Macron : Président des risques?

La jeune et belle Pyramide en verre regarde cet homme du haut de son pic, elle lui rappelle délicieusement celui qui a voulu la bâtir. Immobile, raide, l’air grave, manche par manche, cet homme endossait le 7 mai dernier son costume présidentiel. Un costume qu’il souhaitait tailler à sa juste mesure, suffisamment large pour atteindre Jupiter. C’était dans cette posture mittérandienne qu’il abattait un à un les pavés de la cour du Louvre au rythme de l’Hymme à la joie. Emmanuel Macron commençait son quinquennat avec une volonté de gouverner avec les symboles, ce jour là : faire rentrer l’Union Européenne dans cet antre de l’Histoire de France, et ce qui peut-être sera le combat de son quinquennat, faire rentrer l’Union Européenne dans l’Histoire de France. Le ton était donné.

Ce moment de tranquillité et de sérénité contrastait ardemment avec l’hystérie des derniers mois. Une campagne que les commentateurs avaient évidemment qualifiée d’inédite, un adjectif dont toutes les campagnes peuvent se targuer en réalité. Mais il est vrai que cette campagne fut une course de fond aux rebondissements multiples… Qu’elle fut longue et dure à gagner cette élection dont la victoire était promise à la droite… Il a fallu enjamber les deux primaires. Il a fallu terrasser les obstacles, le vent, le torrent médiatique abonné à l’instantané, au buzz. Il a fallu endurer la fatigue, les crachats, les huées d’une partie de la France en fureur. Le vainqueur de cette course ne le sait que trop bien, il est certainement l’une des dernières digues avant le choix majoritaire des extrêmes. Dans une France frappée par le terrorisme, le chômage, la pauvreté et la mésestime des Français pour eux-mêmes, le Président de la République se doit d’impulser un nouvel élan à la patrie.

Il est certainement l’incarnation de ce nouvel élan voulu par les Français, un nouveau souffle qui passe par le renouvellement de la classe politique. Le 7 mai c’était un nouvel homme politique qui fut choisi pour occuper la fonction présidentielle. Le 18 juin c’était le coup de boutoir à l’Assemblée, un hémicycle renouvelé et rafraichi. Les Français ont poussé dehors des députés qui laisseront les griffures de leurs ongles sur le rouge des sièges du Palais Bourbon, à force de s’y accrocher et de s’y maintenir. Ces nouveaux entrants, Emmanuel Macron les avait choisis pour leur inexpérience politique, pour leur connaissance du terrain et pour respecter une certaine idée de la parité. Ce casting, les commentateurs l’avaient jugé risqué… L’Histoire est désormais écrite, ce risque s’est avéré gagnant.

Le Président de la République s’est également entouré d’un gouvernement transpartisan, rompant les clivages, un Premier ministre venu du parti Les Républicains qui a rassemblé des femmes et des hommes issus de la droite et de la gauche. C’était le premier clin d’œil politique à son quinquennat qui se veut « et de droite, et de gauche ». Mais l’Histoire était bien trop belle, et voilà Emmanuel Macron rattrapé par les sondages, par les premières manifestations et par les premières critiques de ses années au pouvoir. Aujourd’hui, presque six mois après son élection, une image lui colle à la peau, celle d’un homme de droite : Président des riches.

Deux réformes auront suffi pour lui coller cette étiquette, celle de la Réforme du code du Travail et celle de la suppression de l’Impôt de Solidarité sur la Fortune. Sans rentrer dans la technicité des réformes, la symbolique renvoyée est celle d’un Président de la République qui favorise les patrons et les personnes fortunées.

La philosophie de la première réforme est de rendre notre pays plus attractif et plus productif qu’il n’est actuellement… Il s’agit de transformer notre modèle pour ne plus subir la mondialisation, de se doter des armes pour l’appréhender. Plus nos entreprises retrouveront une meilleure compétitivité, plus elles tireront notre activité économique par le haut… Certains pourront toujours se plaindre en parlant de coup d’Etat social, mais que proposent-ils ? De retourner en arrière, d’enfermer la France, de sortir de la mondialisation. Quelle vision conquérante… Les français en rêvent tellement qu’ils ont été balayés aux dernières élections législatives… Le peuple de France sait qu’aujourd’hui notre pays doit s’adapter pour rentrer pleinement dans le XXIe siècle, pour ne plus être un pays passif dans une mondialisation qui ne cesse de croître.

La philosophie de la deuxième réforme, la suppression de l’ISF, est de faire revenir les capitaux en France et de les voir réinvestis dans l’économie réelle. Ses détracteurs ont donc martelé facilement l’idée que la théorie du ruissellement était une vacuité, mais leur gloubi-boulga n’était que démagogie et simplification de cette réforme… Le Président de la République a préféré donner à cette réforme la théorie de la cordée, les premiers ont la responsabilité et le devoir de tirer les autres par le haut. Que cette suppression n’ait pas une bonne symbolique, je peux largement le concevoir au vu des grandes inégalités qui matraquent la France, mais au-delà de la moraline, cette suppression est certainement une mesure nécessaire pour rapatrier les capitaux, pour la hausse de l’investissement en France en attendant une harmonisation fiscale européenne. En effet, dans le même temps, il se veut réformateur européen parce que la souveraineté de la France dans un monde globalisé passe par l’Europe, la France ne peut pas être seule une actrice de la mondialisation. Il porte véritablement le rêve européen dans une époque où beaucoup voient l’Union Européenne comme un cauchemar.

Chez les jeunes, Emmanuel Macron suscite également une véritable crispation. La baisse des APL est un point d’achoppement dans la relation que le Président de la République souhaite nouer avec la Jeunesse de France. Je me dois tout de même de rappeler que cette baisse était également programmée par le dernier gouvernement dans le projet de budget, c’est une vraie preuve de courage de la part des socialistes de le dénoncer aujourd’hui. Cependant, les dernières mesures proposées par le Gouvernement semblent être vitales pour la jeunesse. Le plan d’investissement pour les jeunes qui n’ont ni diplôme ni emploi est capital au vu de notre taux de chômage chez les jeunes, les gouvernements précédents n’ont jamais réussi à le résorber. Le Plan étudiant est également primordial pour la qualité de notre enseignement secondaire et il sera prochainement accompagné d’une réforme du baccalauréat. De plus, les mesures prises par l’excellent Jean-Michel Blanquer visent à améliorer l’éducation des enfants de la Nation, le dédoublement des classes de CP dans les zones d’éducation prioritaire pour viser l’égalité des chances, le retour des classes bi langues, le retour du grec et du latin, le retour d’une volonté de transmettre une culture générale solide pour viser l’excellence et la connaissance, pour vaincre l’ignorance. Oui, c’est nouveau, ce n’est pas de droite, ce n’est pas de gauche, c’est la République.

Enfin le Président de la République se risque à des phrases provocatrices et chocs qui pourraient faire l’objet d’un deuxième : Un Président ne devrait pas dire cela.. Je ne peux cautionner qu’il qualifie des gens qui souffrent et qui manifestent un mécontentement comme seulement des « gens qui foutent le bordel ». J’avais fortement apprécié son attitude face aux ouvriers de Whirlpool où il avait été compréhensif mais honnête avec eux, sans tomber dans la démagogie. J’avais apprécié son attitude lorsqu’il s’était rendu dans les Hauts de France où il avait été digne et bienveillant… Il est à la hauteur d’un Président de la République lorsqu’il ne méprise pas le peuple. En revanche, une polémique m’avait fortement déplu du côté de ses détracteurs, ceux qui ont condamnés ses propos sur « Les gens qui ne sont rien », c’est écrit et chanté dans l’Internationale… Un peu de cohérence, notre pays en meurt…

Si Emmanuel Macron est en effet le Président des risques, alors il doit aller encore plus loin. Il ne peut plus se taire sur l’islamisme qui progresse dans les endroits perdus de la République, sur notre laïcité bafouée et les endroits où l’autorité de l’Etat est contestée. Une chose l’aiderait, la nomination de Manuel Valls au ministère de l’Intérieur, ce qui se présentera certainement comme une nécessité durant le quinquennat. L’image jupitérienne qu’il veut se donner doit lui permettre d’être en hauteur, il lui faut donc des femmes ou des hommes politiques d’épaisseur capables d’occuper la scène politico-médiatique. Manuel Valls pourrait être cet homme qui aux côtés de Bruno Le Maire peuvent laisser à Emmanuel Macron le soin de s’élever.

Il doit réarmer à l’intérieur et à l’extérieur la France pour lutter contre le terrorisme et la délinquance. Avec l’armée Emmanuel Macron avait déjà pris un risque en réaffirmant sa position de chef, ce qu’il est de droit, et ce qui a contraint son Chef d’Etat Major très apprécié dans les rangs à la démission. Cependant il se doit de respecter envers elle les engagements qu’il a pris durant la campagne, surtout celui d’augmenter son budget à hauteur de 2%. Une autre priorité, la ministre de l’Armée, Florence Parly est tenue de solutionner le problème du logiciel Louvois qui à cause de nombreux dysfonctionnements ne paie pas régulièrement nos soldats. C’est un scandale pour ces femmes et hommes qui donnent leur vie à la défense de la Patrie.

Cependant, la plus grande obligation d’Emmanuel Macron est de prendre des mesures sociales dans un pays qui doit faire face à une situation d’urgence. Pour celui qui a dénoncé durant la campagne les inégalités devant les soins dentaires, il doit par exemple rendre les prothèses dentaires gratuites et faire face aux dentistes réticents. Il faut réorganiser notre système de santé qui repose aujourd’hui seulement sur la bonne volonté et le courage des infirmières. Elles portent héroïquement sur leurs épaules, avec beaucoup de dignité, nos hôpitaux publics. Le Président de la République pourrait également porter l’idée du Revenu universel pour combattre la misère. Dans ce souci de réduire les dépenses publiques, de remplacer notre système boiteux qui nous endette et ne fait pas reculer la pauvreté, le revenu universel est une véritable alternative. Ce système serait plus efficace et moins coûteux que le système actuel. Ce revenu universel permettrait à chaque français de vivre dignement. C’est ce que lui doit l’Etat. Et j’écris ces lignes avec une profonde pensée pour nos agricultrices et nos agriculteurs, qui chaque jour travaillent sans compter leurs heures, qui travaillent sans compter leur douleur, et qui à la fin de leur mois en viennent à compter sur le bout de leurs doigts ce qui leur reste pour vivre. Et certains du bout de ces mêmes doigts se mettent la corde au cou. Cette situation ne peut plus durer en France.

Durant ces premiers mois, Emmanuel Macron a pris des risques, il a fait des paris sur l’avenir. Ses talents de funambule durant la campagne, il doit les conserver au pouvoir, toujours garder cet esprit de transgression, ne pas se laisser happer par cette frilosité de la réélection qui paralyse nos Présidents de la République depuis trop longtemps. Il va devoir prendre le risque de la pédagogie sans tomber dans le ridicule comme Giscard d’Estaing en son temps pour expliquer la profondeur de ses réformes. Il doit désormais, contrairement à ses prédécesseurs, prendre le risque d’appliquer son programme, et en même temps, transgresser avec panache le politiquement correct, prendre ce risque de bousculer une France qui s’endort, qui oublie sa grandeur passée et sa mission d’être « soldat de l’humanité et de l’idéal ».

Un Tigre

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