La Cour Constitutionnelle allemande tolère-t-elle le néonazisme ?

Le NPD, ça vous dit quelque chose ? Vous savez, le parti allemand ? Non ? En tout cas, vous connaissez sans doute son homologue, duquel il s’inspire depuis sa création en 1964, le NSDAP.

Ultranationaliste, le Nationaldemokratische Partei Deutschlands (le Parti National-démocrate d’Allemagne, qui n’a a priori de démocrate que le nom) affiche, et a toujours affiché, une ligne politique basée sur quelques principes simples, mais néanmoins efficaces parmi certaines franges de la population germanique : toute-puissance du national, place centrale de la famille, lutte contre l’immigration, et enfin, anti-républicanisme. Et puis évidemment, racisme institutionnalisé, homophobie, le tout saupoudré de révisionnisme.  Cela tient sans doute –mais je ne veux pas m’avancer- au fait des relations étroites qu’entretient le NPD avec les milieux nazis et néonazis depuis sa fondation, au point d’en reprendre les rhétoriques dans son programme, en déclarant se battre pour « la survie et le maintien du peuple allemand dans son espace vital héréditaire d’Europe centrale ».

Le parti dirigé par Frank Franz (dont les cheveux rasés sur les côtés ne laissent de toute manière aucun doute quant à sa nostalgie des Hitlersjugend), à ce jour, compte environ 5000 membres –une broutille, certes, mais une broutille qui fait du bruit. Le NDP n’a certes jamais pu se faire représenter au Bundestag depuis sa création en 1964, n’ayant jamais franchi la barre des 5% de voix nécessaire pour entrer à la chambre basse du Parlement., mais a réussi à faire son entrée au Parlement Européen en 2014.

Les Allemands seraient-ils donc tous des nazis ? Heureusement, pas tous, non : comme en témoigne une étude conduite par  l’institut Forschungsgruppe Wahlen, 77% de la population allemande est favorable à l’interdiction pure et simple du NPD. Mais les choses ne sont pas si simples.

Les tentatives d’interdictions

C’est après la réunification, en 1990, que le NPD commence à reprendre du poil de la bête, en obtenant le soutien de groupes skinheads extrémistes. En effet, le parti profite de la déshérence des habitants des régions désolées de l’ex-RDA, dans lesquelles n’habitent quasiment aucun étranger et qui sont en désaccord avec la Loi Fondamentale –et, du coup, la République fédérale.  Mais une première tentative d’interdiction émanant du gouvernement de Schröder, du Bundesrat (parlement des Länder) et du Bundestag (parlement fédéral) échoue en 2003.

Le NPD, peu inquiété, accentue sa communication auprès des jeunes, et parvient à outrepasser la faiblesse de son poids électoral en mobilisant ses partisans lors de manifestations populaires. En 2011, la découverte d’une cellule terroriste d’extrême-droite, dont l’opinion publique soupçonne qu’elle est liée au NPD, relance le débat. Une nouvelle demande d’interdiction, dont le Bundesrat (les 16 Länder) est à l’origine, est déposée en 2013.

Comme vous avez sans doute pu le lire cette semaine, la Cour Constitutionnelle allemande a rejeté mardi 17 janvier cette proposition.

« Certes le NPD a des objectifs anticonstitutionnels, mais il n’y a actuellement pas d’éléments concrets de poids laissant penser que l’action [du parti] puisse être couronnée de succès », a indiqué le président de la Cour Constitutionnelle Allemande, Andreas Vosskuhle.

Ergo, le parti a trop peu d’influence pour réussir à imposer son idéologie. Une perception de la situation vivement critiquée par le Congrès Mondial juif, notamment, qui s’est empressé de tirer un parallèle entre les situations du NPD et du NSDAP, dont l’arrivée au pouvoir n’avait pris que « très peu de temps ».

La montée des nationalismes allemands

La décision de la Cour Constitutionnelle a suscité les passions, mais elle est sans doute justifiée. La marginalisation du NPD n’est pas relative, et le nombre de ses membres ne cesse de décroître. Surtout, il est bien moins populaire que l’Alternativ für Deutschland (Y’a-t-il vraiment besoin de traduire ?) de Frauke Petry, dont le discours « anti-système », moins radical, séduit de plus en plus d’Allemands. Crédité d’environ 10 à 15% des intentions de votes, ses mesures recoupent largement celles du NPD (notamment en ce qui concerne l’immigration), mais son discours est bien plus acceptable, la principale différence résidant en ceci que l’AfD réclame la souveraineté nationale là où le NDP inclut une dimension ethnique pour justifier son programme.

Surtout, le manque à gagner de la Cour Constitutionnelle eût été important si l’interdiction avait effectivement été prononcée. L’Allemagne, comme beaucoup de ses pays voisins, traverse une période de défiance vis-à-vis de ses dirigeants et de l’Union Européenne. La prohibition du NDP aurait certainement permis à ses leaders de se poser en martyrs d’une démocratie bafouée, ce qui n’aurait pu que renforcer les rhétoriques des partis comme l’AfD, qui, à l’instar du Front National en France ou de la Liga Nord en Italie, remettent en cause ce qu’ils appellent les « systèmes » de leurs pays respectifs.

La Cour Constitutionnelle a donc à cet égard sans doute appris du passé et de la controverse qu’avait suscitée l’interdiction du KPD (le Parti Communiste Ouest-Allemand) en 1956. En ce sens, elle répond à une certaine logique institutionnelle : la pluralité d’opinions ne peut être transgressée que lorsque l’on tente d’y porter atteinte. Un choix courageux, qui ne doit cependant pas faire oublier la menace nationaliste que constitue l’AfD.

P.G.

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :