« La vérité n’est plus qu’une opinion comme les autres » : Petite histoire des fake news.

De la propagande athénienne aux sites de réinformation, les “fake news” ne sont pas une problématique entièrement nouvelle. Mais ils restent symptomatiques d’une crise de l’information.

 Ce qu’on appelle « fake news » aujourd’hui est une appellation large qui recouvre beaucoup d’objets différents : propagande, théories du complot, infos partisanes ou erronées.

A l’origine, la propaganda avait étymologiquement pour objectif de se répandre et de se propager. Elle a souvent été utilisée en temps de guerre ou de troubles politiques ; et l’invention de la presse a permis une diffusion encore plus large de toute sorte de rumeurs. Le premier âge d’or de la presse sensationnaliste -aux sources peu vérifiées- est sans aucun doute la fin du XIXe siècle, qui a vu l’apparition du « journalisme jaune », technique répandue dans des papiers plus désireux de vendre que de rapporter des nouvelles intéressantes et exactes.

Y a-t-il une définition des fake news ?

Aujourd’hui, propagande et sensationnalisme côtoient de nouvelles formes de fake news : réinformation, faits alternatifs, les variantes de l’information partisane ou hyperbolique sont nombreuses. Ces nouvelles formes prolifèrent sur les réseaux sociaux, qui permettent de s’affranchir des contraintes logistiques, pécuniaires, et déontologiques. Mais elles s’appuient toute sur deux éléments nouveaux : les réseaux sociaux et leur algorithme d’une part, et le biais de confirmation d’autre part. Vulgairement, si vous likez une vidéo de chat, on vous montrera d’autres vidéos de chat ; si vous likez un article complotiste, on vous montrera d’autres articles ou vidéos sur les mêmes thèmes – et cela sans que Facebook vérifie exactement la source ou l’origine de ces contenus. Une méthode lucrative car beaucoup de sites de ce genre ne lésinent pas sur les pubs.

Si on voulait faire une typologie des médias qui exploitent ce système, voici les catégories qu’on pourrait retenir : Les informations volontairement trompeuses, les canulars – et les sites qui les reprennent sérieusement, les intox à grande échelle que les médias sérieux relaient sans vérifier, les articles tronqués ou biaisés de vrais évènements, et les articles dont le sujet portent nécessairement plus sur l’interprétation ou l’opinion que sur une transmission de faits exacts. Le point commun : « Ce qui compte c’est d’avoir quelque chose à dire. […] La vérité n’est plus qu’une opinion comme les autres. » pour reprendre les mots d’Adrien Sénécat, journaliste des Décodeurs, lors d’une table ronde donnée ce mercredi 1er mars.

Le journalisme en accusation

La responsabilité de la prolifération de ces fake news incombe entre autres au journalisme « traditionnel », qui s’est pendant un temps complu dans dans un rôle de commentateur. Déjà en 1996, les médias américains sont accusés de délaisser les questions de fond, campagne après campagne, et de donner trop d’attention aux sondages et prédictions journalistiques.  Les chiffres de JT parlent d’eux-mêmes : les extraits vidéo de candidats passent de 42 secondes en 1968 à 7 secondes en 1996 ; et durant la campagne des primaires de 1996, pour 111 minutes accordées aux neufs candidats républicains, les journalistes les couvrant bénéficient de… 647 minutes de commentaires.

De plus, les journalistes sont devenus plus conservateurs ou économiquement « à droite » quand leurs revenus augmentaient, et « les journalistes sont [devenus] trop proches de ceux sur qui ils écrivent. Et trop éloignés de ceux pour qui ils écrivent. » comme le rapporte un article du Monde Diplomatique de l’époque. Autant d’éléments accumulés nourrissent un fantasme des médias surpuissants, qui nourrit les sites plus petits diffusant ces fake news.

Le problème étant évidemment qu’à l’heure d’internet, et alors qu’on connait une crise de confiance en la démocratie, le contexte est propice à la manipulation d’information. Certains acteurs l’ont compris. Les partis ou politiciens dits « populistes » notamment, ont été très vite capables d’utiliser cette forme d’information à leur avantage, voire -comme c’est le cas avec Donald Trump- d’inverser le rapport de force en traitant les médias « traditionnels » de fake news.

Pour conclure sur une note moins grave, on peut s’interroger sur de possibles solutions à cette nouvelle crise d’un métier déjà en difficulté financièrement. Si aucune forme de censure n’est envisageable, il y a un besoin de former les jeunes aux médias et à l’esprit critique. Des initiatives qui sont portées sur internet et dans certaines classes, mais pas encore suffisamment généralisées.

 

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