4 erreurs à commettre en arrivant en Chine (pour rendre son année de mobilité plus amusante)

  • Oublier de passer au commissariat dans les 24h après son arrivée…

Arriver en Chine, ça équivaut à se coltiner beaucoup d’administratif : trouver un logement, se procurer une deuxième assurance (qui ne servira pas à grand-chose), passer au service d’immigration, et avant tout cela passer au commissariat dans les 24 heures pour se signaler sur le territoire. Évidemment, c’est ce que nous avons oublié de faire… Pendant huit jours.

Ophélie et moi avons fait notre vie comme si de rien n’était, dans notre petit appartement chinois, occupées à ouvrir nos comptes en banque, nos forfaits de téléphone, nos cartes de transports et nos comptes Alipay pour tout payer sans contact (j’y reviendrai). Nous menions nos petites vies tranquilles, à découvrir la ville (et surtout ses restaurants), jusqu’à ce que la question émerge «Vous avez fait vos démarches avec la police et tout ?» Sur la conversation groupée WeChat, c’est l’incompréhension « Il faut d’abord que la fac nous file un papier -Ah non…»
Puis c’est la panique « C’est pas dans les trente jours ?! » et enfin, le constat « Mon dieu, Marie, Joseph ». « Comment vous avez su ça ? -C’est marqué sur le papier qu’ils nous ont donné pendant le vol » répond Floriane.

On a donc été assez nulles pour lire ce papier jaune sans intégrer les informations, qui nous disaient pourtant de filer droit au commissariat local sitôt l’hôtel quitté. Et nous vivions depuis une semaine à Shanghai. Étant donné toutes les histoires que nous avions entendues, autant vous dire que nous n’étions pas fières de nous (d’après les rumeurs, on peut vous garder trois semaines en garde à vue sans explications…) Notre premier réflexe fut de vouloir y aller sans perdre de temps, il n’était que 16 heures. Sauf qu’en Chine tout ferme très tôt dans l’administration et les banques, et la perspective d’avoir perdu une journée ne nous réjouissait pas du tout. Le soir même, nous appelions nos parents, pour les prévenir (riez bien, ce n’est pas vous qui devait se rendre au commissariat, en infraction avec la loi d’une dictature, sans parler un mot de chinois).

Heureusement, au bureau, un étudiant coréen pu nous aider à nous faire comprendre ; et après quatre heures à ne pas savoir à quelle sauce nous allions être mangées, Ophélie et moi écopâmes de 100 RMB d’amendes chacune, libres. Soit trois repas bien copieux au restaurant, ou 12 euros et quelques centimes ce jour-là ; mais je n’allais pas me mettre à négocier avec la police, aussi précieux mes repas soient. J’étais déjà bien heureuse qu’on ne nous ait pas enfermées dans une cellule durant ces quelques heures. Nous n’avons pas ri une minute, surtout à ce moment où un autre agent nous a pris en charge, et emmenés dans les bureaux. Je me souviendrai longtemps du regard qu’Ophélie et moi nous sommes lancées alors qu’au bout du couloir, une porte à barreaux nous attendait. Impossible de ne pas penser à la chanson d’Akon – I’m locked up, they won’t let me out rien que trois secondes, avant qu’on entre dans un bureau tout à fait normal. Où d’ailleurs, sur l’ordinateur du policier nous attendait en plein désert  une jeune garagiste en tenue légère. Comme quoi, dans le fond, les policiers sont toujours un peu beaufs par delà le monde.

  • Croire qu’avec ses 24 millions d’habitants, sa taille, son port, sa bourse, ses écoles, le nombre d’expatriés : on parle anglais à Shanghai.

