Championnats du monde de League of Legends : les jeux vidéos comme vecteur d’émancipation du peuple chinois

Les Worlds de League of Legends ont pris fin le week-end dernier, après une compétition acharnée qui a vu, une fois n’est pas coutume, des Coréens vainqueurs. Si il est vrai que ce pays a la main-mise sur de très nombreuses disciplines d’esport (League of Legends, Starcraft, Heroes of the Storm, Overwatch), le reste de l’Asie n’est pas en reste, avec des Chinois arrivés dans les derniers brackets du championnat.

Si ce que vous venez de lire vous apparaît comme du charabia, c’est qu’il est nécessaire d’expliquer d’abord cet obscur concept qu’est l’e-sport. Le terme est composé du préfixe e-, qui fait référence aux technologies en ligne, connectées, et sport, qui désigne l’ensemble des disciplines physiques ou mentales praticables de manière compétitives (collectivement ou individuellement).

League of Legends (LoL pour les intimes) fait donc partie de cette catégorie : ce MoBA, ou Multiplayer online Battle Arena, voit s’affronter (uniquement sur ordinateur) sur une carte fermée 10 joueurs organisés en 2 équipes de 5, qui ont pour but de détruire le cœur de la base adverse, appelé Nexus. Avec plus de 65 millions de joueurs mensuels, il est le jeu le plus joué au monde, et de ce fait le plus retransmis, avant sur Internet via Twitch.fr, et maintenant à la télévision sur certaines chaînes comme L’Equipe ou Canal + Sport.

La scène compétitive de League of Legends s’articule autour de championnats régionaux (Europe, Amérique du Nord, Corée, Chine et Hong-Kong pour les 4 ligues principales). Les gagnants de chaque ligue se qualifient pour les championnats du monde, qui s’organisent de la même manière que la Ligue des Champions au football : phases de poule, puis ensuite phases à élimination directe. Chaque année, une région est désignée organisatrice de l’événement, et l’édition 2017 a été confiée à la Chine.

La Chine a une histoire particulière avec League of Legends. C’est une des scènes compétitives les plus développées au monde. Les joueurs-star, tel le midlaner Xiaohu de l’équipe Royal Never Give Up, sont perçus (et rétribués) comme nos Mbappé ou Dembélé, sans exagération. Les joueurs chinois sont d’ailleurs ceux qui passent le plus de temps avec leurs fans. Cela entraîne une augmentation constante du nombre de joueurs à travers le pays. Les jeunes y voient une manière de se libérer, comme dans la pratique d’un autre sport.

De plus, League of Legends est, grâce à sa messagerie interne, comparable à un réseau social. La notoriété de la ligue chinoise attire de plus en plus de joueurs étrangers : en effet il est possible, moyennant une certaine somme, de jouer et donc de converser de chez soi avec des joueurs chinois sur leur serveur.

Dans un pays où même Facebook reste interdit, cela permet un désenclavement énorme de la population et des jeunes en particulier. En effet, le gouvernement ne peut contrôler toutes les actions des gens sur les jeux vidéos, car il risque se faisant de casser un marché économique florissant (places de stade, produits dérivés, publicité, sponsoring). De ce fait, les jeunes chinois communiquent avec le monde à travers la messagerie. Même si cela semble peu, pour ceux qui n’avaient presque aucune ouverture avant, cela représente beaucoup.

De plus, on dénombre 500 millions de fans de LoL à travers le monde (qui supportent une équipe où qui suivent, tout simplement, actualité compétitive). Les salles, en Chine, étaient remplies de spectateurs étrangers pour ces derniers matchs. De manière inversée, c’est le monde qui par là vient à la rencontre de la Chine.

La formation de cet esprit « gamer », de cette communauté internationale, est fédératrice pour tous, et permet d’inclure un peuple et d’alléger l’oppression qui pèse sur ses épaules.

Au-delà de l’e-sport, domaine dans lequel la Chine se distingue particulièrement (demi-finaliste des Worlds de League of Legends, quart-de-finaliste des Worlds d’Overwatch), l’organisation des JO, ou des JO d’hiver, de compétitions sportives internationales, permettent d’ouvrir le pays aux autres. Malheureusement, ces événements sont sur-encadrés par l’État chinois de manière à garder le contrôle sur le peuple, et de renvoyer l’image exacte voulue.

Même si il est un peu tôt pour parler d’un désenclavement total des chinois grâce aux jeux vidéos, on peut voir quand même que par le biais d’un loisir, d’une passion qui réunit des dizaines de millions de gens, le peuple mandarin est un peu moins seul face au manque de liberté, et marche fièrement vers des jours meilleurs.

Alban Tran

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