Référendum catalan : le debrief’

Bon, bon, boooon. Ç’a difficilement pu vous échapper, il se passe des choses dans le nord-ouest de la péninsule ibérique. En d’autres termes peut-être moins policés, ça se castagne en Espagne. Putain, ça aurait fait un bon titre, ça, maintenant que j’y pense…

Enfin, trêve de bavardages superflus et autres envolées circonvolutives ; car aujourd’hui, rien que pour toi, ami sciencepotard à la ramasse sur l’actualité de ces dernières semaines, le Grand Pari (5 étoiles sur Allôresto) te propose ni plus ni moins qu’un résumé de la crise catalane. Elle est pas belle, la vie ?

Commençons par le commencement : tout débuta lorsque Dieu créa Adam et Eve.

Ah, on me signale dans l’oreillette de commencer un peu moins par le commencement. Je m’exécute à contrecœur.

  • Petit context històric

Tout débuta, donc, dans le courant tumultueux d’un 20ème siècle sans répit pour l’Espagne, qui voit sous le régime franquiste s’organiser un nationalisme catalan –certes encore minoritaire à l’époque. Mais, il faut le rappeler, les partis catalans se démènent becs et ongles pour faire bénéficier la région d’un statut spécial, et ce depuis la veille de la Première Guerre mondiale. La Catalogne incarne dès le 19ème siècle une modernité galopante : industrialisation rapide, essor des arts nouveaux (citons pêle-mêle Picasso, Dali, Miro)…

Pourtant, Franco, en 1939, étouffe l’identité catalane : il considère tous les signes d’appartenance régionale comme des preuves de subversions à l’égard du régime. Il faudra attendre 1977, deux ans après la mort du Caudillo, pour que les premières élections démocratiques depuis près de quarante ans ne soient organisées.

La Catalogne prend son essor, portée par une effervescence industrielle permise par les industries automobile (Seat) et du tourisme –notamment. En 2006, une loi accorde l’autonomie à la Catalogne ; mais certains de ses statuts sont invalidés dans les années 2010. Plus particulièrement, le Tribunal constitutionnel retoque la notion de « nation catalane ». Les Catalans s’en offusquent, et on assiste dès lors à une montée en popularité ininterrompue des mouvements indépendantistes catalans (dont le plus représentatif est sans aucun doute Les Indignés –Los Indignados).

Alors, imaginez un peu, lorsqu’en décembre 2016, le gouvernement catalan annonce un référendum sur l’indépendance de la Catalogne ? Du côté des indépendantistes, on exulte ; de celui du gouvernement conservateur de Mariano Rajoy, un peu moins. Il faut dire que la Catalogne représente à elle seule 7,5 millions d’habitants (sur les 47 millions que compte le pays), produit environ 20% de la richesse de l’Espagne et totalise 25% des importations espagnoles. Pour en savoir plus sur les performances économiques catalanes. Bref : l’exécutif espagnol fonce droit dans le mur, et ne peut pas faire grand-chose d’autre que de klaxonner.

  • El referèndum

Le 9 juin 2017, Carles Puigdemont, 54 ans, charismatique président de la généralité de Catalogne et a priori grand admirateur des prouesses capillaires des Beatles dans leurs jeunes années, annonce que le référendum se tiendra le 1er octobre suivant et dévoile la formulation de la question : « Voulez-vous que la Catalogne soit un État indépendant sous la forme d’une république ? »

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Le Parlement de Catalogne vote le 6 septembre une loi sur les modalités du référendum ; mais le Tribunal Constitutionnel répond du tac-au-tac et juge inconstitutionnel le scrutin dès le lendemain. Et c’est là que ça dérape : le 12 septembre, le gouvernement espagnol demande à la police catalane (qui répond au doux nom chaloupé de Mossos d’Esquadra) d’empêcher la tenue du vote, et en profite pour arrêter 14 hauts responsables indépendantistes. Mais les Catalans ne se découragent pas, et, la veille du vote, malgré les milliers de gardes civils postés en marge des bureaux de vote par les autorités espagnoles, occupent les écoles pour empêcher qu’elles ferment.

Le jour du vote, rien ne va plus. Les troupes espagnoles n’hésitent pas à charger la foule, tirant des balles en caoutchouc, pourtant prohibées par le Parlement Catalan depuis 2014. Bilan : 90% pour le oui avec 42% de votants et plus de 1000 blessés, selon le Département de Santé de la Catalogne.

  • Les conseqüències

Vous pouvez choisir de refermer cette page dès maintenant : l’article commence à se faire long, et après tout, pourquoi ne pas penser que tout s’est bien terminé, que la Catalogne indépendante et l’Espagne dansent à présent main dans la main, tels deux gentilles voisines à la Desperate Housewives ?

