Le Virtue Signalling, l’art de s’inventer une vie sur Facebook?

Vous connaissez le « virtue signalling » ? Probablement pas. A vrai dire, je ne connaissais pas non plus, jusqu’il y a peu. Je discutais avec un ami du statut d’une de mes connaissances Facebook, qui statuait plus ou moins que « tous les adorateurs de Trump sont des gros cons ». Pourquoi un tel déferlement de haine ? Un tel point de vue ne fera jamais avancer le débat, et aurait même tendance à l’envenimer en faisant preuve d’une certaine fermeture d’esprit. La réponse est plus complexe : il s’agirait d’un cas flagrant de « virtue signalling » – qu’on pourrait traduire de manière assez bancale en français par « signalement de vertu ».

Qu’est-ce que c’est que quoi le virtue signalling ?

Selon Wikipédia (#PremièreSourced’InfosDeL’IEPSGEL), la notion désigne « l’expression manifeste des valeurs morales par un individu principalement réalisée pour améliorer leur position au sein d’un groupe social ». En un sens, le virtue signalling pourrait être rapproché de la notion de « slacktivism ». Mais si, vous savez, par exemple, le fait de changer  sa photo de couverture en hommage aux victimes d’un attentat ? Le slacktivisme, littéralement « activisme fainéant », c’est se considérer comme un défenseur d’une cause parce qu’on s’affiche comme tel sur l’internet – via des actions qui valorisent leur auteur, mais qui n’ont que peu d’effet pratique sur la situation.

Reprenons le cas que je mentionnais en introduction : Jean-Hervé* dispose d’une centaine d’amis sur le réseau social Foocebak*. Non-politisé, il ressent toutefois le besoin d’exprimer ses pensées politiques au biais d’un message sur son mur. L’objet : la récente élection du président américain plus que très, très politiquement incorrect Dolan Tromp*. Bien sûr, Jean-Hervé défend la liberté d’expression, la lutte contre le racisme, le sexisme et les discriminations en tous genres.

Résultat : non seulement Jean-Hervé reçoit un certains nombres de likes (ce que l’on pourrait considérer comme une fin en soi, mais ce n’est pas le sujet de cet article), mais surtout, chacune de ces appréciations positives le conforte dans sa position. D’autant que dans cette situation spécifique, quiconque va à l’encontre de son opinion pourrait aisément se voir taxer de racisme, de sexisme, bref, de soutien à Tromp. Grâce à ce message, qui n’est pourtant pas issu d’une réflexion intense, Jean-Hervé vient de réaffirmer sur Foocebak qu’il s’opposait à toutes les formes de discrimination. Et, ça tombe bien, la plupart de ses contacts sont d’accord avec lui.

*Dans un souci d’anonymat, les noms propres ont été modifiés.

Mieux comprendre les comportements des internautes

Mais du coup, le virtue signalling, c’est réservé à ceux qui ne comprennent rien à la politique ?

C’est plus compliqué que ça. Bien sûr, Wikipédia ne va pas aussi loin dans sa définition. Mais finalement, on pourrait presque considérer la grande (graaaande) majorité des comportements des usagers des réseaux sociaux comme découlant de ce virtue signalling. Quand vous likez, quand je like une publication, je prends également en compte –même inconsciemment- le fait que tous mes contacts seront potentiellement des témoins de ce « like ». Nous avons tous une « image internet », cette identité plus ou moins proche de celle que nous présentons « IRL » (In Real Life, pour les noobs), et nous l’entretenons en réaffirmant régulièrement, par des actions -like, share, tag, rédaction de statuts- notre appartenance à tel ou tel groupe incarné sur les réseaux sociaux. Un exemple : imaginons que je sois un amateur de musique française. Je décide de ce fait de liker la page officielle de Patrick Sébastien (j’ai pas dit BONNE musique française). Cela découle au moins de deux volontés : la première, consciente, d’être mis au courant des dernières news concernant l’interprète d’ « On fait tourner les serviettes » ; la seconde, moins consciente, de signaler à nos contacts, qui sont probablement également des fans du Patoche national, que nous faisons partie de leur groupe, que nous partageons leurs valeurs musicales. Une identité qui sera bien sûr d’autant plus renforcée que nous n’hésiterons pas à partager les nouveaux tubes de Patrick.

Woah, dis-donc, ça fait réfléchir, ah bah oui hein

À qui le dites-vous ! D’autant que le virtue signalling a tendance à faire effet dans les moments où l’on s’y attend le moins. Un exemple très concret : le BDS de Sciences Po Saint-Germain-en-Laye, qui n’en peut plus de forcer, vient de publier un statut déclamant l’état liquide du Critérium (textuellement, « Le Crit c’est de l’eau »). Je décide de le partager : paf, je me sens intégré à cette communauté estudiantine. Fantastique. Mieux : le rigolo de la promo, vient de partager un montage mettant en scène des membres de l’administration de l’IEP en train de faire du vélo. Intérêt humoristique limité, certes : mais je like quand même, parce que c’est ce que le commun de mes camarades trouve drôle, ou au moins, semble trouver drôle. Encore plus fort : je me surprends à essayer de retenir les répliques des deux films « OSS 117 », d’Hazanavicius, parce que je sais que les replacer en commentaire d’une publication me garantira quasiment à coup sûr quelques likes…

Que penser de tout cela ? A mon sens, rien de bien méchant. Le virtue signalling s’exerce au quotidien dans chaque aspect de notre vie. Il est logique de le retrouver dans les réseaux sociaux, où les logiques sociales sont parfois exacerbées. Rien de plus sympa que d’appartenir à une communauté solide et de rire à l’unisson avec ses membres. Bon, je m’arrête là, on va finir par me prendre pour un communiste. En conclusion : partageons des memes. Les memes, c’est drôle. Et ce qui est drôle, c’est bien.

C’était Pierre Garrigues en direct de Wikipédia, à vous les studios.

PS : J’ai aussi exercé un certain virtue signalling tout au long de l’article. Un exemple ? « le BDS de Sciences Po Saint-Germain-en-Laye, qui n’en peut plus de forcer » : en faisant référence à une caractéristique de notre cher Bureau Des Sports connue de tous, je vous rappelle que je fais partie de votre communauté, que vous faites partie de la mienne, bref, je vous invite à rire d’une chose qui, en soi, ne présente pas un caractère hilarant ni même caustique. Comme quoi, c’est quand même vachement pernicieux. Bisous.

 

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