de la Chine, qui est au contraire leur rival historique. La Chine semble accepter d’investir massivement dans les infrastructures philippines et que les bateaux philippins viennent pêcher au large du récif de Scarborough en échange d’une reconnaissance de leurs droits sur l’atoll de Scarborough qu’ils veulent militariser et de fermer les yeux sur la condamnation de la Cour Internationale de justice de l’année passée. Cette alliance subite étonne et inquiète mais seul l’avenir nous dira les réelles motivations de ce nouveau président qui n’hésite pas à assassiner près de 4000 personnes en presque quatre mois pour lutter contre les trafics de drogue.

La mer de Chine n’est pas le seul foyer de conflits maritimes. L’Arctique est aussi un lieu très convoité où les grandes puissances n’hésitent pas à jouer des coudes pour posséder cette source prospère et encore inexplorée. La longueur de l’article ne nous permet pas de traiter tous les enjeux géopolitiques maritimes, il conviendrait d’étudier la sécurité des mers avec la hausse de la piraterie et des échanges migratoires. S’il y avait une chose à retenir, ce serait que les océans sont immenses mais ne sont ni inépuisables ni infinis et cela est de notre devoir imminent de les préserver.

 Sources :

[1] Pierre ROYER, Géopolitique des mers et des océans, qui tient la mer tient le monde, PUF, Lonrai, 2012

[2] André Louchet, auteur de La planète océane : Précis de géographie maritime double le volume officiel de prises pour évaluer la réalité du prélèvement annuel sur les océans.

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