Roumanie, Pologne, Hongrie : la fin de l’Etat de droit ?

Le 31 janvier dernier, le gouvernement roumain a adopté dans le dos du Parlement un décret qui affaiblit la loi anticorruption, réduisant ainsi les pouvoirs du judiciaire et favorisant les abus de l’exécutif. La Roumanie serait-elle en train de suivre la lignée des gouvernements devenus autoritaires tracée par la Hongrie et la Pologne ? Chers habitants du «  monde libre », le Grand Pari vous éclaire.

Révision constitutionnelle et flirt avec Moscou pour Viktor Orban

Mais que diable se passe-t-il donc en Europe de l’est ? Après la chute du mur, on pensait qu’un vent de démocratie libérale soufflerait enfin sur cette partie du continent. Et pourtant, depuis 2010, la Hongrie semble avoir pris un autre tournant : selon l’écrivain Gyorgy Konrad, le pays sous le conservateur Viktor Orban serait devenu une « démocrature ». A travers la Constitution adoptée en 2011, le gouvernement au pouvoir a établi un Etat fort, souverain ( et donc fortement eurosceptique ), qui embrasse de nouveau les valeurs chrétiennes ( «  Dieu bénisse les Hongrois » est désormais inscrit ) : le terme «  république » a disparu, les hauts-fonctionnaires sont tous des proches de Viktor Orban et bénéficient d’un mandat allant de neuf à douze ans, les dirigeants de l’actuel Parti socialiste sont rendus responsables des crimes communistes perpétrés jusqu’en 1989, diabolisant et décrédibilisant encore plus l’opposition, l’avortement et le mariage homosexuel sont déclarés inconstitutionnels…

Profondément eurosceptique et rejetant les valeurs occidentales, Orban s’allie du côté de Poutine, «  grand frère » qu’il admire et qu’il défend contre les sanctions européennes. La Hongrie semble se fermer de plus en plus : principal pays de transit des vagues migratoires, elles sont vues comme étant des «  dangers pour la chrétienté européenne », les mesures prise à son encontre, telles que la clôture à la frontière de la Hongrie et de la Serbie,  le logement des migrants dans des conteneurs, leur liberté de déplacement restreinte ou encore les violences policières à leur égard , sont donc qualifiées de « légitime défense » face à cette « menace ».

La séparation des pouvoirs menacée en Pologne ?

Depuis 2015 avec la victoire du PiS (Parti droit et justice) aux présidentielles et aux législatives, la Pologne s’est elle aussi dirigée vers un régime plus autoritaire. Frustré d’être bloqué dans ses réformes, le PiS a fait voter une loi autorisant le Parlement -qui est à majorité conservatrice- à désigner les juges du Tribunal constitutionnel censés être neutres, mettant ainsi à mal la séparation des pouvoirs nécessaire pour lutter contre les abus. La Commission Européenne espérait mettre en place une procédure inédite de « sauvegarde de l’Etat de droit » mais elle risque d’être freinée par le Premier ministre hongrois qui a promis d’y appliquer son veto.

S’agissant des médias, c’est le ministre du Budget qui nomme les directeurs des médias et les membres du Conseil de surveillance des médias publics : bons nombres de journalistes ont été licenciés,  les programmes faisant l’éloge des valeurs traditionnelles et religieuses sont favorisés… Une politique révisionniste de l’histoire a été mise en place créant ainsi des «  musées patriotiques » ravivant la ferveur nationaliste des Polonais et remettant en question le rôle de la Pologne dans la Shoah. Le pouvoir en place affirme ses positions face à l’étranger : elle a refusé la demande l’Union européenne d’accueillir des réfugiés et surtaxe les supermarchés non polonais.

La corruption, fléau de la politique roumaine

Comme si la démocratie libérale n’était pas déjà assez menacée en Europe de l’est, le mardi 31 janvier, le gouvernement roumain de Sorin Grindeanu a adopté en secret un décret favorisant la corruption : des infractions sont dépénalisés, la peine de prison n’est autorisé qu’à partir de 44 000 euros,  favorisant ainsi certains élus tels que le président du parti au pouvoir, Liviu Dragnea, menacé pour emplois fictifs et ayant déjà écopé de deux ans de prison avec sursis pour fraude électorale. La corruption est devenue une banalité en Roumanie : 1500 élus et hauts-fonctionnaires ont déjà été condamnés pour cela ces dernières années.

Profondément indignés, les Roumains ont manifesté dès le lendemain dans tout le pays et même dans les fiefs du parti au pouvoir, dénonçant une atteinte à l’Etat de droit et la malhonnêteté de ses dirigeants. Cette mobilisation collective serait la plus importante depuis la chute de Ceausescu en 1989 et elle a d’ailleurs fait plié Sorin Grindeanu qui a abrogé ce décret. Néanmoins, les manifestations n’ont pas cessé : la population réclame la démission du gouvernement car elle ne lui fait plus confiance, sa légitimité était au départ très fragile car le PSD a déjà été évincé du pouvoir un an auparavant par la pression de la rue.

Une tendance inévitable à l’autoritarisme, au conservatisme et au souverainisme ?

Il est clair que le peuple roumain est très sensible au maintien de la démocratie mais même si les gouvernements hongrois et polonais bénéficient davantage d’une légitimité populaire, cela n’empêche pas les mouvements contestataires de s’élever, l’autoritarisme et le conservatisme n’ont pas totalement gagné. Le 5 octobre 2016, les Polonais ont empêché le PiS d’interdire totalement l’avortement, un maire homosexuel a été élu dans son village avec 88% des voix et un film hongrois relatant  de façon réaliste l’intégration difficile d’un migrant africain dans la société hongroise a reçu de bonnes critiques, malgré la prise de position de Viktor Orban vis-à-vis des étrangers. Les valeurs démocratiques libérales n’ont donc pas complètement disparu de ces pays. De plus, le repli sur soi, le souverainisme, le rejet des valeurs démocratiques ne sont pas que des tendances spécifiques aux pays d’Europe de l’est : le Brexit et l’élection de Trump nous ont prouvé que même l’Occident, pourtant grande médiatrice de ces valeurs, peut en être affectée.

Sns zoo

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :