On était a l’existrans. (malgré le silence des médias)

Le samedi 21 octobre 2017, je me suis rendu, accompagné d’un ami à une manifestation dont on a trop peu parlé: l’Existrans*. En effet, bien que celle-ci ait rassemblé plus de 2500 militants à Paris (chiffres de l’organisation), seule une poignée d’articles, notamment de presse spécialisée dans les causes LGBTQ apparaît à son sujet dans la catégorie “presse” des moteurs de recherche. La question de la transidentité** est pourtant capitale pour de nombreuses personnes concernées. Retour sur les revendications portées par les militant.e.s à l’existrans.

Derrière les drapeaux trans**(bleu, rose, blanc), intersexe***, (jaune, rond violet) et LGBTQ (arc-en-ciel) flottent en effet de nombreux combats portés depuis des années par les trans, intersexes et leurs allié.e.s: vision de l’État, difficulté des démarches de changement d’état civil, prises en charges médicales désastreuses et coûteuses, ou encore lutte contre les discriminations et reconnaissance de toutes les identités de genre.

drapeaux
Drapeaux trans et intersexe.
  • Un état-civil incompatible avec la transidentité

Pour commencer par l’aspect dépendant purement de nos juridictions, les militant.e.s revendiquent un accès plus facile au changement d’état-civil, voire mieux, une réforme des mentions figurant sur ce dernier. À la manif j’ai ainsi pu rencontrer un militant dont la pancarte dénonçait “Changement de prénom: sans nouvelles depuis juin”. À travers son exemple, celui-ci soulève que les démarches pour changer les mentions “prénom” et “sexe” de l’état-civil, sont longues, complexes et éprouvantes pour les trans et intersexes, et qu’elles n’aboutissent pas toujours au résultat escompté. L’urgence de démarches plus simples, plus efficaces et moins médicalisées/psychologisées, a donc été mise en avant à l’Existans. Le collectif1 proposait par exemple le “changement de la mention de genre ou de non genre à l’état civil libre et gratuit en mairie”. Derrière le slogan “ôte ton sexe de mon état-civil!” se cache l’extension de ce combat: pour éviter les problèmes liés à la mention “sexe” de l’état civil, une des solutions serait de remplacer cette mention par une mention “genre”, incluant un genre neutre, voire de la supprimer totalement. Les trans et les intersexe considèrent qu’en plus d’être inconfortable pour eux.elles -n’étant pas représentative du genre de chacun.e- cette mention est complètement intrusive: chacun devrait être libre de garder pour lui.elle avec quelles parties génitales iel vit sa vie.

  • Une prise en charge médicale très difficile

Le genre, est, dans la conscience collective très lié à l’apparence d’une personne, ainsi, pour être à l’aise avec leur physique et pour être reconnu.e.s par tou.te.s dans la catégorie de genre dans laquelle iels s’identifient, il est courant que les trans et intersexe aient recours à des interventions médicales (chirurgicales et/ou hormonales). Cependant, il existe de nombreux problèmes liés à ces interventions: elles sont tout d’abord soumises à la condition de nombreux examens et d’entretiens parfois inutiles: il n’est pas rare que les personnes trans et intersexe soient malmenées psychologiquement et/ou physiquement au cours de ces examens. D’autre part dans cette même logique, toutes les prises en charge ne sont pas qualitatives. Certaines opérations médicales sont refusées, prétextant des critères n’ayant rien à voir avec le genre ou l’état médical de la personne comme son orientation sexuelle, ses origines sociales ou ethniques ou encores ses habitudes et son apparence physique. Il arrive également que des opérations médicales, notamment chirurgicales soient bâclées et donnent des résultats esthétiquement et médicalement critiquables. Ces cas de discrimination ou d’interventions médicales ratées sont notamment dénoncés comme fréquents chez la SoFECT, une organisation de médecins décrit.e.s comme “autoproclamés spécialistes de la transidentité”. Malheureusement, ces “spécialistes” semblent être les seul.e.s à se reconnaître comme tel.le.s: en plus des défauts énoncés précédemment, des cas très graves, comme des mutilations sexuelles ont été reportées par leurs patient.e.s. Enfin, les soins requis par les trans et les intersexe sont coûteux, et trop peu pris en charge par les caisses de sécurité sociale et les mutuelles. Les militant.e.s réclamaient ainsi des médecins mieux formés, des prises en charge qualitatives et mieux remboursées, ainsi que la fin des discriminations dans le milieu médical.

  • Des discriminations omniprésentes

Les discriminations, au sens plus large du terme ont été également au coeur du combat de l’Existrans . En effet, dans toutes les structures sociales, du travail ou iels rencontrent des difficultés à l’embauche et dans la vie de l’entreprise, en passant par les études ou iels rencontrent des problèmes semblables, jusqu’aux toilettes publiques, genrées et donc implicitement soumises à un jugement physique des individus, les trans et les intersexe rencontrent  énormément de problèmes dans la vie en société. De plus, l’existence de structures genrées suppose une binarité du genre, seulement, le genre est reconnu comme un “spectre”, ainsi, ceux.elles qui s’identifient entre le genre masculin et féminin, sans avoir de penchant pour l’un ou l’autre se définissent comme “non-binaires” et sont encore plus frappé.e.s par les discriminations liées au genre.

Ainsi, en fonction des revendications portées, l’Existrans se divisait en un cortège uni, lui-même divisé en sous-cortèges, en groupes en fonction des revendications qui tiennent à coeur à chacun.e. Des cortèges et des groupes liés à la lutte contre les discriminations qui peuvent s’ajouter à la transidentité (féminisme, antiracisme, lutte contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle) se sont également organisés . À travers des actions fortes telles que son cortège, ses slogans ou encore son très impressionnant die-in4 place de la République, l’existrans a su démontrer une fois de plus l’urgence pour les autorités de prendre des mesures pour aider les personnes transgenre et intersexe. La manifestation continuera à défiler chaque année pour rappeler l’existence des problèmes rencontrés par les trans et les intersexe.

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Die-in**** place de la République à l’occasion de l’Existrans

Je tiens à remercier chaleureusement les concerné.e.s qui m’ont aidé pour corriger cet article et qui m’ont donné des photos pour l’illustrer!


*: Existrans: manifestation annuelle organisée par le collectif Existrans pour porter la voix et les revendications des personnes transgenre** et intersexe***.

**: Transidentité, Transgenre: termes désignant les personnes dont le genre attribué à la naissance (en fonction du sexe du nouveau-né, sauf pour le cas des personnes intersexe) ne correspond pas à celui auquel iels s’identifient. Opposé du terme cisgenre: personne qui s’identifie au genre qu’on lui a attribué à la naissance.

***: Intersexe: Une personne naît intersexe si elle ne naît avec des caractéristiques mâle et femelle, en d’autres termes, avec deux sexes, les intersexe sont donc nécessairement concerné.e.s par la transidentité car leur genre ne peut pas être déterminé par leur sexe à la naissance.

****: Die-in: pratique démonstrative militante consistant à se coucher par terre, imitant ainsi des mourant.e.s pour dénoncer l’urgence et le danger représentés par une situation.

 


https://tetu.com/2017/11/02/trans-et-intersexes-vers-un-combat-mediatique/

https://tetu.com/2017/10/20/existrans-2017-le-changement-detat-civil-est-encore-soumis-a-larbitraire-des-juges/

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