La France: pays de la corruption politique?

Il est de bonne guerre, en particulier en période électorale, de parler des « casseroles » des politiciens en campagne. Mais pourquoi ce genre d’affaires semble-t-il avoir moins d’impact en France qu’ailleurs ?

A première vue, on se dit qu’il n’y a qu’en France qu’un homme politique peut avoir été condamné pour une affaire d’emploi fictifs, ou soupçonné de financement douteux, et malgré tout continuer de prétendre exercer une prestigieuse fonction publique. Et on envie les scandinaves, dont les ministres vont au travail à vélo et doivent démissionner au moindre achat injustifié avec leur compte professionnel. En 2016, la France avait un indice de corruption perçue de 69. Concrètement, cela la place derrière la plupart des pays considérés « occidentaux, riches et développés », exceptés l’Italie, l’Espagne et le Portugal.

Comment le Penelopegate a relancé le débat dans la presse

Avec la récente couverture politique du Penelopegate, la France apparaît encore comme le mauvais élève de la lutte contre la corruption. Plusieurs médias étrangers ont commenté la situation en la comparant avec ce qui se serait passé dans des pays plus transparents

Willum, correspondant parisien pour les médias danois, expliquait par exemple comment une telle affaire aurait été impensable au Danemark, où Fillon aurait déjà été forcé de réviser ses ambitions présidentielles. Dans la plupart des médias étrangers, le Penelopegate est présenté comme d’autant plus grave qu’il s’agit du premier scandale d’un candidat qui voulait incarner l’homme de droite et sa stature gaullienne, revendiquant par ailleurs son honnêteté et la virginité de son casier judiciaire. Le Daily Telegraph par exemple souligne comment cette affaire et la défense confuse de Fillon pendant ses interventions télévisées, conférences de presse et meetings vont à l’encontre de sa campagne de rupture : « Au contraire, c’est juste une illustration supplémentaire de ce refrain bien connu : une règle pour l’élite, une autre pour le reste de la population ». Un raté pour Mr.Propre.

La corruption en France vue de l’étranger

Mais dans la mère patrie de Pénélope, ce genre d’affaires est aussi l’ « une des raisons majeures de l’inefficacité » de la classe politique française. Au Royaume-Uni, l’emploi de proches en tant qu’assistant parlementaire est de plus en plus réglementé et limité depuis le scandale des notes de frais injustifiées en 2009, et la publication complète de la liste des MP employant un proche par le Daily Telegraph en 2015. Pourquoi la France parait-elle si en retard ?

Un article du site Foreign Policy résume la situation et analyse l’organisation de la corruption en France : il existerait ainsi très peu de « petite » corruption quotidienne, mais une sorte de mafia spécialiste de la corruption politique et du détournement.

Quant à l’impunité et la perception de cette corruption, on peut avancer certaines hypothèses. La présomption d’innocence d’abord, même si elle est parfois invoquée à outrance, reste un élément important. Et même si on peut rester personnellement sceptique, la justice française acquitte parfois des personnalités dont la culpabilité est fortement présupposée des médias et de l’opinion publique en général (cf. Jean-François Copé). Une autre piste d’explication, soulignée dans la presse -y compris Foreign Policy– pourrait se trouver dans la structure même de la Ve République. Le Président de la République et la figure du politicien y héritent d’une forme de prestige et d’une aura gaullienne, qui le transforment en une personnalité au-dessus des accusations et des scandales. Il devient alors facile, comme le fait Fillon, de se disculper en qualifiant les accusations de simples rumeurs, voire même ou de complot politico-médiatique.

Cela étant dit, qu’est ce qui peut être fait ?

Face aux diverses fraudes qui entachent la confiance des citoyens en la politique, on a pu voir de nombreuses tentatives de régulation. En Espagne par exemple, une nouvelle loi Transparence est entrée en vigueur en 2014. Un an plus tôt, la France adoptait une loi réclamant la transparence sur l’identité des assistants parlementaires, suivie en 2016, par la loi Sapin-II qui crée une agence de lutte anti-corruption. En progrès donc, mais les récents événements et les enquêtes d’opinion montrent que la perception des hommes politiques ne change pas vraiment. Le rétablissement d’un lien de confiance avec les citoyens semble donc exiger des réformes plus profondes, ou, comme le suggérait déjà un sondage Odoxa de l’an dernier, d’un renouvellement en profondeur de la classe politique.

Q.M.

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