Macron, président des rixes.

On a le public qu’on mérite. Le public de Macron c’est avant tout celui de ceux qui n’ont pas perdu le combat contre la mondialisation. Alors oui, on remarque que chez ceux qui ont le plus, il existe une tendance à aimer les risques. Pour ce qui ne risquent pas grand chose plus l’enjeu est fort. Et quand on prend de risques, en économie on appelle ça l’omission de l’aversion au risque. Croire aux risques quand on a si peu à perdre est si facile et je ne parle pas d’Emmanuel Macron mais bien de sa « société civile ». C’est vrai qu’elle, au moins, son intérêt c’est de prendre des risques. Face à une situation qui semble désespérée en termes de chômage, de pauvreté et des autres fléaux français, il est normal de penser qu’une politique violente va peut-être faire bouger les choses. Dommage que les parlementaires ne soient pas aussi audacieux lorsqu’il s’agit de remettre en cause certains fondements du système affectant les questions environnementales et sociales. Vous comprendrez qu’il y a les risques déraisonnables et ceux des raisonnés.

Certes, la communication de La République En Marche est bien rodée, jusque dans le nom on tente de faire croire que la politique macronienne s’inscrit dans une douce continuité, qu’ainsi va la vie, les feuilles d’automne tombent comme la reliure du code du travail. Oui il est facile de faire du lyrisme pour métamorphoser un projet violent en douces paroles. Macron c’est un peu comme Rimbaud qui décrit la mort, écrivant que le dormeur du Val a deux trous sur le côté.

« Je ne suis pas le Père Noël » nous dit-il avec une bonhommie qui lui est propre, il a raison, il est mieux que ça, il est Président de la République Française. Et un président en France fait plus qu’un Père Noël, il peut donner des cadeaux à l’instar de la suppression de l’ISF et de l’allègement de 3,3 Mds de charges patronales supplémentaires grâce au renouvellement du CICE. Mais surtout, il peut reprendre arbitrairement certains acquis, à l’image de la baisse des APL et la fin des contrats aidés. La question se pose de la politique économique. En Marche aime qualifier de démagogie la critique des dogmes économiques, n’en est-ce pas une forme que d’user du sophisme des riches nécessaires à l’économie et de la caricature des prestations sociales comme mécanisme d’assistanat. Au-delà des idéologies il y a les faits économiques, et ils ne sont pas le monopole de Jupiter et de ses satellites. Le camp de la raison et son pragmatisme ne devraient pas considérer que le débat sur la théorie du ruissellement est seulement moral. Lorsqu’on prétend relancer l’investissement productif en défiscalisant les capitaux financiers on réalise une erreur économique. En effet, l’échange de produits financiers à Tokyo, Paris ou Londres consiste dans sa quasi-majorité à de l’achat-revente de titres. Un casino géant ouvert aux grandes entreprises, à leurs actionnaires et aux spéculateurs. Le petit patron de province préfère lui obtenir des fonds par l’emprunt. Un calcul effectué par Frédéric Lordon montre que seulement 2% des flux financiers consistent en un investissement dans le capital d’une entreprise, soit l’économie réelle. La suppression de l’ISF est une politique de classe et non un outil de relance. L’économie rejoint alors la morale dans une interrogation qui peut se formuler dans les termes suivants : le budget du gouvernement est-il juste ? Si l’argent des uns fait que beaucoup d’autres ne peuvent pas subvenir à leurs besoins, doit-on conserver un tel système ?

Monsieur Kenigsberg, nous expliquant de tout son savoir, que pratiquer la contorsion face à la concurrence mercantile est un bénéfice contrairement à la passivité voire au conservatisme gauchiste. Il me semble plus correct de dire que c’est bien se coucher face à la tendance qui est d’une passivité triste. La France s’est-elle une fois mise au sol car le monde lui dictait ? Accepter que la pauvreté est le sort du plus grand nombre est d’une passivité voir d’un fatalisme sans nom. Il est pratique d’instaurer l’idée que la France a besoin de réformer pour survivre. Réformer, toujours, encore, mais pourquoi ? Réformer, en soi, ça ne veut rien dire. Dire que réformer est la solution c’est comme dire : prenez un médicament au hasard, vite n’importe lequel, il y a une chance que ça ait les effets désirés.

