Pourquoi la guerre froide n’est pas terminée entre la Russie et le Japon

Vladimir Poutine et le Premier ministre japonais Shinzo Abe lors de leur rencontre à Nagato, le 15 décembre 2016. Malgré l’entente cordiale entre les deux chefs de l’Etat, les questions territoriales demeurent en suspens.

Poutine a fait sa première visite officielle au Japon le 15 décembre où il a rejoint le premier ministre Abe dans sa ville natale de Nagato. Celui-ci lui réservait alors un agréable programme: expérience du onsen (bain de sources chaudes), dégustations de spécialités locales comme le saké, démonstration de judo ou encore visite des monuments historiques,… Mais au délà de cette ambiance courtoise demeurent des questions en suspens que les deux dirigeants comptent bien essayer de régler.

Le Japon est devenu, au cours des dernières années, un des seuls pays du G7 à vouloir adopter des conditions favorables au développement économique de la Russie. En effet pour Poutine et Abe la coopération économique doit être la pierre angulaire pour trouver un consensus entre les deux pays. Les dirigeants ont donc annoncé une expansion de la coopération économique comprenant environ 80 transactions commerciales entre les entreprises et les organismes gouvernementaux des deux côtés. Un haut fonctionnaire du gouvernement japonais a déclaré que Tokyo était prêt à combiner des investissements, des prêts et des crédits pour favoriser le développement de la Russie, pour un total de 300 milliards de yen.

Cependant, cette attitude diplomatique nipponne est en train de s’atténuer. En effet, la question territoriale entre les deux pays fait encore l’objet d’un désaccord.

Replaçons-nous dans le contexte historique: en août 1945, l’armée de l’Union Soviétique envahit les territoires du Nord du Japon et du Sud, dont les îles Kouriles, forçant la population locale japonaise à s’exiler. Depuis, les îles sont sous domination russe, ce que le nationalisme japonais n’a jamais accepté.

La Russie affirme que les îles appartiennent à son territoire, et déclare l’hégémonie de la loi russe sur les activités économiques insulaires. De son côté, Tokyo fait valoir que Moscou occupe illégalement les îles et que toute application de la loi russe serait donc inacceptable.

Abe espère donc profiter de l’occasion pour résoudre une impasse qui dure depuis 70 ans, et qui remonte à la phase de fermeture de la Seconde guerre mondiale, lorsque l’Union soviétique a rejoint soudainement les Alliés pour attaquer le Japon et affirmer son hégémonie insulaire sur ses territoires.

Néanmoins, malgré le traité de déclaration commune pour rétablir les relations diplomatiques entre les deux pays signé en 1956, les relations sont plus que jamais tendues. La Guerre Froide entre les deux pays n’est pas encore terminée.

Tout compromis politique dans le différend territorial se heurte alors à des obstacles majeurs. Les îles ont pris une importance symbolique pour les deux pays, où l’héritage de la guerre occupe une place importante. En Russie par exemple, ils sont considérés comme faisant partie de l’histoire de la victoire de la guerre.

Les relations diplomatiques entre les deux pays se détériorent de plus en plus, indépendemment même de la question des territoires insulaires. Les deux nations accusent le coup: pour le chef de l’Etat russe les accords bilatéraux entre la Russie et le Japon se sont fragilisés à cause de la chute du taux de change et du déclin des prix des ressources naturelles, provoqué par les décisions unilatérales nipponnes.

Les sanctions économiques de Tokyo contre la Russie suite à son annexion de la Crimée en 2014 prennent aussi une part importante à la détérioration de leurs relations diplomatiques. De ce fait, le chef de l’Etat russe déclare que les deux pays doivent stopper ces débats et engager par les leçons de l’Histoire une réelle coopération économique, qui prend en compte, dans un pragmatisme politique, les désaccords territoriaux au sujet des îles, sans pour autant céder aux revendications trop enthousiastes du Japon.

Pourtant, malgré les efforts des deux chefs de l’Etat pour multiplier les rencontres diplomatiques, les perspectives d’un traité de paix demeurent de ce fait minces: les responsables russes ont cherché à refroidir les espoirs de Tokyo au sujet d’une possible entente sur les territoires insulaires avant même le commencement de la réunion, Poutine partant lui-même du postulat suivant, face aux offres économiques alléchantes de Tokyo : « Nous ne négocions/n’achetons pas les territoires. ».

H. A.

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