Pourquoi les Européens vouent autant d’amour à Barack Obama et Bernie Sanders ?

On le sait, Donald Trump a été élu. Triste vérité pour tous les Américains qui avaient voté Hillary Clinton, mais aussi pour les Européens qui avaient la chair de poule en pensant à la chevelure de Donald Trump (et accessoirement à ses idées saugrenues, mais passons).

Depuis, les articles sur les conséquences de l’élection de Trump sur l’Europe fleurissent dans les médias. Parce qu’au-delà de notre sympathie pour nos amis d’outre-Atlantique, il faut dire que notre fort intérêt pour les élections présidentielles américaines montre que les décisions des Etats-Unis ont une influence sur notre vie. Les décisions de Donald Trump ont une influence sur notre vie.

Non, ne quittez pas cet article pour aller sauter par la fenêtre, parlons de choses positives plutôt. Comme Barack Obama, et Bernie Sanders.

Alors oui, on avait dit que le Grand Pari était censé être objectif mais soyons sincères envers nous-mêmes, et laissons libre cours à nos sentiments : j’estime, comme beaucoup d’Européens, que Barack Obama et Bernie Sanders sont géniaux. Mais la grande question c’est : pourquoi ? Pourquoi tant d’engouement pour des politiciens qui n’ont pas vocation à diriger notre pays ?

Déjà, il faut dire que l’élection d’Obama a provoqué un élan d’espoir à travers le monde. Un président noir un peu plus de 50 ans après la fin de la ségrégation, ça paraissait trop beau pour être vrai. Et nous avions raison d’être sceptiques. Les mandats de Barack Obama n’ont pas vraiment révolutionné les relations raciales aux Etats Unis. Qu’espérions-nous de toute façon ? Que des siècles de domination raciale seraient balayées par des jolis slogans tels que « Yes We Can » et « Race Doesn’t Matter » ? Le fait est que les Etats Unis, que dis-je le monde, attendaient trop de Barack Obama. Celui-ci avait les pieds et poings liés par un Congrès défavorable à beaucoup de ses réformes, à commencer par l’Obamacare.

Voilà un premier argument qui explique la sympathie des Européens envers Barack Obama ; en tant que Français, par exemple, nous ne comprenions pas pourquoi les Américains étaient (et sont toujours) opposés à un système de santé publique, alors que nous sommes très attachés à notre Sécurité Sociale. La culture politique française est imprégnée de l’importance de l’Etat-Providence, un état définitivement social. C’est totalement l’inverse pour la culture politique américaine.

C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles Bernie Sanders a rapidement été évincé de la course. Aujourd’hui, des journalistes crient sur les toits que si cela avait été Sanders face à Trump, Sanders l’aurait emporté. Mais pendant les primaires du Parti Démocrate, Bernie Sanders était considéré comme un socialiste (c’est presque une insulte aux Etats Unis). Néanmoins, dans la culture politique européenne, Sanders est au mieux centriste, mais pas vraiment socialiste. En tout cas, c’est celui qui se rapproche le plus des politiciens européens, puisqu’une grande partie des Démocrates sont considérés par les Européens comme de droite, et cela va de soi pour les Républicains.

Notre sympathie pour les idées défendues par Obama et Sanders s’explique aussi par le fait que les Etats Unis forment une espèce d’anomalie de la carte politique du monde occidental. Dans la plupart des pays occidentaux, la gauche est sociale-démocrate, et la droite a tendance à être libérale, ou conservatrice. Il existe dans la plupart des pays européens des partis qui défendent un socialisme moderne et démocratique, tandis que les partis néo-libéraux sont vus comme promouvant un mécanisme qui rend les riches plus riches, et les pauvres plus pauvres. Aux Etats-Unis, la carte est complètement inversée : libéral signifie être de gauche, alors que le néo-libéralisme auquel nous sommes réticents est largement répandu.

Ainsi, pour beaucoup d’Européens, Sanders représente la voie vers une politique américaine plus tournée vers le social, et qui ressemble davantage à ce qui se fait en Europe.

En réalité, la comparaison reste impossible. Les cultures américaine et européenne sont radicalement différentes. On voit bien que le rôle de la religion, la question du port d’armes et le scepticisme envers l’écologie sont bien plus importants aux Etats Unis qu’en Europe. C’est pour cela que Donald Trump, qui s’est montré contre l’avortement et le mariage homosexuel durant sa campagne, a pu récolter un grand nombre de voies. Bernie Sanders, à l’inverse, a exposé un programme favorable aux droits des LGBTQ+ et de l’avortement, ce qui va à l’encontre d’une certaine conception de la religion chrétienne, très répandue aux Etats Unis. Sanders s’est également prononcé contre le port d’armes, et pour une politique écologique. Une partie très importante des américains est opposée à ces prises de position, ce qui est une des raisons pour lesquelles Donald Trump a été élu.

On peut aussi ajouter que le traitement médiatique de la politique aux Etats Unis est aux antipodes de ce qu’on peut observer en Europe. Si on prend l’exemple de Dominique Strauss-Kahn, qui était supposé se présenter à l’élection présidentielle, il a rapidement été évincé à cause du fait qu’il était accusé de viol. Donald Trump, lui, a été élu alors que de nombreuses femmes affirment qu’il a commis des agressions sexuelles à leur encontre.

De plus, il ne faut pas oublier que l’Europe est loin d’avoir une culture politique commune, disons juste que les différents systèmes politiques européens se ressemblent plus entre eux qu’ils ne ressemblent au système américain. Cela s’explique notamment par la période d’après-guerre, pendant laquelle s’est créé un consensus européen, insistant sur une idée : la démocratie sociale est le meilleur modèle possible pour éviter une nouvelle guerre. C’est aussi la période pendant laquelle est née la dépendance aux Etats Unis ; c’est le Plan Marshall qui a permis la reconstruction de l’Europe.

Les Etats Unis eux-mêmes sont très divisés, notamment sur le plan générationnel. Beaucoup de jeunes soutenaient Bernie Sanders car il voulait rendre les universités gratuites, et parce qu’il était favorable au mouvement Black Lives Matter. Près de 20% des jeunes américains s’identifient comme « socialistes », ce qui n’est pas du tout le cas pour les Américains plus âgés.

Alors que Bernie Sanders représentait un certain espoir pour les jeunes américains, et aussi pour l’Europe, Barack Obama a incarné pendant huit ans une figure historique, en tant que premier président noir des états unis. Alors qu’il est, à la fin de son mandat, totalement détesté par les Républicains, qui déplorent l’Obamacare et le manque de fermeté de la politique extérieure d’Obama, il reste aux yeux de l’Europe un leader charismatique qui a ouvert la voie à un multilatéralisme plus fort et à une ouverture sur la question écologique. Après huit d’années d’un George W. Bush autoritaire et politiquement incapable, Barack Obama semblait davantage en mesure d’offrir un espace de protection positif aux Européens.

Parce que oui, étant donné le rôle qu’ont joué les Etats-Unis sur notre continent depuis les dernières 70 années, il semble normal que nous montrions autant d’intérêt pour les élections américaines, autant d’amour pour Bernie Sanders et Barack Obama, et symétriquement autant de tristesse et de dégoût face à l’élection de Donald Trump. Sans compter le fait que le soft power américain induit forcément que tout ce qui s’y passe arrivera en Europe un peu plus tard. Peut-être voyons dans les reflets dorés de la chevelure de Donald Trump un avant-goût de la crinière blonde de Marine Le Pen…

N.B.

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