La Syrie des El-Assad

Le 11 novembre, jour des commémorations, jour qui mit fin à 4 années de terribles carnages dans de ce qui était jusqu’alors de magnifiques régions, comme la Somme, la Marne… La France et l’Allemagne, prises au dépourvu par le jeu des alliances qui se déclencha dans les Balkans, s’écharpèrent une nouvelle fois aux frontières… Plusieurs millions de braves gens donnèrent leur vie pour…

Attendez… pardon ? Comment ça vous savez ? On vous apprend encore ça à l’école ?

Puisque c’est comme ça, je vais vous parler d’un sujet toujours d’actualité et dont on entend moins parler dans vos manuels : la Syrie. Vous devez, chers apprentis en quête du savoir ultime, vous demander pourquoi un tel sujet se retrouve dans cette section et pas dans les pages de l’actualité internationale. Ce à quoi je répondrai: De quoi je me mêle, jeunes insolents ? Non, plus sérieusement : comment se fait-il que ce bon vieux Bachar El-Assad, grand manitou alaouite qui n’hésite pas à répandre les bienfaits du sarin sur ses petits congénères un peu trop récalcitrants, soit (encore) aux commandes du pouvoir d’un pays marqué par le passage des plus grandes civilisations de l’Humanité, mais aussi et surtout par une des plus grandes crises du XXIème siècle ?

Il faut tout d’abord savoir que Bachi-Bachou appartient à une « dynastie » au pouvoir en Syrie depuis les années 1970. Le père de Bachar, Hafez, est issu d’une famille de paysans et est né à Qardaha, au sud d’Alep et d’Antioche. Après un passage dans les grandes écoles militaires syriennes (comme l’Ecole de l’Air d’Alep) et en Union Soviétique, il effectue une petite escapade en Egypte. Toutefois, une contestation de La République Arabe Unie de Nasser conduit à son emprisonnement. Vous avez vraiment cru que le héros et président de l’Egypte allait laisser ces avortons gâcher ses projets d’unification des arabes sous sa coupe ? La RAU prendra pourtant fin en 1961.

Arrive alors le « fun fact » de cette épopée : El-Assad père est un militant du Parti Baas, qui est alors implanté à la fois dans sa Syrie natale et en Irak, mais aussi en Jordanie et au Liban. Et ce parti recherche… l’unité arabe. Toutefois, le parti s’opposait à la prédominance de l’Egypte et de Nasser au sein de la RAU. Cette dernière a toutefois affaibli le parti Baas à partir de 1958, conduisant à une première dissolution. Dès l’année suivante, il va réapparaitre dans la clandestinité, et Hafez El-Assad va en devenir un des piliers…

Entre 1963 et 1966, des coups d’Etat en Irak et en Syrie permettent au Parti Baas de revenir au pouvoir dans les deux pays. Saddam Hussein va devenir le leader irakien, tandis que les têtes de la branche syrienne vont elles aussi prendre possession des hautes sphères, avec Salahedine Bitar comme Premier Ministre, Salah Jedid comme Président et notre cher Hafez comme Ministre de la Défense. S’ensuit dès lors une purge des membres modérés du parti. Et oui, quand on s’inspire du modèle stalinien, on le fait jusqu’au bout.  Et devinez autour de qui cette purge s’organise ? D’El-Assad bien sûr !  Ce dernier regroupe les éléments nationalistes du parti Baas, et renverse la branche civile avec un nouveau coup d’Etat en 1971.

C’est donc le début de l’ère El-Assad en Syrie. Il va alors de plus en plus s’inspirer des dictatures occidentales, et de l’Union Soviétique avec laquelle il est proche. Ainsi, une police politique va se mettre en place, et les éléments du parti Baas vont se retrouver au cœur de la société syrienne, nommés à la tête des différents corps de métier qui la structurent. Par ailleurs, il va nommer des alaouites aux plus hauts postes politiques, tout en gardant en dépit de cela des sunnites à certains postes à responsabilités pour garder l’illusion d’une certaine « parité ». Hafez El-Assad va par ailleurs marquer le coup vis-à-vis du Parti Baas en soutenant une politique en faveur des minorités, notamment les Kurdes, jusqu’alors persécutés par les régimes successifs.

On peut donc constater que le régime des Al-Assad, qu’il s’agisse du père comme du fils, s’appuie sur deux piliers : l’Etat Policier (qui s’est établi avec la répression des opposants au Parti Baas), mais également le soutien aux minorités kurdes, druzes, alaouites et chrétiennes, afin de contrebalancer l’influence des sunnites dans la région. Avec la guerre civile qui persiste et la défaite quasi-annoncée de la révolte sous les bombes russes, la question est désormais de savoir: sur quoi va se fonder la stabilité du régime Al-Assad? Et comment vont désormais s’organiser les relations avec les Kurdes, plus unis et plus forts que jamais…?

Pour ceux qui souhaiterait avoir des détails plus pointus sur le parti Baas qui est aujourd’hui au centre de la région, je vous propose ce petit lien : une chronologie de ses évolutions depuis la fin des années 1930.

http://irak.arte.tv/reperes/grandeur-et-decadence-du-parti-baas/

Sur ce, je retourne dans mes archives et je vous dis à bientôt pour une nouvelle chronique !

L’Abbé

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :