Detroit : le coup de poing.

Mains moites. Sueurs froides. Sursaut. Souffle court.
Autant de réactions pendant 2h20 face au grand écran. Face à Détroit. Face à ces visages apeurés, ces visages d’espoir, ces visages de douleur.

Détroit est un drame policier qui retrace des véritables scènes de guerre lors des émeutes de 1967 dans la ville industrielle et désolée du Michigan.

La guerre du Vietnam, les droits civiques, la précarité : Détroit s’enflamme. Il s’agit d’une des émeutes les plus meurtrières et destructrices de l’histoire du pays : 43 morts, 467 blessés, environ 7 200 arrestations et la destruction d’environ 2 000 bâtiments. La réalisatrice, Kathryn Bigelow, a fait le choix de retracer l’affaire du “Algiers Motel”.  Le film se base principalement sur cette sorte de huis clos étouffant dans le motel, nous envoyant en pleine face la violence policière, la barbarie gratuite et le racisme à son paroxysme.

Ce film ne peut pas laisser indifférent. A titre personnel, j’ai été profondément chamboulée.
24h après, encore à chaud, mais l’esprit clair, je veux tenter de mettre des mots sur les émotions provoquées. L’escalade de la violence, ce sentiment de stress, ce climat anxiogène où la tension monte, et enfin ces scènes dans le motel, magnifiquement bien filmées, de manière rapide et instable (un peu comme un documentaire), ce rythme soutenu permet de ressentir véritablement ce que les victimes subissent. On ressent la peur, l’espoir, l’injustice, la violence. On les ressent à tel point qu’on finit par se sentir “client” de ce motel. Des moments de vie complètement inattendus, des marques d’attention entre les personnages accentuent encore plus l’horreur de ces scènes.

Un mot, une phrase (pourtant courte), une expression de visage suffit pour glacer le sang, particulièrement chez le policier Krauss, un personnage à la fois doux par son visage juvénile, et d’une cruauté extrême.
Les conséquences de cette nuit pourtant destinée à la fête et à la détente dans le motel marqueront la vie des personnages à jamais. Les images d’archive placées stratégiquement tout au long du film nous rappellent la véracité des faits, cette horreur a bel et bien été réelle.
Même si le spectateur ne connaît pas forcément la vie des personnages, ceux-ci semblent  extrêmement vivants, si accrochés à leur survie, tentant désespérément de réagir à l’horreur des faits.

Au premier abord, le film peut paraître manichéen. La police est représentée de la manière la plus perverse possible, exerçant une violence raciste, gratuite, de sang froid. Pourtant, il faut y apporter une nuance. Un soldat revenant du Vietnam en héros subit les mêmes violences que les autres, les deux femmes blanches tremblent de peur également, certains soldats/policiers font preuve d’humanité (perdus dans cet amas de violence et de sang) et le vigile noir se retrouve dans une situation de spectateur où il ne peut ni aider les siens, ni se ranger du côté de la police.

En dehors de ce huis clos dans le motel,les scènes de pillages et d’émeutes nous aident à comprendre la montée de la violence dans le film. Les policiers sont exténués, l’ambiance est électrique. Ces scènes participent au climat étouffant du film. Néanmoins, à part un petit extrait sous forme de bande dessinée au tout début du film, je trouve qu’il n’est pas assez expliqué pourquoi les populations noires pillent et se révoltent. Evidemment, on le comprend tout de même grâce au contexte historique mais plus d’explications auraient pu renforcer la cohérence de leurs actions. Cependant il s’agit d’un film et non d’un documentaire.

Même si le film est controversé (la réalisatrice étant blanche) je le trouve important dans le contexte de montée de l’extrémisme et de présidence Trump. Il permet de ne pas oublier que la lutte pour l’égalité et la liberté n’est jamais totalement acquise et d’autant plus avec les événements de Charlottesville.

Selon moi le film rend justice à l’un des rôles du cinéma : dénoncer.

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