Le rachat d’entreprises par l’Etat peut-il permettre de sauvegarder des établissements menacés ?

L’Etat a aujourd’hui des participations dans près de 1800 entreprises, parmi elles plusieurs grands groupes (Areva, SNCF…). Plus de 70% de l’investissement est concentré sur 62 entreprises. Ces participations sont réalisées par le biais de l’APE (Agence des Participations de l’Etat) ou la BPI (Banque Publique d’Investissement).

On voit régulièrement revenir dans le débat l’idée d’un Etat qui serait un acteur performant pour réorienter des entreprises à la dérive vers les chemins de la croissance. Les investissements publics ne sont donc pas guidés par la seule rentabilité, mais également par des visées politiques (dans ce sens, l’APE est le « bras armé » de Bercy).

Fin janvier, la Cour des Comptes a publié un rapport mettant en avant les faibles performances de l’Etat en matière d’actionnariat (10 milliards de perte en 2015).

Ce que nous dit la théorie

Pour qu’un portefeuille d’actions soit rentable avec un risque contrôlé, il y a deux critères très importants :

  • Réévaluer régulièrement la rentabilité des placements : si un placement n’est plus rentable à court-moyen-long terme, il peut parfois être judicieux de s’en séparer
  • Diversifier le risque : il est beaucoup moins risqué d’investir 1000 € répartis dans 50 entreprises différentes que dans une seule.

Lorsque l’Etat est actionnaire majoritaire, il peut guider des choix stratégiques des entreprises. Ces choix nécessitent d’avoir un bon niveau d’information. Cependant, il semble difficile d’imaginer que l’Etat puisse être à la fois bon investisseur et bon gestionnaire : on admettrait qu’il a une capacité à être expert dans tous les domaines d’activité dans lesquels il investit.

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Participation de l’Etat dans des entreprises cotées – APE

Ce que l’on en déduit

Les gros groupes représentent une part importante des investissements d’Etat. Les effets de la diversification des risques sont donc limités. Par ailleurs, les choix d’investissement sont parfois guidés par des décisions politiques et non par l’analyse économique, ce qui menace la rentabilité des placements. L’Etat est réticent à se séparer de gros groupes même lorsqu’ils se révèlent peu rentables (secteur de l’énergie, etc…).

C’est donc sans grande surprise que la Cour des Comptes accuse l’Etat dans son rapport de confondre parfois tutelle et actionnariat, laissant peu d’autonomie à l’entreprise. Cela limite la capacité à faire des choix stratégiques parfois radicaux, mais nécessaires.

Deux choix possibles :

  • Un modèle d’investissement dédié en quelque sorte au « sauvetage d’entreprises », détaché des logiques de rentabilités. L’objectif serait essentiellement politique. Cela poserait alors la question de la soutenabilité à Long-Terme de l’investissement public.
  • Un investissement public performant, avec éventuellement une certaine part d’investissement socialement responsable, mais dont l’objectif serait avant tout la bonne gestion des fonds.

Il s’agit donc de définir des priorités, qui sont bien souvent exclusives.

Geoffrey Zoetelief Tromp

Référence : La Cour des Comptes

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