Spiritisme, ou l’art de dominer sans régner.

« Les morts gouvernent les vivants »

Ces mots d’Auguste Comte, qui s’apparentent plus de prime abord à une invention métaphysique farfelue, prennent pourtant tout leur sens en politique tant l’hérédité et la postériorité forgent la chose publique. Quand l’ancêtre de Charlie Hebdo titrait cyniquement le 10 Novembre 1970, « Bal tragique à Colombey, un mort », l’héritage et l’œuvre du Général n’en resterait pas moins pour encore plusieurs décennies. Mais en politique, certaines morts sont naturelles, certaines sont symboliques. Certaines sont voulues, certaines sont contingentes. Certaines sont médiatiques, certaines sont autopsiées bien trop tard.

La réélection d’Angela Merkel à la mi-septembre, présentée comme un nouveau sacrement, presque rituel, bien qu’obscurcie par la percée de l’AFD est-elle pour autant une victoire politique ?

Son parti, le CDU, est en passe d’emprunter le même chemin que celui du SPD après les années Schröder, perdant de l’aura dans des Länder pourtant acquis. Merkel va devoir négocier comme elle l’a toujours fait pour créer une coalition au Bundestag, dans un Etat fédéral où l’on sait très bien que le Parlement prime sur les prérogatives du Chancelier. Mais la donne a changée. L’Allemagne ne le sait sûrement pas encore mais Merkel est « morte » politiquement. Son autopsie montrera qu’elle s’est obstinée à renoncer au pouvoir fédéral. En politique, à partir du moment où l’on renonce à agir, on se laisse porter par des rouages vicieux qui ont conduit notre cher François Hollande à un immobilisme consensuelle après avoir annoncé d’avoir « décidé de ne pas être candidat ». Il faut dire que l’immobilisme, Merkel le connait bien et le pratique en fait depuis 2005, se reposant sur les acquis des années Schröder. Cette dernière entend bien tirer sa révérence sur ces 4 prochaines années.

Pourtant si Angela à fait son temps, Merkel ne cessera pas de nous gouverner.

Alors fermons les yeux et imaginons un instant : de quoi l’Allemagne post Merkel sera-t-elle le nom ?

Comme le spectre de Schröder hante encore la politique économique et sociale allemande à bien des égards, le spectre de Merkel hantera l’Europe pour encore bien des années. Ne reste qu’à trouver qui pourra reprendre le flambeau ?

Cette Europe Merkelienne inhérente aux principes fallacieux de la mondialisation et du néo-libéralisme s’est trouvé un avatar Français. Un avatar pour remplacer ladite Merkel, sûrement pas, mais pour en perpétuer la tradition.

Immobiliste en Allemagne, soit, mais Merkel s’est spécialisée dans la réforme à distance de ses homologues Européens : reformes structurelles obligatoires pour allouer des aides aux pays Européens en crise, institutionnalisation de l’accueil de migrants et bien d’autres manœuvres dogmatiques.

Le moins que l’on puisse dire c’est que la flamme à bien pris en France. Emmanuel Macron entreprend méthodiquement de renouer avec les traditions du couple Franco-Allemand, « moteur » de l’aventure Européenne. Contrairement aux deux mandats précédant qui se sont soldés par une prédominance de la personne de Merkel sur nos chefs d’Etat, Macron entend lui, se poser d’égal à égal avec son homologue Allemand, mais il ne fait pourtant que prêcher l’homélie de la Mère Merkel.

Le dogme et les fameuses réformes prônés par les Allemands ont ainsi fini par s’emparer de la raison de nos dirigeants, laissant le plaisir à Merkel d’admirer la prouesse de la postériorité idéologique qu’elle a enjoint en Europe. Et la flamme se répand de plus de plus en France. Macron s’improvise évangéliste dans les amphis de la Sorbonne, conspuant ces européens non convaincus, leur ordonnant de se convertir et leur louant le projet Européen actuel et à venir, avec cette fameuse formule magique : « plus d’Europe ». Cet élément de langage repris en cœur par l’ensemble des Europhiles béats tient plus de l’hystérie que du débat d’idée. Effectivement, quand l’Europe va mal, il en faut plus, c’est logique.

Soudain, la flamme devient feu de joie pour Merkel, les mots deviennent des actes, les menaces deviennent réalité. L’industrie française devient vassale de l’industrie Allemande. Le rachat d’un des fleurons industriels Français, constructeur des TGV : Alstom par le Groupe Allemand Siemens annonce la fin de l’agonie de notre industrie. Cette opération puise encore dans la tradition Merkelienne de l’Europe. On nous présente ce rachat comme une fusion pour créer un géant Européen des transports, pouvant s’insérer plus facilement dans ce magma qu’est le marché mondial. On se gardera cependant de préciser que les Allemands tireront les bénéfices à venir de cette opération grâce à leur taux de change plus propice à exporter que le nôtre. On tentera tant bien que mal de masquer le creusement futur de cette fusion sur notre balance commerciale. On présentera les prochaines délocalisations, au service du profit Allemand, comme le jeu de la mondialisation.

Merkel est devenu de fait le Geppetto du grand cirque Européen, contrôlant par son héritage idéologique des marionnettes au service des intérêts de l’Outre Rhin. Alors, oui Merkel est morte en Allemagne, mais son esprit perdure en Europe. Les morts gouvernent bien les vivants.

Cette situation a de quoi ravir tous les adeptes du « Grand projet Européen »: celui du consommateur roi, de la mondialisation dérégulée, de la perte de souveraineté au terme d’un rapport de force toujours défavorable. A l’inverse, elle a de quoi inquiéter les autres, qu’ils soient Souverainistes, Fédéralistes ou attachés au monde d’avant. L’idée d’une Europe fédérale repose sur une égalité en termes de puissance des entités qui la composent. Les Souverainistes préconisent eux un rapport de force victorieux. Les deux sont perdus aujourd’hui au profit de l’esprit dominant, le fameux esprit Merkel. C’est l’esprit des plus forts à défaut des plus justes.

Comme Henri Verneuil le faisait dire à Belmondo dans 100 000 dollars au Soleil : « Quand les types de 130 kilos disent certaines choses, ceux de 60 kilos les écoutent ».

Antoine G

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