Election de Donald Trump : Quelle résonance pour la France et l’Europe ?

Nous avons assisté le 9 novembre à ce que nous n’avions jamais envisagé. L’élection de Donald J. Trump comme 45e président des Etats-Unis d’Amérique est sûrement la pire des surprises qui a hanté nos visages sur le chemin du retour. Dans un Paris qui se réveillait sous une brume ténébreuse et sombre, sous cette pluie d’exil qui a réveillé en moi le souvenir de Waterloo, nous avons marché l’air hagard et fiévreux. Nous y croyions. Il y a un an comme il y a un jour encore, nous y croyions et personne à part M. Trump, n’aurait jamais cru cela possible…

Il nous appartiendra désormais, une fois l’émotion passée, la défaite pleinement acceptée et le sourire retrouvé ; de nous poser la seule question qui vaille : celle de la France. Donald Trump n’est pas notre président, pourtant la politique qu’il mettra en œuvre nous impactera ; il n’est pas candidat à l’élection présidentielle de 2017, pourtant sa voix portera ; il n’est pas un français,…pourtant il nous impose un changement de notre politique à l’égard des Etats-Unis. Aujourd’hui ce sont les cartes qui ont été redistribuées, la donne est mauvaise pour notre pays. La France ne parvient plus aujourd’hui à imposer sa voix en Europe, le moteur franco-allemand est un modèle dépassé par la douceur de nos illusions. Aujourd’hui, c’est l’Allemagne qui insuffle sa politique en Europe et pis, la voix française est enrouée. Notre langue tant chantée et louée pour sa beauté n’a plus les mots aujourd’hui pour affirmer notre position. Dans ce duo que nous jouions sur la scène européenne, la France fidèle à ses idéaux chantait la partition d’un Cherubino de la Nozze di Figaro. Mais aujourd’hui force est de constater que notre rôle est devenu mineur, connaîtrons-nous le même sort que Chérubin ? C’est la seule question qu’il nous faut aujourd’hui poser : celle de la France.

François Hollande s’est exprimé en réaction à la publication et à l’annonce du résultat des élections présidentielles américaines. Et comme la grande majorité de notre personnel politique, ses mots ont été ceux de la prudence. Les Etats-Unis sont de vieux amis de la France et le resterons pour longtemps encore. Cependant, la France doit se montrer forte, et l’Europe unie pour pouvoir porter notre voix avec plus d’ardeur et de conviction, avec plus de poids et de détermination devant le monde. Il est venu le temps de reprendre le contrôle de notre diplomatie, d’affirmer notre indépendance. Il devient capital que l’Europe se range unanimement derrière notre pays pour nous permettre d’imposer dans la valse des conflits de notre époque, une troisième voix. Une voix qui ne soit pas celle de Washington ou de Moscou, non, notre voix, celle de Paris. Celle – comme disait Dominique de Villepin – « d’un vieux pays : la France ». Aujourd’hui François Hollande a déclaré que l’Europe devait être « l’instrument, le cadre même, de ce que nous avons à faire, la France d’abord, la France en toute indépendance et l’Europe avec elle ». Telle aurait toujours dû être notre priorité, telle aurait toujours dû être notre volonté, et tel doit être notre avenir.

J’en suis intimement convaincu que ce résultat qui nous attriste aujourd’hui, doit nous rendre plus fort demain. Il devient désormais indispensable pour l’équilibre du monde que notre pays mène une politique, la seule, qui soit celle de la modération.

Mais il est une autre question que l’élection de Donald Trump soulève. Et dans la perspective de prochaines élections présidentielles, cette question prend un sens particulier. Ce matin du 9 novembre 2016, un candidat improbable a triomphé dans la première puissance de ce monde. Ce sont non seulement les codes classiques de la politique qui se retrouvent chamboulés mais également la conception de nos enjeux nationaux. Trump victorieux aux Etats-Unis, cela laisse entrevoir la perspective d’une possible présence du Front National en France au second tour. Face à cela, nous ne devons pas trembler, ni juger sans prendre le temps de comprendre. Car ce que révèle réellement l’élection de Donald Trump c’est qu’il y a chez nous des hommes et des femmes qui ont peur. Cette peur je la comprends, elle existe. Au-delà même de la menace du terrorisme – menace mondiale et pas seulement nationale – notre pays fait face à la montée d’un fort ressentiment, le même qu’aux Etats-Unis. La défiance de notre population envers nos élites, est celle-là même qui a permis à Donald Trump de devenir un candidat potentiel ; il s’agit de comprendre les craintes de nos concitoyens pour apporter une réponse raisonnable qui ne soit pas celle du FN.

Le populisme permet à des candidats peu recommandables de prendre le pouvoir, car ils comprennent et parlent la langue du peuple, mais devons-nous leur laisser ce monopole ? Nous comprenons nous aussi les enjeux de notre société, et nous devons comprendre les craintes de nos concitoyens. L’insécurité ? Oui elle existe et sous de multiples formes, elle est tant économique que sécuritaire. Comme le font les populistes, nos élites politiques traditionnelles se doivent elles aussi de la combattre car nous pouvons apporter une réponse plus sensée et raisonnable.

Mais pour cela il nous faudrait d’abord admettre bien des vérités qui aujourd’hui nous semblent fausses mais qui demain, en mai prochain, pourraient bien faire gagner un mauvais candidat. Le populisme n’est pas la solution, mais il est le révélateur de craintes qui mérites d’être entendue, de maux qu’il faut combattre et de la nécessité pour notre état de nous défendre ; nous et nos intérêts.

Paul Pradelle

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