En vérité, niveau relations de voisinage, on est plus au niveau d’Alderaan et l’Etoile de la Mort. Parce qu’évidemment, ça ne s’arrête pas là. Puigdemont, au lendemain du scrutin, ne sait s’il lui faut jubiler ou courir le plus loin possible. Le chef du gouvernement catalan salue les résultats du référendum, pendant que Rajoy fait l’autruche et refuse de lui reconnaître la moindre portée légale.

People hold banner reading "independence" during a protest for greater autonomy for Catalonia within Spain in Barcelona

Pendant ce temps, les manifestations continuent en Catalogne. D’abord le 3 octobre, lorsque plus de 300.000 personnes défilent dans les rue de Barcelone pour dénoncer les violences perpétrées par la police espagnole. Mais les anti-indépendantistes ne sont pas en reste : le 8 octobre, ils sont entre 300.000 et 950.000 à manifester dans la capitale régionale, pour protester contre l’action de leur gouvernement.

Entretemps, le roi d’Espagne, Felipe VI, d’habitude si quiet, décide de s’en mêler, et tient le 3 octobre des propos assassins à l’encontre de l’exécutif catalan : « Certaines autorités de Catalogne, de manière réitérée, consciente et délibérée, ont bafoué la Constitution et leur statut d’autonomie. (…) Avec leurs décisions, elles ont porté atteinte de manière systématique aux normes approuvées légalement et légitimement, faisant preuve d’une déloyauté inadmissible vis-à-vis des pouvoirs de l’Etat.» C’est un choc pour l’opinion publique espagnole : la famille royale affiche traditionnellement une neutralité à toute épreuve lorsqu’il s’agit des affaires politiques du pays.

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  • Les vacillacions

Spain's PM Rajoy gestures during a news conference at Madrid's Moncloa Palace

Puigdemont sait qu’il doit la jouer fine. Remis en cause au sein même de la Catalogne, il décide le 10 octobre de déclarer l’indépendance de la Catalogne, pour la suspendre aussitôt –selon lui pour laisser le temps à son gouvernement de dialoguer avec Madrid. Cela ne plait pas à Mariano Rajoy. Il lui lance un ultimatum : la Catalogne aura jusqu’au 16 octobre pour confirmer qu’elle a bel et bien déclaré l’indépendance, et jusqu’au 19 pour revenir sur sa déclaration. Sinon, il emploiera l’article 155 de la Constitution espagnole. Cela constituerait une grande première dans l’Histoire juridique espagnole : le « 155 », comme le surnomme la presse ibérique, n’a jamais été utilisé auparavant, et prévoit que le gouvernement peut « adopter les mesures nécessaires pour contraindre le président d’une région autonome au respect des obligations que la Constitution ou d’autres lois lui imposent ».

L’exécutif catalan refuse l’escalade. Sa marge de manœuvre est extrêmement réduite. Finalement, le 21 octobre, le d’ordinaire si flegmatique Mariano Rajoy tape du poing sur la table. Le gouvernement catalan sera destitué, et ses membres mis en examen pour désobéissance et malversation de fonds publics. L’exécutif espagnol se réserve le droit de relever de leurs fonctions les fonctionnaires administratifs pro-indépendance, et prend par ailleurs le contrôle des Mossos d’Esquadra.

Le 27 octobre, le Parlement catalan vote son indépendance, pour fonder une « République catalane ». Pratiquement en même temps, le Parlement espagnol vote en faveur de l’article 155. Il annonce également des élections régionales anticipées en Catalogne pour le 21 décembre, auxquelles deux partis indépendantistes, dont celui de Carles Puigdemont, ont déjà annoncé qu’ils allaient participer. Puigdemont et cinq ministres indépendantistes catalans sont partis se réfugier à Bruxelles.

  • Conclusió

Au niveau international, la crise catalane a secoué l’Europe. Si Emmanuel Macron a annoncé, tout comme Manuel Valls (et Donald Trump) son soutien inconditionnel au gouvernement de Rajoy, Jean-Luc Mélenchon a quant à lui préféré supporter l’action des indépendantistes. Les pays de l’Union Européenne se sont tous calqués sur la position du président français, insistant sur la nécessité de limiter les heurts, à l’instar du Ministre des Finances allemands (désormais président du Bundestag) Wolfgang Schaüble. La Commission européenne, quant à elle, a préféré ne pas intervenir, ni même proposer une médiation : « Je ne vois pas de raison de justifier une ingérence dans les affaires espagnoles, l’Etat de droit n’y a pas été violé, il n’y a pas eu de discriminations juridiques par exemple », soulignait pour le Monde un diplomate bruxellois.

Le 31 octobre, Puigdemont a annoncé depuis Bruxelles qu’il ne retournerait pas en Espagne. La Cour de Justice espagnole, qui avait déjà réclamé une détention pour 8 membres de l’exécutif catalan, a fait savoir qu’elle avait demandé un mandat d’arrêt international à son encontre.



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