« Un président ne devrait pas dire ça » : Gérard Davet et Fabrice Lhomme à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye

Ce jeudi 19 janvier, ce sont deux journalistes indissociables que Les Rencontres de Sciences Po Saint Germain recevaient en amphithéâtre Jean Cocteau. Les auteurs du très controversé Un Président ne devrait pas dire ça ont pendant quelques heures répondu aux nombreuses questions des étudiants de l’IEP. Tels les « frères Obermay/ier », du nom des deux journalistes allemands à l’origine de la révélation des Panama Papers, Gerard Davet et Fabrice Lhomme se montrent transparents. « Notre seul secret, c’est nos sources » affirme Fabrice Lhomme. Une déontologie journalistique rare, à l’heure d’une soit disant post vérité : « Journalisme d’investigation, c’est un pléonasme ».

Un président ne devrait pas dire ça, c’est le fruit de 61 entretiens, réalisés dès la primaire de gauche de 2011. Les deux hommes misent alors sur une défaite de Nicolas Sarkozy, et se rapprochent du probable futur Président de la République au lendemain de l’explosion de l’affaire Dominique Strauss-Kahn. A la clef de cette relation, qu’ils qualifient de « professionnelle », plus de 100 heures d’enregistrement, dont seulement 40% ont été retranscrites dans ce livre de 662 pages tout de même.

Hollande s’est tuer ?

« Nous devions l’écrire ». Sur la quatrième de couverture cette affirmation sonne comme ironique. Les critiques furent nombreuses lors de la parution du livre, comment François Hollande trouve-t-il autant de temps à consacrer aux journalistes, pourquoi s’est-il suicidé politiquement, et comment ose-t-il révéler des informations secret défense sur les opérations « Homo », ces assassinats extra-judiciaires au Moyen-Orient… « On a pas à répondre de cela » affirment à plusieurs reprises les deux journalistes, qui tentent également de défendre le Président : « Quand Obama dit la même chose, ça passe, personne ne lui en tient rigueur ».

Quant à l’impact supposé sur livre la décision du Président de la République de renoncer à un second mandat, il est vite balayé : « Ce livre n’a été que le catalyseur de quelque chose » pour Gérard Davet, le catalyseur du Hollande Bashing, qui résulte d’une communication catastrophique du début à la fin du quinquennat.

« En com’, il a tout essayé, rien n’a marché. Il a essayé périscope, ça a été pire que Serge Aurier ».

La stratégie de communication de François Hollande est en effet au cœur de l’ouvrage. Comment un Président qui se voulait normal a-t-il pu à ce point saborder son mandat ? « François Hollande n’a pas été président du bon pays à la bonne période » répondent les journalistes d’une seule voix, comme à leur habitude. Son style, qui se voulait aux antipodes de l’hyperprésident Sarkozy, n’a pas su créer une dynamique autour de lui, et Gérard Davet de conclure la conférence « François Hollande n’imprime rien ». Il n’imprime rien et, pire, il est le « spectre de l’Elysée », seul dans son palais.

L’image du Président seul dans sa tour d’ivoire se concrétise au travers de ce livre et de cette intervention. Gérard Davet s’emploie ainsi à décrire un palais de l’Elysée presque entièrement vide après le départ des derniers employés vers 19h. François Hollande déambule dans les couloirs du 55 rue du Faubourg Saint Honoré, comme un spectre, pour reprendre l’expression même du Président, cité dans le livre. Sans doute cette solitude est-elle également aggravée par sa rupture avec Valérie Trierweiler, qui fait l’objet de plusieurs chapitres dans le livre, ce qui peut surprendre au premier abord lorsqu’on s’intéresse à l’éthique journalistique du célèbre duo.

Trierweiler – Gayet : « On ne peut pas faire autrement, c’est dans l’opinion publique »

Interrogés sur la présence de plusieurs chapitres relatifs à la vie privée du Président, Gérard Davet et Fabrice Lhomme se défendent, plutôt mal que bien sur certains points. Ils affirment qu’ils auraient préférés ne pas avoir à écrire ces chapitres, mais le poids de la presse française et internationale et surtout l’impact de la vie privée du Président sur sa capacité à gérer les affaires publiques auront eu raison de leurs réticences initiales. Si la volonté d’éclairer l’action publique du Président par sa vie privée peut être une intention louable, on voit là une limite de l’ouvrage, car ce postulat pourrait-être un argument suffisant pour justifier la mise à mort définitive de la vie privée des hommes et femmes politiques. « C’est aussi un marché commercial » avouera Gérard Davet un peu plus tard.

Néanmoins, on pardonnera, subjectivement, cette entorse à une déontologie exemplaire dans le journalisme français, qui se ressent à la lecture de l’ouvrage. Dès l’introduction, les deux hommes prennent leur distance avec les citations anonymes, celles des « proches », ou des « membres de l’entourage », qui sont souvent des conseillers, plus ou moins bien placés dans la hiérarchie administrative de l’Elysée ou des Ministères. « On ne cite jamais de propos off », peut-on lire dès la première page de l’ouvrage, et Fabrice Lhomme d’illustrer son propos lors de la conférence, en citant l’exemple d’un ancien collègue du Parisien qui… inventait de toute pièce ces « citations anonymes » afin de servir son article. Au-delà de la simple vérité factuelle qui peut alors être discutable, cette pratique jette le discrédit sur le propos journalistique : quelle importance accorder à des citations anonymes ?  Peuvent-elles être prises au sérieux et la parole d’un ministre a-t-elle la même valeur que celle d’un jeune conseiller subalterne lorsqu’on spécule sur l’avenir politique du président ?

François Hollande : « Un esprit complexe dans un personnage complexe »

En définitive, qui est vraiment François Hollande ? Cinq ans après le début des leurs entretiens, la réponse est presque scientifique, universitaire : « Un esprit complexe dans un personnage complexe », comme si aucune typologie n’était possible, comme si le personne ne se prêtait à aucune comparaison : « C’est un OVNI politique ». Néanmoins, par rapport à son prédécesseur, François Hollande est presque flatté « Chez Sarkozy, la pensée n’est pas complexe, et le personnage non plus ».

Hugo Carlier

Fabrice Lhomme et Gérard Davet, « Un président ne devrait pas dire ça… », 2016, Stock (24,50€)

 

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