Conversation avec Aurélie Dupont – Entre ambitions et rêves

A l’occasion du Monde Festival, la directrice de l’Opéra de Paris, Aurélie Dupont, recevait, le 23 septembre 2017, un petit nombre d’adeptes dans le Grand Foyer de l’Opéra Garnier. Animée par l’extraordinaire beauté du lieu, l’ancienne étoile revenait sur son parcours, semé d’embuches et de performances, sur ses ambitions nouvelles pour sa « Maison » qu’elle admire tant. Aurélie Dupont rêvait d’être une étoile, elle est aujourd’hui directrice de la danse après le départ de Benjamin Millepied, le 4 février 2016.

  • « Tout est possible à l’Opéra mais il faut être patient… »

Deux jours après la cérémonie d’ouverture de la nouvelle saison de l’Opéra, Aurélie Dupont revient sur sa volonté de recentrer, en douceur, sa programmation autour de grands ballets classiques, tels que La Belle au bois dormant, La Bayadère ou encore Le Lac des Cygnes. Pour les avoir dansé, elle sait que ces ballets sont extrêmes techniques, ce qui permet aux danseurs de se « surpasser ». Aux ballets classique, elle ajoute son envie d’inviter des chorégraphes contemporains afin de trouver un équilibre. La danse contemporaine s’additionne aux ballets classiques et apporte un véritable langage chorégraphique.

Outre le défi d’une programmation, la directrice de la danse ambitionne de conserver l’identité artistique d’une école de rigueur, de cet héritage qu’il faut continuer de faire vivre. Imprégnée d’un amour passionnel pour la « Maison Garnier », elle s’efforce d’être à l’écoute de ses danseurs, d’avoir de grandes ambitions pour eux. Si Benjamin Millepied souhaitait peu à peu effacer la hiérarchie entre les danseurs, Aurélie Dupont la voit comme nécessaire pour les protéger. Il ne s’agit pas de les mettre dans des cases, mais seulement d’éviter de les blesser en leur demandant d’assumer un rôle pour lequel ils ne sont physiquement pas prêts. A l’inverse, si la hiérarchie est indispensable pour les ballets classiques, elle disparaît lors des auditions contemporaines. Ce n’est plus le rang qui prime, mais bien la personnalité et l’inspiration. Autant d’aspirations essentielles dans une vie d’artiste, qu’il faut laisser venir et entreprendre au bon moment.

  • « Un monstre de technique » devenue étoile

En parlant de bon moment, Aurélie Dupont rencontrait Pina Bausch, après sa nomination de première danseuse en 1996. Il ne restait qu’un pas avant de devenir étoile, mais de nombreux danseurs font celui de trop et ne parviennent jamais au titre sacré. L’échange et le travail entre les deux danseuses, autour du Sacre du Printemps, lui a permis de se révéler, de briser une carapace de technique qui la protégeait sans la rendre heureuse, au point de songer à tout arrêter. « La musique c’est mon texte », dit-elle. Telle une actrice, elle écoute le texte et l’interprète. Pina Bausch avait trouvé la fragilité qui lui a permis de devenir étoile, elle l’a choisi. Finalement, la danse n’est pas étrangère à son rôle de directrice, il y a un besoin de créer, de se dépasser. Elle ne veut pas oublier la difficulté, elle aime le risque. Elle rêve d’inspiration et à ce moment-là de la conversation, la directrice de la danse semblait vouloir s’élancer, faire renaître l’ancienne étoile, emplie d’émotions et d’élégance.

Une étoile qui s’est envolée le 18 mai 2015, à l’issue de l’Histoire de Manon. Aurélie Dupont revient sur cette intense soirée d’adieu. Un moment, selon elle, d’une importance symbolique. Il s’agit de mettre un point à un long chapitre et de dire au revoir. Est-ce trop jeune pour partir en retraite ? A quarante-deux ans, le corps commence à souffrir mais il est surtout essentiel de laisser sa place.

  • « Mon rêve, c’est d’ouvrir les portes de l’Opéra et d’accueillir tous les publics »

Enfin la directrice de la danse n’a aujourd’hui qu’un unique rêve. Tout le monde devrait franchir au moins une fois les portes de l’Opéra de Paris. L’Opéra est bourgeois, elle en a conscience, mais elle ne compte pas abandonner son envie. Elle incarne l’ambition mais également la patience. Elle insuffle son amour pour la danse et pour cette institution, elle nous donne envie de rêver, de croire en nous. Une conversation aussi enrichissante que passionnante, en compagnie d’une étoile qui brille encore et brillera toujours.

Laura Coursimault.

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