Birmanie : le calvaire de la communauté Rohingya

436.000 : C’est le nombre de Rohingya qui, selon un dernier bilan de l’Organisation des Nations Unies, auraient été contraintes à quitter la Birmanie pour s’exiler au Bangladesh – en traversant notamment la rivière Naf, frontière naturelle des deux pays.
Les Rohingya sont depuis 1982 considérés comme apatrides, lorsque la loi sur la nationalité du général Ne Win les exclut des « races nationales », autorisées à porter la nationalité birmane. Pourtant, qu’ils soient descendants de Birmans ou d’explorateurs (notamment de marchandes portugais ou musulmans), personne, exceptée la propagande officielle du régime, ne remet en cause le fait que la présence des Rohingya sur le sol birman remonte à plusieurs siècles. En vérité, le gouvernement birman, de confession bouddhiste, s’attache à effacer les relations entre bouddhistes et musulmans – religion dont les Rohingya sont les principaux représentants au « Myanmar ».
Le statut d’apatride viole par ailleurs la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948, car elle prive ceux qui en sont affublés de droits élémentaires.

  • Une histoire tragique

Mais le calvaire des Rohingya ne faisait que commencer à l’accession au pouvoir de Ne Win. Principalement originaires de l’Etat d’Arakan, au nord-ouest de la Birmanie, et musulmans dans un pays dont 90% des 52 millions d’habitants sont bouddhistes, ils n’ont cessé de subir les pires discriminations, au nom de la politique raciale du régime. C’est ainsi, par exemple, que de milliers d’enfants Rohingya se retrouvent chaque année sans certificat de naissance, en raison de la limite du nombre d’enfants autorisés par le gouvernement. Par ailleurs, la communauté Rohingya n’a depuis 2015 plus le droit de vote.
Le 25 août 2017, la force armée de la communauté Rohingya, l’Armée du Salut des Rohingya de l’Arakan, a, en désespoir de cause, attaqué une vingtaine de postes-frontières birmans de l’Arakan, tuant une douzaine de policiers. Un prétexte en or pour le régime, qui, accusant la communauté Rohingya de « terrorisme », a décidé de mettre en place une déportation ethnique en règle, organisant des expéditions punitives dans les villages Rohingya –faisant selon les Nations Unies entre 400 et un millier de morts. Le haut-commissaire de l’ONU aux droits humains, Zeid Ra’ad Al Hussein, n’a de son côté pas hésité à parler d’un véritable « nettoyage ethnique ».

  • Exode forcé

Les Rohingya, contraints de quitter l’Arakan, tentent de rejoindre le Bangladesh et la Malaisie ; mais la tâche est loin d’être simple. Pour ce faire, ils doivent franchir la rivière Naf, mais les intempéries dues à la rencontre de la mousson et du début de l’hiver, d’une part, et les soldats birmans, d’autre part, compliquent la traversée.
Parfois forcés d’abandonner la grande majorité de leurs biens, les Rohingya dilapident leurs maigres économies dans les tarifs exorbitants imposés par les passeurs, résidus de bandits ou de marchands, bangladais ou birmans, installés sur les berges depuis de précédents exodes. Une fois sur l’autre rive, s’ils y parviennent, les survivants n’ont plus qu’à contempler la fumée qui s’élève de ce qui fut un jour leur village : les autorités birmanes s’assurent que la déportation des Rohingya sera définitive.
L’enfer des migrants ne prend pas fin une fois la frontière franchie. Là, ni l’empathie des bangladais ni la bonne volonté des organisations internationales ou non-gouvernementales ne suffisent à les installer dans des conditions décentes. Le gouvernement du Bangladesh, dirigé par la Première ministre Sheikh Hasina, n’autorise les humanitaires à n’intervenir que dans les camps de réfugiés « officiels » — issus eux aussi des précédents exodes. C’est dans ces camps déjà surpeuplés que Dacca tente de parquer le demi-million de nouveaux arrivants, ne faisant qu’aggraver la dureté de leur prise en charge. A noter que près de la moitié des réfugiés sont des enfants, dont près de 1400 seraient orphelins, selon l’Unicef.

  • Une réaction internationale insatisfaisante

La communauté internationale se met lentement en branle pour remédier à la situation, l’ONU ayant par exemple pour ambition de faire de l’un des principaux camps chargés de l’accueil des Rohingya, Kutupalong, l’un des plus grands camps du monde. Mais l’action internationale est complexifiée par plusieurs facteurs.
D’abord, le Bangladesh, l’un des pays les plus pauvres au monde, ne peut se permettre d’accueillir 500.000 nouveaux sans-abris, et a officiellement demandé ce mercredi 20 septembre au gouvernement birman de bien vouloir « reprendre » ce que tous considèrent comme « leurs citoyens ». Pour Sheikh Hasina, c’est  à la Birmanie de résoudre la crise.
Ensuite, l’action de l’ONU se trouve ralentie par les rapports de force en palce dans la région : le gouvernement chinois, partenaire économique majeure de la Birmanie, défend au Conseil de Sécurité son alliée, saluant même les efforts de cette dernière pour « préserver la stabilité » dans l’ouest du pays.
Enfin, le silence des autorités birmanes elles-mêmes a de quoi inquiéter. La dirigeante du pays et prix Nobel de la Paix 2015, Aung San Suu Kyi, a semblé, le 19 septembre dernier, vouloir relativiser la situation, déclarant son « inquiétude » à propos de la situation mais axant son discours sur les prétendues violences auxquelles l’Arakan serait toujours en proie. Impossible pour la « Dame » de faire explicitement montre de son soutien aux Rohingya, une communauté musulmane, dans un pays ouvertement islamophobe.

PG

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