Loin de moi l’idée de fustiger toutes les actions du Président, et de son chien, car comme l’a souligné l’article d’Arthur il semble qu’il y ait une ambition pour la jeunesse, qui a du sens. A l’exception de ce Pass Culture, qui sur le papier me réjouit, mais me fait déchanter lorsque j’apprends qu’il est en grande partie financé par les GAFA. Je cite Mr. Macron « ces 500 euros seront financés par l’Etat, pour une partie très minoritaire, par les diffuseurs, et par les GAFA. ». Et moi qui croyait qu’un tel Pass fut utile pour se payer un cinéma, voire acheter un manuel scolaire dans la librairie du coin. C’est curieux quand même que les distributeurs de culture via le numérique – qui d’ailleurs ne payent pas d’impôt en France –subventionnent une politique culturelle française. Je ne sais qui est le plus heureux entre les fonds Irlandais ou Luxembourgeois. Bien sûr, ça baisse les coûts pour l’Etat, mais il me semble que de si grandes entreprises n’offrent rien sans contrepartie. Soit on ne connaît pas l’entièreté de l’accord, soit nos lycéens verrons sur leur pass un magnifique logo Amazon. A quoi bon faire marcher l’économie française après tout ? Il faut bien s’adapter aux marchés.

Au-delà de l’acte politique en soi, Mr. Macron est sûrement le Président des risques. Vous voyez, certains comme Mr. Chirac ont stupidement voulu jouer la carte du rassemblement, se plaçant contre la fracture sociale. Il y aussi ceux qui ont pris la peine de parler à la base populaire comme Mitterrand, Giscard ou Hollande –sans pour autant obtenir de concrétisation-. Mr. Macron lui ne s’embarrasse de rien. Je crois qu’aux JO 2024, Paris introduira un nouveau sport, inspiré par son Président : le mépris de classe.

Monsieur Kenigsberg a si vite évité le sujet, y consacrant un paragraphe parmi tant d’autres. Mais il le reconnaît lui-même : « Je ne peux cautionner qu’il qualifie des gens qui souffrent et qui manifestent un mécontentement comme seulement des « gens qui foutent le bordel ». En effet, personne ne peut cautionner cela sinon le MEDEF. Voilà pourquoi Macron est le Président des rixes. Il les a subis plusieurs fois dans la rue, mais ce n’est pas là où il trouvera les fissures qu’il provoque. Les gens qui subissent les mots du Président, ils existent. Certains oublient qu’en France il reste des ouvriers qui travaillent sans pour autant pouvoir se payer un costard. Qu’il existe en France des « fainéants » qui dorment dans leurs voitures entre deux contrats précaires. Qu’il existe des milliers d’étudiants, ceux qui ne font pas encore marcher l’économie, ceux « qui ne sont rien », qui ne peuvent pas manger à leur faim (cf. étude de la Croix-Rouge Pacte Santé 2017).

Oui les mots d’un Président sonnent comme des insultes à l’égard ceux qui subissent la mondialisation. Il me semble violent d’aller leur expliquer à eux qu’ils ne s’adaptent pas assez vite, qu’ils devraient accepter les réformes. Comme si l’on demandait à un muet de parler Anglais parce que c’est cela la mondialisation. Oui, il y a une résistance aux changements, on l’appelle la misère. Et bien que parfois un groupe n’est pas le plus à même à juger de sa situation et des solutions possibles, ce groupe-là ne doit pas être insulté. Lorsqu’on insulte un peuple, duquel on a que peu été légitimé, on peut avoir peur de toutes les rixes qui pourraient suivre.

Je ne sais pas quand est-ce que Mr. Kenigsberg parle avec les classes sociales les plus violentées, mais si maigres soit mon expérience, j’assure que les mots de Macron sont reçus comme une violence. Les ouvriers se souviennent du costard, les manifestants de la fainéantise, les nouveaux chômeurs du bordel, les pauvres du « ceux qui ne sont rien », les guyanais du Père Noël, les Comoriens de la blague sur les Kwassa Kwassa. , les travailleurs qui sont « trop protégés ».

Quand Mr. Macron aura fait le tour des insultes des plus basses classes sociales et qu’il enviera la côte de popularité de Hollande, seul il se retournera vers ceux qui l’ont mis ici. Cependant, ils ne seront plus là, ils se seront remis en quête d’un nouveaux poulain plus à même de faire d’eux les nouveaux rois.

Enzo Villalta, Antoine Le Bec.

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