Quel est le point commun entre les acteurs de la COP22 et les élèves d’un IEP?

Depuis quelques jours a lieu à Marrakech la COP22, la conférence mondiale sur le climat et les risques environnementaux. Tous espèrent que les négociations aboutiront à un approfondissement de l’Accord de Paris (COP21) qui avait signé le début d’une « réelle » coopération mondiale concernant la réduction des émissions de CO2.

A l’IEP, la mi-novembre est probablement la période la plus propice à l’absentéisme et à l’inattention en cours (ce DM d’Arabe que vous tentez tant bien que mal de terminer en cours de microéconomie, par exemple…). Les amphis se vident, mais la feuille d’émargement reste étonnamment pleine avec le système des six signatures par élève, grâce aux quelques téméraires ayant été assez déterminés pour venir en cours.

A priori, ces deux sujets n’ont absolument aucun lien et pourtant…

 Un problème d’aléa moral

C’est le début de l’année et vous devez trouver des partenaires pour faire votre exposé sur « Le Boulangisme ». Forcément vous ne connaissez personne, vous vous mettez donc avec les premiers volontaires venus. Seulement voilà, ne connaissant rien sur eux vous ne pouvez pas déterminer s’ils s’investiront autant que vous ou non dans ce travail d’équipe. Bien évidemment il serait inutile d’aller dénoncer un camarade fainéant au professeur, car votre note est collective. Il n’y a donc pas moyen de « punir » ceux qui ne s’investissent pas. C’est ce que l’on appelle un problème d’aléa moral : c’est lorsque quelqu’un exposé collectivement à un risque (ici, une mauvaise note d’exposé) se comporte différemment que s’il était individuellement exposé à ce même risque (s’il travaillait seul).

Si la fois suivante vous choisissez vos partenaires en fonction de ce que vous avez perçu d’eux durant leur premier exposé, vous aurez fait appel au concept de « réputation » : lorsque l’on répète un même « jeu » plusieurs fois (ici le choix d’un(e) partenaire d’exposé), les « joueurs » s’adaptent les uns par rapport aux autres en fonction de ce qu’ils savent les uns des autres.

Mais quel rapport avec l’environnement ? Lorsque vous signez un accord sur le climat sans réelles mesures restrictives ni institution permettant de « punir » les tricheurs, vous ne pouvez pas être sûr(e)s que les autres respecteront leur engagement. Le problème ici est que l’on parle d’un bien commun, l’environnement, donc vous n’avez pas d’autre solution que d’essayer de vous entendre avec vos partenaires (à part nier en bloc la théorie du réchauffement climatique… NDLR: une méthode particulièrement efficace du côté de nos amis américains)

Absentéisme en cours et traité sur le réchauffement climatique

Qu’il est tentant de sécher les deux (quatre?) premières heures de cours d’une journée afin de rattraper le sommeil perdu lors de la dernière soirée BDE… Et puis, de toute façon, quelqu’un signera pour vous…

Et le problème est là, que se passe-t-il lorsque personne ne vient en cours ? Assurément c’est toute la promo qui sera sanctionnée. Moralité: il faut bien que certains « payent » le coût et aillent en amphi, tandis que d’autres jouent au « passager clandestin » et sèchent allègrement les cours.

C’est le même problème du côté des relations internationales: pourquoi la Chine s’embêterait-elle à réduire ses émissions de CO2 si l’ensemble des pays développés le font pour elle ?

L’avantage ici, c’est que l’on peut trouver une même solution à ces deux problèmes. Il faut trouver un moyen d’instaurer des « incitations sélectives« , c’est-à-dire un système de récompenses/punitions qui sélectionne les étudiants/pays honnêtes et exclut les autres. Il peut s’agir d’une interrogation surprise en cours magistral, par exemple, ou bien d’un système de sanctions financières envers les pays ne respectant pas leurs engagements.

Bavardages en classe et effort de réduction des émissions de carbone

Avez-vous déjà remarqué qu’une classe dans laquelle tout le monde parle tendra à être de plus en plus bruyante tandis qu’une classe silencieuse conservera un bon niveau d’attention (ou de sommeil) des élèves ? Il est assez rare d’avoir dans un même cours des moments de grands silences entrecoupés de phases de bavardages massifs.

Cela s’explique par le fait qu’intuitivement, nous choisissons notre comportement en fonction de ce que nous anticipons du comportement des autres. Par ailleurs, le silence de mon voisin est « complémentaire » au mien : s’il ne se tait pas je n’aurai pas de silence, et si je ne lui réponds pas à il n’aura personne à qui parler.

En d’autres termes, dans une classe dans laquelle une majorité des gens suit le cours, je pourrais difficilement me mettre à parler car mes voisins seront tous silencieux. On tendra donc vers une situation où tout le monde se taira. Inversement, dans une classe dans laquelle une majorité des gens parlent, suivre le cours sera difficile, et j’aurai rapidement quelqu’un à qui parler. On tendra donc vers une situation où tout le monde parle.

Dans les deux cas, tout dépend du comportement adopté par une majorité (même très mince) des étudiants.

Et la COP22 dans tout cela ? Il est nécessaire que tous les pays se coordonnent leurs efforts pour qu’il y ait un impact réel sur l’environnement. Le fait de pencher vers un extrême (tout le monde réduit ses émissions) ou l’autre (tout le monde pollue) dépend du comportement adopté par une majorité des pays.

Y-a-t-il une solution à ce problème ? Une idée répandue est celle du « grand choc ». On ferait ainsi basculer l’équilibre du jeu d’un extrême vers l’autre (en faisant brutalement changer le comportement de la majorité). Il peut s’agir d’un professeur qui s’énerve violemment contre le bruit dans l’amphi’ ou bien d’une conférence sur le climat exaltant la force de la coopération internationale.

Pour aller plus loin :

Jean Tirole, Economie du Bien Commun, PUF, 2016

 

 

 

 

 

 

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