[Brexit]Le discours de Theresa May du 17 janvier: n’est-ce qu’un au revoir ?

 

Londres et Bruxelles, c’est un peu comme ces exs qui se sont séparés, mais qui continuent à flirter, et qui te disent qu’ils ne reviendront jamais ensemble. C’est fatiguant, ça irrite, et surtout, on y comprend pas grand-chose. Aujourd’hui, le Grand Pari a décidé de revenir sur le Brexit, pour vous aider à comprendre un peu mieux la situation entre la Grande Bretagne et l’Union Européenne actuellement -par contre pour vos exs collants, on vous laisse gérer ça comme des grands.

La Grande Bretagne et l’Union Européenne, c’était avant tout un interminable jeu du chat et de la souris, un véritable « fuis moi, je te suis ; suis moi, je te fuis ». Les autorités britanniques sont toujours restées en marge des grands processus d’intégration européenne, ne faisant partie ni de la zone euro, ni de l’espace Schengen. Les deux puissances entretenaient des rapports houleux, et ce, depuis les débuts de la construction européenne. Ces rapports semblent pourtant arriver à leur terme à la suite du vote pour la sortie du pays de l’Union Européenne, en juin dernier.

Il va sans dire que le vote du Brexit reste à ce jour, l’un des événements les plus marquants de l’année 2016, car totalement inattendu. C’est une revanche de la part des perdants de la mondialisation, et également une réaction populiste et nationaliste contre le libre-échange et l’immigration économique. Rappelons-le, le référendum pour le Brexit avait été proposé par le Premier ministre David Cameron suite à la montée eurosceptique dans son pays, sous l’impulsion du parti UKIP, favorable à la sortie du pays de l’Union Européenne. Suite au vote du Brexit, Cameron a démissionné. Ceci a donné lieu à des conflits quant au choix du nouveau premier ministre.

Theresa May : une nouvelle Thatcher ?

C’est finalement Theresa May qui a été nommée à la succession de Cameron. Elle est apparue comme la nouvelle Margaret Thatcher, incarnant la continuité de la dame de fer, celle qui prônait haut et fort «I want my money back !» dans les années 70. Ancienne ministre de l’Intérieur, sa position concernant la lutte contre l’immigration clandestine et les délinquants se veut ferme. Parallèlement, c’est une femme qui a apporté son soutien au mariage homosexuel et qui a critiqué le parti conservateur quand il apparaissait « trop à droite ». Politiquement « conservatrice », mais quelque peu réformiste, May apparaît ainsi comme un personnage politique difficile à cerner. D’autant plus qu’elle est longtemps restée floue sur le sujet du Brexit, surnommée ainsi par les journaux «Theresa Maybe», bien loin de la Thatcher 2.0 que les britanniques pro-Brexit espéraient. May reste une eurosceptique dans l’âme, bien qu’elle se soit prononcée contre le Brexit au début de l’année dernière.

Dans son discours du 17 janvier, on voit une Theresa May forte, qui pose (enfin ?) les bases d’un Brexit clair et net. Son discours marque donc un tournant dans l’histoire du Brexit. Son discours met d’une part en évidence les ruptures qui vont découler de cette sortie de l’UE, mais également les continuités.

Une sortie nette : « Brexit means Brexit »

La chef du Gouvernement a premièrement déclaré que les lois britanniques allaient être remaniées, afin de sortir de la juridiction européenne, souvent critiquée par les britanniques car considérée comme trop contraignante, réduisant la marge de manœuvre du Parlement. La procédure de l’article 50 du traité de Lisbonne -qui accorde à tout État membre le droit de décider conformément à ses règles constitutionnelles de se retirer de l’Union- commencera donc en mars. La sortie du pays sera donc le fruit de négociations par étapes sur une durée de deux ans. C’est donc un retour du patriotisme britannique, que May appelle « droit à l’autodétermination ». Le Brexit relève en effet d’un vote culturel, patriotique. Les britanniques souhaitaient le retour des compétences transférées à Bruxelles.

May a également annoncé la sortie du pays du marché unique et de la Cour européenne de justice. La sortie du marché unique est cependant contrastée, puisque la Première ministre affirme son envie de négocier un accord complet de libre-échange et un accord douanier avec les États-membres de l’UE. La sortie de l’union douanière européenne est en revanche, toujours floue à l’heure actuelle. Le pays veut reprendre le contrôle de l’immigration européenne, qui a fortement cru. Au début des années 90, l’immigration vers la Grande-Bretagne était quasi nulle, et a fortement augmenté à la fin de cette décennie, suite à l’entrée dans l’UE de 8 pays de l’ancien bloc soviétique. L’année dernière, l’immigration vers le Royaume-Uni s’élevait à 333.000 personnes, tandis que la population du pays augmentait de 500.000 personnes. Cette forte immigration a entraîné de grands mouvements populistes. Ainsi, May veut contrôler ces flux migratoires en provenance de l’Union européenne. Cette dernière insiste cependant sur l’importance d’accueillir les gens les plus brillants.

 Un bilan en demi-teinte.

 Son discours est clair, mais toujours discutable. On voit dans le discours de May l’évidente envie de sortir de l’Union Européenne. On pourrait penser que cette sortie n’est en réalité qu’une sortie de l’UE solidaire, redistributive, et que la Grande Bretagne veut surtout conserver ses anciens avantages économiques. May tenterait-elle d’essayer de bénéficier des avantages de la sortie de l’UE sans vouloir souffrir des inconvénients ? Ou veut-elle simplement réaffirmer son désir « d’auto-détermination » ? Son discours est clair, et annonce de grands changements dans la structure de l’UE, mais il nous donne à voir cependant une question sous-jacente : que veut vraiment Theresa May ?

Ainsi, doit-on voir dans ce Brexit la fin d’une histoire d’amour/haine tumultueuse ? Cela n’est pas si sûr. Nous avons ainsi une Union Européenne ébranlée, délaissée par ses citoyens, reléguée par la Grande Bretagne qui veut désormais être seulement « le meilleur ami et voisin de [ses] partenaires européens ». Bien que May ait affirmé que son pays « ne [gardera] pas un pied dans l’Union Européenne et un pied en dehors », le chemin s’annonce pourtant long et sinueux avant que la Grande Bretagne ne sorte définitivement de l’Union Européenne. Le pays est donc, pour le moment -et pour longtemps encore- condamné à rester en position de grand écart, entre Londres et Bruxelles.

Lucie Cazottes

           

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