[Témoignage] Les troubles alimentaires, un sujet tabou

Avec ma modeste taille de 172cm, je pèse actuellement 55kg. Dans la mesure où vous ne savez pas qui je suis, cette information est d’une importance minime pour vous et elle ne va certainement pas changer le cours de votre vie. Mais pour moi, cette information, elle est capitale. Capitale parce que si on calcule mon Indice de Masse Corporelle en introduisant ces données dans la fabuleuse équation IMC = Poids (kg) ÷ Taille (m²), on obtient 18,6. Et figurez-vous qu’avoir un IMC de 18,6 ça veut dire avoir une « corpulence normale » selon l’Organisation Mondiale de la Santé. Avoir une « corpulence normale », ça signifie être juste bien pour certains, mais pour une rescapée de l’anorexie, ça sous-entend… Être GUÉRIE.

L’anorexie est un phénomène ô combien répandu de nos jours, mais très souvent passé sous silence, presque tabou. Lorsque l’on rencontre une personne atteinte de ce mal, on s’en rend pourtant très vite compte : non seulement par l’apparence, la personne est bien « atteinte » dans le sens littéral du terme. Et croyez-moi, je parle en connaissance de cause ; il y a un peu plus de deux ans, avec la même taille qu’aujourd’hui, mon poids de 46kg me donnait un IMC de 15,5 ce qui si on en revient aux conclusions de l’Organisation Mondiale de la Santé, me classait dans la catégorie bien nommée « famine », aussi appelée « maigreur extrême ». Je ne me rendais absolument pas compte que mes os étaient saillants, mes joues creuses et que la couleur de ma peau s’apparentait à celle d’un fantôme, car, oui, je mangeais si peu que je ne sentais plus la faim. Définition même de l’anorexie : j‘avais une vision déformée de mon corps, et alors que j’avais maigri plus que de raison, j’éliminais de mon alimentation tout ce qui aurait pu me faire grossir. C’est-à-dire tout. J’évitais la cantine, inventais des excuses pour contourner les invitations à manger de mes amies, et me cachais pour vomir dès que mes parents m’obligeaient à avaler un repas.

L’anorexie n’est pas qu’une histoire de régime alimentaire, elle s’immisce dans tous les pans de votre vie. Elle affecte vos relations sociales, votre corps et la vision que vous avez de lui, votre confiance en vous, votre santé aussi bien mentale que physique. C’est ainsi que la décrivent les « témoins » en disant « avide, elle te vole tout » (cf. le documentaire Arte « Chère anorexie » ). Le pire dans tout cela, comme je l’ai dit plus tôt, c’est que vous ne vous rendez pas compte de l’état dans lequel vous vous trouvez, et vous êtes heureux de votre sort. Je me rappelle très bien les moments que je passais en sous-vêtements devant le miroir de ma salle de bain, à essayer de déceler combien de grammes j’avais pu perdre durant cette journée de plus passée sans rien avaler. Voir sur la balance que j’avais perdu 100 grammes me rendait euphorique ; dans le contraire, j’éclatais en sanglots et m’interdisait de manger les deux jours qui suivaient. Durant toute cette période, je n’ai jamais été plus heureuse que le jour où j’ai réalisé que je pouvais compter mes côtes. Désolée d’être si crue, mais c’est la vérité, croyez-moi quand je dis que l’anorexie est d’abord un problème psychologique. Ma période d’anorexie a duré un peu moins de deux ans, en commençant le jour où j’ai pris la décision de « perdre mes 2-3 kilos en trop » et se terminant – si on peut le voir ainsi – le jour où j’ai réalisé que j’en avais perdu presque 20. Y serais-je encore si ma sœur ne m’avait pas un jour provoquée en me lançant « non mais regarde comme tu es maigre, on dirait un squelette » ?

