La politique de santé de Trump : quels effets sur le marché des assurances ?

Si les réformes de santé étaient au cœur du programme de Barack Obama, Donald Trump se pose en farouche opposant à toute intervention de l’Etat dans le système d’assurance maladie.

Pourtant la situation est critique : entre 1999 et 2009: les prix de l’assurance santé ont augmenté de 131% ! Sur la même période, le salaire médian moyen des ménages américain a stagné voire baissé. Conséquence, la part des dépenses de santé dans les foyers américains a augmenté et il devient de plus en plus difficile pour les ménages modestes de se procurer des soins, mêmes basiques.

Le marché des assurances maladies avant Obamacare

Pour l’américain moyen sans couverture préalable, le marché des assurances maladie était alors complètement illisible. Pour s’en sortir, il fallait alors procéder par étapes :

  • Evaluer avec la meilleure précision possible vos besoins en matière de santé, pour vous et l’ensemble de votre famille.
  • Choisir parmi des dizaines d’assureurs différents, une police d’assurance adaptée, en esquivant habilement le courtier en assurances qui tentera par tous les moyens de vous vendre un produit dont vous n’avez absolument pas besoin.

Il y avait donc un réel problème d’asymétrie d’information, les clients ayant une faible capacité à comprendre réellement ce à quoi ils souscrivaient.

Par ailleurs, il était alors facile pour les assureurs de rejeter un client pour motif de « conditions préexistantes » : vous avez des antécédents cardiaques dans votre famille ? Vous êtes bons pour payer une prime de risque…

Tous ces éléments sont liés à un fait sous-jacent : l’assurance privée ne gagne pas à assurer des personnes à risque. Un assureur privé a tout intérêt à maximiser l’écart entre le niveau moyen de risque de ses clients et les cotisations perçues pour augmenter ses profits.

Les effets de la réforme d’Obama

La réforme Obamacare inclut la mise en place d’une « Marketplace » publique, une plateforme sur laquelle les clients pourraient souscrire à des polices d’assurance. Les différentes assurances sont classées par niveau de couverture et de prix : bronze, argent, etc. Ce faisant, les américains peuvent choisir l’assurance qui leur convient le mieux. En rendant le marché plus lisible, on a donc réduit le problème d’asymétrie d’information.

Ce que veut faire Trump

Le nouveau président des Etats-Unis entend bien mettre à terre les réformes enclenchées par Obama. Son argument majeur, qui peut paraitre convaincant,  est de tout miser sur les bienfaits de la concurrence : en libéralisant le marché, les assureurs se livreront une concurrence acharnée, ce qui fera baisser les prix.

Ce que nous dit la théorie

En situation de concurrence pure et parfaite, les entreprises présentes sur un marché se font concurrence jusqu’au point où la courbe d’offre reflète le coût marginal de production (les profits sont alors nuls). Conséquence : les prix baissent.

Problème, il semble aujourd’hui difficile de considérer le marché américain des assurances maladies comme pur et parfait :

  • On l’a vu plus haut, il y a un réel problème d’information sur le marché car les clients évaluent difficilement ce pour quoi ils payent, ce qui les empêche de prendre des décisions optimales.
  • Les assureurs disposent d’un pouvoir de discrimination, ils peuvent imposer des primes de risques aux clients jugés plus risqués qui, de fait, sont théoriquement prêts à payer plus cher une assurance qu’ils savent presque indispensable. Si vous avez déjà eu un cancer, vous aurez d’autant plus intérêt à souscrire à une assurance maladie au cas où la maladie revienne, quitte à la payer un peu plus cher…

Ce que l’on peut en déduire

Il y a plusieurs risques probables au plan de réforme de Trump. Les assureurs peuvent tirer parti de leur avantage informationnel et augmenter leurs prix. Par ailleurs, un phénomène de sélection adverse est très probable : les assureurs augmentent les prix, excluant les clients risquées et/ou pauvres. Au final, le marché de l’assurance santé risque de se limiter à une poignée d’individus aisés. En voulant faire baisser les prix, Trump risque de produire l’effet inverse

On peut toutefois nuancer. Le plan Trump aurait pu avoir des effets positifs liés à la concurrence… si le marché avait été en condition de concurrence pure et parfaite. De plus, s’il s’agissait d’assurances spécifiques (soins lourds), un marché de l’assurance privée réduit poserait moins de problèmes du point de vue du bien-être global. Le problème majeur est que le système américain repose sur des assureurs privés, même pour des soins basiques.

G.Z.T
Référence :

Cliquer pour accéder à 2017MarketplaceLandscapeBrief.pdf

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