[Elections USA] « Au pays de l’anathème, les bien-pensants devaient être rois »

Silence… le bateau coule, nous devons choisir notre capitaine, prenons le plus « cool » ! Cette tribune commence sous des airs de pamphlets, mais je ne souhaite pas jouer avec cette misère qui ne cesse d’enfler. Les vagues déferlent, elles nous frappent, elles matraquent notre coque, notre vieux navire tangue, et nos élections se résument à des batailles de coqs. La tempête est lapidaire, nous craignons de toucher le fond. Les vents de l’Histoire nous semblent contraires, mais nous nous interdisons les vrais débats de fond. Nos ennemis nous attaquent par derrière, mais nous ne sommes plus capables de leur présenter une grande opposition. Ces narvals narquois transpercent notre navire, leurs pointes aiguisées nous promettent l’inondation. Nos canons ne sont pas pointés sur nos véritables ennemis, la défaite n’en sera que plus amère. Debout sur le pont, face à ces élections, Hillary Clinton ou Donald Trump, j’avais un redoutable mal de mer.

L’ennemi, après cette élection, est désigné, c’est le peuple et son plus haut dignitaire. Les médias, les bien-pensants ont choisi d’emmurer sémantiquement les électeurs de Donald Trump dans la culpabilité. Ils deviennent ce que Philippe Muray nommait les « ploucs émissaires ». Cependant, ils ont remis en cause ces miséreux plutôt que le système qui a plongé ces hommes dans la misère.  L’honnêteté intellectuelle et l’objectivité s’imposent : le nouveau président de « tous les Américains » incarne le capitalisme fou, démesuré. Il est en opposition totale avec ce que vivent chaque jour beaucoup d’Américains, tabassés par les délocalisations de masse et le manque cruel d’emplois, insultés par un grand manque de reconnaissance.  La satisfaction, depuis la défaite de Bernie Sanders, ne pouvait donc exister, tout résultat m’aurait indigné. Sanders représentait la tempérance, l’alternative raisonnée et raisonnable dont le monde et les Etats-Unis ont besoin. Il était le seul à marquer une véritable rupture physique et idéologique avec Wall Street et ses dégâts.

Cependant, Donald Trump, prétendant être le plus fort, avec sa coiffe légendaire de lophophore, qui sacralise et incarne cette forme de contestation. Je le déplore, il est à l’image de ce capitalisme dégoulinant et dégoutant, plein de vulgarité et de folie. Son élection se voulait être un coup de poing contre la misère provoquée par la recherche éternelle de profits. L’Amérique va mal, l’Amérique sanglote, l’Amérique tremblote, et elle est poussée à comparaître. Nos médias, dans leurs grands et immenses soucis du temps long, nos grandes sentinelles des démocraties déclarent  » s’interroger quelque fois sur le suffrage universel »[1]. Ils osent condamner toutes ses mains tremblantes et hésitantes devant les urnes, ces hommes et ces femmes qui portent les marques de coups assénés par cet ultra libéralisme. Cette finance incontrôlable et dérégulée que Bill Clinton a favorisée durant son mandat, sa femme l’a payée dans les urnes. Dans le pays le plus riche et puissant du monde, 47 millions de personnes mangent deux fois par jour à la soupe populaire, est-ce acceptable ?

Le rêve américain a viré, pour ces populations, au cauchemar. Au pays des rêves, où la réflexion est sous sédatifs, la canonisation de Barack Obama est actée par la nostalgie médiatique et nos affreux manichéens. C’est bien ce président, qui après un Pearl Harbor économique avait promis de réformer, et qui en réalité n’a pas pu lutter. Il est toujours le grand sauveur désigné face au nouveau dictateur et totalitariste montant. Les comparaisons avec le Président sortant sont trop souvent biaisées, et le nouvel élu est bien souvent attaqué sur ses migrants. Sous Obama les Etats Unis ont expulsé 2,5 millions d’étrangers, Trump souhaite l’expulsion de 3 millions d’étrangers. « Hitler vous avez dit ? », un homme responsable du massacre de 6 millions de juifs, Donald Trump sera responsable de l’expulsion de 3 millions d’étrangers. « Hitler vous aviez dit ? ». Trump a emprunté le programme de Franklin Delano Roosevelt avec ses mesures protectionnistes et anti-immigration. L’existence de murs qu’on se complait facilement à dénoncer, c’est peut-être pour oublier que nous avons des réfugiés qui coulent, chaque jour, dans notre Méditerranée. « La démonologie a ceci de commode qu’elle remplace le débat par l’exorcisme. » écrit l’ambigu Patrick Buisson. Tout est désormais fait pour soumettre le nouveau Président des Etats-Unis à l’ordalie.

