Quel est le point commun entre un candidat à la présidentielle et la gestion des aires de jeu pour enfant ?

 

Comme à chaque élection présidentielle, les candidats tentent par tous les moyens de grappiller quelques voix auprès des « indécis ». Dotés d’une stratégie de communication orchestrée par une équipe de « spécialistes », ils multiplient les meetings, les apparitions télévisées et développent un réseau de militant (cc les Jeunes avec Jean-Michel Samba).

Parallèlement, dans la petite ville de Milwaukee (USA), deux fonctionnaires territoriaux s’écharpent pour savoir comment gérer les aires de jeu pour enfants : allouer des fonds à la surveillance des bambins ou au renouvellement des infrastructures ? Les deux situations n’ont rien à voir en apparence…

 Un même manque d’information

Voilà le rêve de tout bon candidat : disposer d’une information parfaite lui donnant l’impact exact sur son résultat électoral de chaque meeting réalisé, chaque tract distribué…etc. Cette description utopique décrit bien le comportement rationnel tel qu’il est vu en économie : l’individu dispose d’une information parfaite et agît de manière optimale.

Or, tout le monde sait que la réalité colle très rarement à cette description. Malgré leur développement massif, les sondages d’opinion peinent encore à capter la réalité des suffrages. De la même manière, si l’on estime qu’une apparition télévisée peut toucher beaucoup plus d’électeurs d’un coup qu’un tract distribué le dimanche au marché, il est encore difficile de savoir si la première méthode surpasse réellement la seconde. Quinze minutes de temps de parole dans un débat à sept candidats ne valent peut-être pas dix minutes à discuter avec un militant convaincu…

Du côté des aires de jeux pour enfants le constat est proche : impossible de choisir ce qu’il faut privilégier entre la surveillance des enfants et l’entretien des infrastructures.

Dans cette situation, la théorie économique nous fournit une réponse claire : il suffit de construire la courbe de rendement marginal (le rendement pour un 1€ investi en plus) de chaque investissement (surveillance et infrastructures). Ensuite, on réparti les fonds de manière à ce que les rendements soient égaux. Ainsi, investir 1€ de plus dans l’un ou l’autre apporterait le même rendement. On retrouve à nouveau le comportement rationnel au sens économique.

Problème réglé… à ceci près qu’il est impossible de bâtir ces fonctions de rendements. Il aurait fallu pour cela disposer de données quantitatives fiables, ce dont nos administrateurs ne disposent pas (comment calculer le rendement d’un euro investi dans un équipement public ?).

Dans les deux cas, on voit donc que les décideurs souffrent d’un cruel manque d’information qui les empêche de décider rationnellement au sens économique du terme (information parfaite et solution optimale).

Une même solution

L’économiste Herbert Simon a défini le concept de rationalité limitée. Face à un manque d’information, les individus vont s’efforcer de trouver une solution suivant deux critères :

  • La recherche de solution : les individus chercheront une solution jusqu’au point où le temps passé à trouver une solution plus optimale sera égal au bénéfice apporté par cette solution (coût marginal du temps de recherche = bénéfice marginal du temps de recherche)
  • Le critère de satisfaction : Les individus vont construire mentalement des attentes quant à la qualité de la solution qu’ils doivent trouver. Une fois qu’ils trouvent une solution qui correspond à ces attentes, ils stoppent leurs recherches.

En résumé, les individus, plutôt que rechercher la solution optimale, vont rechercher une solution simplement satisfaisante.

Notre candidat à la présidentielle ne sait pas comment évaluer sa popularité ? Il choisira de se fier aux instituts de sondage, une manière non optimale mais satisfaisante de mesurer l’opinion. Il se demande s’il vaut mieux faire un meeting ou payer des affiches ? Ne sachant pas vraiment lequel est le plus efficace, il fera un peu des deux.

Il parait impossible d’évaluer le rendement d’une aire de jeux ? Nos administrateurs se contenteront  d’utiliser un indicateur de fréquentation du parc. Ils vérifieront que le nombre d’accidents n’augmente pas, sinon, il faut payer plus de surveillants. Ils veilleront aussi à ce qu’il n’y ait pas de blessures liées à l’état des infrastructures, sinon, il faut investir pour les renouveler.

La théorie de la rationalité limitée a apporté beaucoup à la théorie néo-classique. Elle a mis en évidence un côté « intuitif » dans le comportement rationnel tout en collant assez bien à la réalité des individus.

 

Geoffrey Zoetelief Tromp

Crédit photo : http://labatailledesimages.blog.lemonde.fr/files/2012/02/MLPenfants3-550×365.jpg

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