Thierry Mandon : il nous a compris

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Mardi, 9h15, à l’IEP de St Germain-en-Laye. Devant le bâtiment B, quelques élèves encore endormis fument leur cigarette matinale. Joseph passe, l’air préoccupé, portant un impeccable costume bleu marine et une cravate… Rodolphe a oublié de se coiffer. Journée banale, donc.

Pourtant en regardant de plus près, on perçoit quelques éléments anormaux : d’abord, pourquoi personne ne porte de jogging ? Pas même Léo ? Les membres du CA, réunis, semblent même avoir fait un réel effort vestimentaire. Les discussions sont moins badines, peut-être même teintées d’une forme d’anxiété. Au fond de la cour, trois berlines grises sont stationnées (pas de comparaison possible avec la Sax de Soizic, ni ma C1, malheureusement). Un voile de mystère nous entoure.

Ce jour-là, on recevait Thierry Mandon, le secrétaire d’Etat chargé de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, dans le cadre de sa « tournée innovations pédagogiques ». Le Grand Pari, comme tout bon média du système, ne pouvait pas rater cette occasion.

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9h25 : premiers faux espoirs. Le CA, qui aperçoit une voiture pénétrer dans l’enceinte de l’IEP, s’approche du lieu de rencontre, la larme à l’œil. Ce n’était pas le ministre. L’occasion de prendre une photo souvenir, le visage un poil crispé.

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9h30 : cette fois, c’est la bonne. Thierry Mandon sort de sa belle Peugeot et lance une accolade au préfet, puis salue Céline Braconnier (il serre aussi beaucoup d’autres mains que nous peinons toujours à identifier). Notre directrice, radieuse, lui désigne nos bâtiments classés. Il semble alors impressionné, ce qui est parfaitement normal car nous avons objectivement le plus joli IEP du monde.

A ce stade-là, vous vous devez également de savoir que Monsieur Mandon sera suivi durant toute sa visite par un monsieur très grand, qui fait peur, qui ne parle pas, et qui ressemble à Jean Reno.

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9h35 : la glorieuse équipe se dirige vers la salle D06, où se dérouleront tous les évènements de la matinée, et où les attendent les autres membres de l’administration et les élèves volontaires pour présenter leurs projets. Le monsieur qui fait peur est toujours là, tout sourire.

On s’installe alors dans la salle selon une organisation précise : sur les deux premiers rangs, la direction de l’IEP ainsi que les délégations du ministre et du préfet. Sur les autres rangées, plus loin, les élèves. Et  bien sûr, la presse internationale telle que le Courrier des Yvelines ou le Journal de St Germain se place sur les côtés, debout, pour ne rien manquer de l’évènement. Et le Grand Pari ? A sa place, parmi eux, bien évidemment.

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Introduction par Céline Braconnier et Xavier Crettiez, sur le thème « Sciences Po SGEL, une start-up dans le milieu des IEP ». Ils rappellent la grande importance du soutien des universités mais aussi de celui de l’Etat. Une grande partie de ces quinze minutes a permis d’expliquer le cursus science-piste au ministre mais aussi ses particularités, tout particulièrement le projet arts.

A noter, une petite phrase de notre directrice « on fait dans le recyclage à St Germain ! ». Nous pouvons cependant affirmer à 100% qu’elle ne parlait pas du CROUS.

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9h50 : Michel Delattre présente le programme de démocratisation avec cinq élèves et un professeur de Clermont.

Dommage que vous n’ayez pu y assister car vous auriez enfin pénétré le sens de cette mystérieuse « semaine intensive » dont on a tant parlé. Le projet démocratisation de l’IEP consiste à sélectionner sur critères sociaux et académiques, dans de nombreux établissements, des futurs candidats au concours commun afin de les former gratuitement. Le clou de cette formation, c’est donc la semaine intensive, qui a réuni cette année 137 élèves issus de L1 et d’hypokhâgne et qui semble avoir motivé les troupes. Un beau projet qui peut contribuer à la richesse et à la mixité de notre IEP.