Il n’y a rien de plus faux : PERSONNE NE PARLE ANGLAIS DANS CETTE VILLE. Et même dans ce pays dans son entier. Que ce soit pour demander son chemin, commander un café au Starbucks, faire ses courses, ne comptez que sur vous-mêmes (le Routard peut être utile). Et même au service d’immigration, impossible de comprendre ce qu’il faut faire : l’agent se contente de vous « crier » dessus dans l’espoir qu’à un moment, dans votre cerveau, il y ait un déclic et que le chinois devienne votre langue maternelle. La seule conversation que je tins de bout en bout avec une Chinoise fut à la banque, lors de la création de mon compte (l’argent, ça gomme les barrières linguistiques). Au restaurant, peu de cartes sont en anglais, le meilleur compromis se trouve dans les fast-foods, où tout est indiqué par des photos. Pour le reste, il est tout à fait possible de vivre tranquillement sans rien comprendre à ce qu’il se passe autour de vous . Nous avons eu de la chance d’être introduite par Émilie, qui a fait une partie de ses études à Sciences Po Toulouse. Grâce à elle, nous avons appris par exemple à prendre le métro, où tout est en pin yin (contrairement aux bus). Autant dire que sans elle, nous n’aurions peut-être pas survécu plus d’une semaine ici. Il suffit de savoir que personne ne vous hurle dessus, c’est normal ici d’avoir un niveau sonore plus élevé que ce que vous connaissez.

  • Croire que vous êtes riches parce que vous venez avec des euros

C’est un cliché à déconstruire : venir vivre en Chine ne fait pas de vous un pacha. Pas à Shanghai en tout cas. Les dépenses sont les mêmes, il n’y a que la devise qui change. Au bout d’un mois, je n’ai pas perdu le réflexe de convertir en euros tous les prix, pour savoir ce que je dépense réellement. Ainsi, notre loyer est aussi cher que si nous étions dans Paris intra-muros (bon sûrement pas dans le XVIe mais quand même), le Walmart et surtout le Carrouf ne pratiquent pas les mêmes prix que le petit Lidl dont j’avais l’habitude à St Ger. Cependant mes livres de chinois m’ont coûté moins de 10€, une paire de chaussettes moins d’1€, un plat traditionnel bien consistant sur People’s Square, l’artère principale de la ville 5€, un trajet de taxi d’une demi heure, une vingtaine d’euros. Tant qu’on ne consomme pas à l’occidentale, rien n’est cher. Le hic, c’est qu’un billet Shanghai-Beijing à bord d’un train rapide est de 70€ … et quelque soit le pays : je suis étudiante.

  • Avoir confiance en son VPN, payant ou non.

Ma famille n’avait pas l’air de me croire quand je leur disais que ce serait dur de nous appeler comme bon nous semblerait. Ma mère surtout, qui a pourtant fait ses études en URSS, a refusé de télécharger WeChat, l’équivalent de WhatsApp version chinoise. L’appli est associée à votre compte en banque : vous pouvez payer avec, rembourser des gens, étaler votre vie à la manière de Snapchat dans des «  Moments » et accessoirement être mis sur écoute. Ça a dû lui faire tout drôle de passer plus d’une semaine sans avoir de nouvelles de moi malgré nos tentatives bilatérales. Avec la censure, ma mère avait fini par croire que je l’évitais (merci le PCC). Car à moins de prendre le meilleur du marché, une soirée orageuse sur Shanghai est égale à une soirée très solitaire.

Les réseaux domestiques sont assez faibles, en tous cas trop pour me permettre d’utiliser Snapchat chez moi. La fac est donc devenue mon QG car entre le bon réseau Wifi et le bon plan qu’est la cafétéria, à part un lit (plus de toilettes à l’occidentale) il ne lui manque rien. (Note à moi-même : donner mon emploi du temps à mes amis, histoire que je ne vois pas leur snap huit ans plus tard). En revanche, à mon ordinateur il manque un VPN digne de ce nom, car Baidu et Bing forment le duo qui vous accueillent en Enfer.

Bref, ce petit top un peu putaclic [NDLR : on aime le putaclic] n’est que la partie émergente de l’iceberg qu’est de s’installer dans un pays étranger si différent sans même parler la langue locale. Si vous souhaitez savoir si je reviens vivante, comment se passe un rapatriement en France quand on a payé son assurance aussi chère, si vous êtes en première ou deuxième année, ou juste curieux de voir comment une fille aussi empotée s’en sort à l’autre bout du monde Stay tuned pour les aventures des Racailles de Shanghai.

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