Même en prenant conscience du mal que l’on se fait en se privant d’alimentation, il est très dur et très long de changer d’état d’esprit, d’ignorer cette obsession. Personnellement, je n’ai pas voulu faire de thérapie, même si ça m’aurait certainement aidée ; cela m’a pris plus d’un an pour recommencer à manger normalement. Encore aujourd’hui, manger ne serait-ce que deux repas par jour est un défi, je ne pouvais pas avaler de pâtes jusque récemment et je fais encore dans ma tête des calculs stratégiques du type « si je mange un croissant ce matin, alors je ne mange pas ce midi ». Cesse-t-on un jour de raisonner comme une anorexique et guérit-on vraiment, là sont les vraies questions.

Pour ces multiples raisons, j’ai eu envie de partager mon expérience, parce que même si mon IMC actuel me dit que tout va bien, il est très difficile de guérir totalement; ceux qui n’ont pu en sortir vous le diront mieux que moi. J’ai eu de la chance parce que je me suis reprise à temps. Malheureusement, l’anorexie mentale touche de plus en plus de gens, en majorité des jeunes filles – même si les hommes sont aussi touchés : environ 2%  de la population française, dont 5% des cas aboutissent à un décès, provoqué soit par un suicide, soit par des problèmes de santé. Ces chiffres nous poussent à nous interroger sur ce qui provoque l’anorexie. Il n’a pas été admis qu’il existe uniquement un facteur génétique prédisposant ; les psychologues parlent d’une multiplicité de facteurs aussi bien psychologiques que familiaux, environnementaux, socioculturels, etc. Manque d’estime de soi, stress, perfectionnisme, comportement dépressif, volonté poussée à l’extrême de contrôle et bien d’autres aspects sont incriminés. Mais plus que cela, je pense personnellement que l’industrie de la mode et les normes physiques de la société actuelle sont aussi bien concernées et responsables de l’augmentation des cas d’anorexie. Combien de fois a-t-on lu des articles faisant état des conditions de santé déplorables de mannequins s’affamant pour rester dans la norme réclamée par les marques ? Des dizaines de ces mannequins témoignent d’ailleurs pour montrer « l’envers du décor ». Eh oui car nous simples spectateurs ne voyons pas que les photos de mode sont retouchées pour dissimuler les os trop saillants de ces jeunes gens : au contraire, nous aurions généralement plus tendance à vouloir leur ressembler ! Les incitations à ressembler à ces « modèles » sont partout et parviennent jusqu’à notre foyer ; les psychologues et psychiatres montrent l’impact de cette norme, qui pousse les femmes de tous âges à vouloir commencer des tas de régimes alors qu’elles n’en ont pas besoin. N’avez-vous jamais entendu votre maman dire qu’elle devait perdre du poids ? Bien sûr aucune maman ne peut être rendue responsable de l’anorexie de son enfant ; mais tout cela pour vous dire à quel point ce modèle de corps filiforme est ancré dans nos esprits. Tellement que le gouvernement français a voté le 17 décembre dernier une loi visant à établir un seuil minimal d’IMC pour exercer la profession de mannequin, et qu’une autre loi votée le 3 avril vise à pénaliser les sites internet faisant apologie de la maigreur extrême (car oui il y en a).

Peut-être vous reconnaissez-vous dans ce que je dis, peut être avez-vous été dans la même situation que moi il y a deux ans, peut être tout cela vous rappelle-t-il un proche. Que vous dire ? L’anorexique ne consent à se soigner et à se réalimenter que lorsqu’il se rend compte qu’il se met en danger et que sa situation ne lui apporte rien de bon. Il peut y parvenir seul, comme moi, avoir besoin de voir un thérapeute ou bien arriver au point de devoir être hospitalisé. Un conseil si vous vous identifiez là-dedans : posez-vous des questions sur votre situation, faîtes-vous aider par des personnes en qui vous avez confiance et qui seront là pour vous. Si mon article ne vous évoque rien de personnel, alors tant mieux pour vous, restez comme vous êtes. Et si vous avez l’intention de commencer un régime, allez chez un bon nutritionniste plutôt que de tomber dans la restriction alimentaire pure et dure.

Bien sûr je ne suis pas thérapeute, mais si vous doutez, que vous avez des questions ou que mon article vous a parlé, n’hésitez pas à me contacter via l’intermédiaire du rédac’ chef (un homme de confiance, promis).

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