Bien entendu, son programme, pris dans son intégralité, est une ignominie. Sa méprise de l’écologie est une aberration, il souhaite continuer de couper le souffle des populations asphyxiées par la pollution. Sa vision : soigner, une économie à bout de souffle, en la dopant au prix d’une Terre en mauvaise santé, est une absurdité. Mais, sa franchise lui a au moins permis de désigner son adversaire, de mettre un nom sur un visage qu’il n’aurait pas, et qui ne serait jamais au pouvoir. Ce « monde de la finance » comme disait François Hollande dans son très franc et honnête discours, Donald Trump le pointe du doigt : Wall Street, ce quartier de la finance qui a mis des gens à  la rue et dos au mur. Taxer ce système, le contrôler,  emprunter le chemin des tribuns de la plèbe, celui tracé par les Gracques, est capital, encore faut-il avoir le courage des deux frères. Il est fort souhaitable que ce représentant du parti de l’Eléphant, ne les trompe pas et qu’il s’attèle véritablement à cette tâche primordiale de la justice sociale pour tous les Américains. Qu’il attaque enfin la finance internationale qui a enlevé aux politiques leurs responsabilités et leurs devoirs de parfaire la chose du peuple ; la République, et le bien commun. Qu’il lutte contre la paupérisation croissante aux Etats-Unis face à l’enrichissement des plus riches !

Au lendemain de la victoire de Donald Trump, nous avons pris de ses nouvelles, son pouls, sa température, sa fièvre. Nous pouvons être outrés par les commentaires sur la Bourse mondiale des fervents défenseurs de la Démocratie, qui insultent et méprisent en permanence le « démos », au lieu de commentaires historiques, philosophiques ou sociologiques sur l’événement. L’argent qui pourrit tout, jusqu’à l’âme des Hommes, à supposer que certains en aient une. Nous voulons naviguer loin des plongeons et caprices boursiers, vers des eaux plus calmes. Notre bateau doit s’en aller vers un cap plus juste, pas vers cet immense iceberg où seul les plus favorisés pourront emprunter des canots de sauvetage, et s’enfuir avant que nous coulions. Dans ces océans néocapitalistes d’un sel corrosif, le résultat de notre navigation nous laisse très dubitatifs. Arrêtons d’afficher à notre étendard le drapeau blanc, signe de notre abandon intellectuel et politique. Soyons en proie à l’humilité, avant de juger ce peuple qui a voté en vertu de ses droits civiques. Nous nous tenons en permanence prêts à accueillir le Front National au second tour. Cet événement probable devrait nous pousser à changer radicalement notre système et notre façon de penser, le courant de l’Histoire est à un nouveau carrefour.

« Créer c’est résister, résister c’est créer » nous disait Stéphane Hessel. Créons et résistons pour lutter contre ces populismes croissants pour retrouver notre acuité. Ne tombons pas dans l’insulte qui est une trop grande facilité et une véritable vacuité. Donald Trump, l’incarnation de l’opulence du capitalisme gavé au populisme, a été renforcé par les anathèmes. Il a gagné. Quand prendrons-nous nos responsabilités et proposerons-nous des mesures justes, pragmatiques et raisonnables capables d’abattre ces programmes populistes déclamés par des Hommes qui se sont seulement donné la peine de naître ?

Un Tigre.

[1] Jean-Michel Aphatie sur BFM TV

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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