Trump et la régulation des marchés financiers

Donald Trump vient de signer cette semaine deux décrets ouvrant la voie à la dérégulation des marchés financiers américains. L’objectif est d’amender la Dodd-Frank, votée en 2010 suite à la crise financière de 2008. Elle posait toute une série de règles visant à la stabilisation du système financier de manière à éviter une catastrophe semblable à la chute de Lehman Brothers. Quel impact la politique de Trump risque-t-elle d’avoir sur le système financier américain ?

Les abus de 2008

On attribue généralement trois facteurs principaux à la crise de 2008 :

  • Une trop grande facilité d’accès au crédit : l’octroi de crédits par des banques à des ménages n’ayant pas la capacité de les payer. De nombreux ménages hypothéquaient leur logement en garantie du prêt, d’où un très grand nombre de saisies lors de l’éclatement de la bulle.
  • Une confiance aveugle dans la stabilité des marchés financiers incitant les investisseurs à prendre des risques démesurés.
  • Des conflits d’intérêt au sein des banques. On peut noter le scandale de la banque Goldman Sachs qui incitait ses clients à acheter des titres tout en pariant sur la baisse de la valeur de ces titres sur ses fonds propres. C’est un peu comme si vous incitiez quelqu’un à sauter du deuxième étage tout en pariant sur le fait qu’il va se casser une jambe…

Les réformes sous l’administration Obama

Afin que la crise de 2008 ne se reproduise plus, l’administration Obama a décidé la mise en place d’une série de mesures visant à réguler les marchés financiers pour éviter les abus. Face à l’affaire Goldman Sachs, la règle Volcker fut instaurée pour empêcher les banques d’investir avec leurs fonds propres et de limiter les connections entre les banques et les fonds d’investissement privés.

Pour accroitre la transparence, les autorités de régulation eurent plus de pouvoir. Par ailleurs pour inciter les banques à mieux gérer leurs risques, le fonds de garantie pour sauver les banques fut réduit de 700 à 450 milliards.

Enfin, le CFPB (Consumer Financial Protection Bureau) fut créé afin d’éviter les abus sur les  prêts hypothécaires.

L’avis de Trump

Le nouveau président des Etats-Unis est un fervent opposant de la règle Volcker et du CFPB, qu’il considère comme des entraves à l’investissement et au rendement.

Ce que la théorie nous apprend

Pour un actif financier donné, le rendement sera toujours proportionnel au risque. En d’autres termes, il n’existe pas (à moyen/long terme du moins) de « stratégie gagnante » non risquée en matière de placements.

L’investisseur moyen peut disposer d’un niveau de connaissance très variable en matière de placements. De fait, il est facile pour un gestionnaire de portefeuille de mettre en valeur les avantages d’une stratégie de placement, tout en noyant les risques sous un flot de vocabulaire technique que le client ne comprendra pas.

Un gestionnaire de fonds n’a pas toujours la même logique de rentabilité que ses clients : s’il est correctement payé en atteignant pile les objectifs fixés, il commence réellement à gagner beaucoup d’argent en battant le « benchmark » (en étant plus performant que le marché, allant au-delà des objectifs).

Les incitations des gestionnaires de fonds et de leurs clients peuvent donc parfois aller dans un sens contraire. Dans certains cas, ils peuvent vouloir parier contre leurs clients (c’était le scandale de Goldman Sachs) ou, plus simplement, prendre des risques trop importants par rapport à ceux que le client est prêt à accepter.

Plus globalement, on peut mettre en évidence un problème d’asymétrie d’information entre le client et le gestionnaire de fond.

Ce que l’on peut en déduire

Les réformes entreprises sous l’administration Obama ne visaient pas à « compliquer les vies des investisseurs et des consommateurs» mais à réguler les marchés financiers : réduire la marge de manœuvre des investisseurs pour limiter les comportements à risque.

Avec la dérégulation des marchés financiers de Trump, certes une partie des investisseurs pourront bénéficier de niveaux de rendement plus élevés pour leur épargne, mais cela se payera par une hausse du niveau de risque.

Trump risque donc surtout d’accroitre la volatilité des marchés, augmentant les risques de bulle spéculative.

Pour en savoir plus :

G. Z.-T.

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