Chacun des élèves a témoigné de son parcours grâce à ce programme, chacun ayant droit à sa petite dose de malaise (car M. Delattre n’a pas tari d’éloges à leur égard).Tout d’abord, Solène qui s’est vue en gros plan dans le diaporama (surprise !) et s’est vue qualifiée d’élève assidue, non sans rougir un peu, et on la comprend. Johan a ensuite expliqué son parcours atypique (CAP Charpente chez les compagnons du devoir, retour en filière générale) avant de passer la parole à Soizic, que M. Delattre a présentée comme « parfaitement intégrée ».  S’ensuivit le témoignage touchant de Benjamin qui a fini d’ailleurs par avouer : « j’ai harcelé M. Delattre ». On lui pardonne mais on trouve ça un peu flippant. Elias s’est exprimé pour conclure ; il s’agissait par ailleurs du seul élève, avec Benjamin, étant entré par concours et non pas par admissions parallèles.

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10h10 : Catherine Marshall présente la mobilité de coopération internationale et passe une petite vidéo réalisée sur place par les 6 élèves qui sont partis cette année. Séquence émotion car ils sont mignons, nos pionniers. Thierry Mandon a par ailleurs relevé la grande adaptation vestimentaire de Gabriel et Louis qui portaient des boubous, dans le plus grand des calmes. Nous, ça ne nous étonne pas tant que ça.

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Le relai est ensuite passé à Pascal Dauvin, Jean Graelbing (ex-président de l’Institut de Coopération Internationale) et Anne qui expliquent le projet avec un peu plus de détails.

Sachez qu’à ce moment-là de la matinée, Francine Ahouangnimon frôlait déjà la crise cardiaque à cause des problèmes de timing. En effet, la visite a été raccourcie la veille au soir de 45 minutes… De quoi mettre une petite pression.

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10h30 : présentation du projet recherche citoyenneté par Céline Braconnier, sous le regard bienveillant de Ghislain Gabalda, chargé du passage des slides. Il échouera malheureusement à cause d’un petit problème technique. Le timing serré empêche les élèves de pouvoir eux-aussi parler.

La recherche faite à l’IEP est censée déboucher sur de la décision publique et avoir une réelle utilité sociale ; ça a fonctionné dans le passé et permis l’adoption d’une réforme de l’inscription sur listes électorales en partenariat avec la Poste. On l’espère que ça fonctionnera également dans le futur avec le projet recherche sur les électeurs empêchés.

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10h50 : Anne-Valérie le Fur et Renaud Epstein ont précisément 3 minutes pour présenter le projet de plateforme numérique pédagogique E-prepa, préparant aux concours de la haute fonction publique. C’est la panique mais ils tiennent bon ; et l’Histoire s’en souviendra.

En arrière-plan, les élèves du projet recherche, qui n’ont toujours pas pu parler, commencent à sombrer lentement dans la dépression et se demandent pourquoi ils ne sont pas restés dans leur lit comme les autres.

Le ministre, censé partir à 11h, propose de décaler son départ et de faire une pause car il doit appeler le Premier Ministre, ce qui est à nos yeux une excuse valable. Il revient 5 minutes plus tard et écoute les témoignages de Max et Léo sur le projet recherche. L’administration est soulagée que personne ne dise de bêtises, ce qui aurait pu, en toute logique, arriver.

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11h00 : discours de clôture de Thierry Mandon, dans lequel il s’est dit « ravi » à de nombreuses reprises.

« Vous mettez mieux que quiconque le doigt sur un besoin de revitalisation » a-t-il déclaré, en soulignant la différence marquante entre notre établissement et ceux qu’il avait visité peu de temps avant comme Sciences Po Paris ou l’ENA, et où il constate une difficulté à réformer.

Il a également souligné la confiance des élèves, qui se sont exprimés sans grande timidité ce qui est pour lui une preuve qu’ils se sentent bien dans leur peau et dans l’IEP.

S’il semble avoir compris qu’il y a un réel besoin de financement (qui s’effectue pour l’instant beaucoup via les universités et le mécénat), il a surtout mis en avant la volonté de nous rendre « plus connus ». Il a par exemple proposé de faire de Sciences Po St Germain un acteur principal des portes ouvertes du ministère, mais aussi d’associer encore plus nos recherches avec la réflexion démocratique et scientifique.

Sa fameuse phrase (visiblement incomprise de beaucoup), « vous raccourcissez la chaine du terreau à l’élite », signifie que l’IEP participe à renouveler la formation de l’élite en permettant à des élèves issus de tous les milieux d’accéder à son enseignement.

Une petite phrase qui fait plaisir, pour finir : « Sciences Po St Germain c’est l’humilité, pas l’arrogance» ; peut-être est-ce ce qui fait notre force face au grand voisin?

Lauriane Dumas

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