Le Venezuela, symptôme d’une Amérique Latine dans la tourmente ? / Concours Diplo d’Or 2017

« Nous allons émerveiller le monde entier. » déclare Nicolás Maduro lors de la mise en place d’une Assemblée Constituante le 1er mai 2017. Si sa volonté d’impressionner par une transformation de l’Etat vénézuélien s’est soldée par un échec incontestable, N. Maduro a néanmoins réussi à émerveiller le monde par son incapacité à gérer la crise économique qui touche de plein fouet son pays, de même que la demande d’une réelle démocratie de la part de son propre peuple. Corruption, violence, et pénuries : voilà comment apparaît désormais le Vénézuela, pourtant voix de la démocratie en Amérique Latine au milieu du XXème siècle.

  • La crise politique est profondément liée à la crise économique.

Le Venezuela s’est reposé pendant des années sur sa plus précieuse ressource : l’or noir. Pays le plus riche d’Amérique du Sud en terme de PIB par habitant en 1999 le Venezuela connaît désormais un taux d’inflation proche des 800%. En effet, si selon l’OPEP le Venezuela disposait fin 2010 de 269,50 milliards de barils de pétrole, ce qui le plaçait en leader mondial devant l’Arabie saoudite, une mauvaise gestion de l’économie et notamment un manque de diversification de celle-ci a entraîné l’effondrement de l’économie vénézuélienne lors de la chute du cours du pétrole en 2014. Vu comme l’instrument de réalisation de la révolution bolivarienne du côté chaviste, le diplomate vénézuélien Juan Pablo Pérez Alfonz parle pour sa part « d’excrément du diable » pour désigner cette ressource énergétique : le pétrole divise. Ce qui est du moins incontestable est le fait que la crise économique frappant durement le Venezuela a fait émerger de vieilles rancoeurs, chaque nouvelle pénurie amplifiant les mouvements de contestation et chaque mauvaise décision politique de N. Maduro rendant l’opposition encore plus tenace.

  • Une crise économique touchant de nombreux pays d’Amérique Latine.

Si il serait inexact de parler d’Amérique Latine en un terme singulier, les différents pays présents dans cette région ont pourtant de nombreuses similitudes. Tout d’abord ils ont, pour la majorité, une situation économique compliquée provoquée la plupart du temps par une mauvaise gestion des politiques économiques. Le Brésil a connu en 2015 et en 2016 deux très fortes années de récession répondant à la crise politique encourue par le pays et à un contexte économique compliqué. Cette baisse importante de la croissance par tête a causé la pire crise qu’ait connu le Brésil depuis les années 1930. De même, l’Argentine a fait face à une forte période de récession en 2016 se débattant encore contre la forte inflation et l’importante dette publique héritée de l’ère Kirchner. Le Venezuela n’est donc pas le seul pays à souffrir d’une crise économique dévastatrice bien que son cas soit assez paradoxal étant l’un des pays les plus riches d’Amérique Latine.

  • De l’effondrement du modèle économique à celui du modèle politique.

Les nombreuses pénuries engendrées par la crise économique ont gravement remis en cause le modèle mis en place par Hugo Chávez de 1999 à 2013. En effet, le manque grandissant de nourriture ou même de médicament est alarmant, selon la fédération pharmaceutique vénézuélienne les Vénézuéliens seraient privés d’environ 85% de la gamme habituelle de médicaments. Cela n’est pas sans conséquence, le peuple se soulève, manifeste, exprime sa contestation, et réclame des conditions de vie respectables. En réponse, le gouvernement réprime et utilise la force armée, c’est ainsi que débute l’escalade de la violence. Des centaines de morts et des milliers d’arrestations arbitraires témoignent de cette relation empoisonnée entre le gouvernement vénézuélien et son peuple. Le Venezuela est désormais, d’après un rapport de l’observatoire vénézuélien de la violence publié en 2016, le deuxième Etat le plus violent au monde après le Salvador ce qui a des conséquences direct sur l’image du Venezuela à l’international et sur son rôle au sein même de l’Amérique Latine.

venezuela
Jeune femme manifestant pour un retour à la paix au Venezuela. – Source http://jones-aucunachatrequis.blogspot.fr/2017/08/venezuela-blues.html
  • L’échec d’une politique de gauche.

Le révolution bolivarienne qui se voulait redistributive dans l’objectif d’aider les plus pauvres s’est soldée par un échec incontestable. L’argent issu du pétrole a été en partie redistribué mais a également servi une logique de clientélisme et de corruption. De même, la redistribution permanente sans mise en place de nouveaux plans d’action pour le futur peut être tenue responsable de la crise sans précédent que connaît le Venezuela. Ce cas n’est pas le symptôme d’une Amérique Latine en difficulté. Des pays dont on parle peu comme l’Equateur ou la Bolivie ont réussi à allier politiques de gauche et politiques pragmatiques. C’est un succès à la fois en terme de croissance mais également en terme de réduction des inégalités. Ainsi, l’échec vénézuélien relève d’avantage de l’incompétence et de l’attitude stoïque de ces dirigeants que d’une impossible conciliation entre politique en faveur des plus pauvres et croissance économique.

  • La corruption comme poison de la démocratie.

Tandis que l’Amérique Latine connaît une vague importante de lutte contre la corruption, le Venezuela se démarque tristement par un système entièrement corrompu. Cela s’est illustré le 29 mars 2017 lorsque la Cour suprême, réputée pour être très proche du gouvernement, s’est emparée des pouvoirs de l’Assemblée. De même, lors de l’élection de l’Assemblée constituante souhaitée par le président N. Maduro certains électeurs ont eu l’honneur de pouvoir voter deux fois, principe en totale contradiction avec le système démocratique. Lorsque des voix contestataires souhaitent se faire entendre comme la procureure générale Luisa Ortega, elles sont immédiatement étouffées. Parallèlement, différents pays d’Amérique Latine tentent de lutter contre ce fléau, l’exemple le plus frappant étant le Brésil. Le renversement de la présidente Dilma Rousseff en 2016 ainsi que le procès de nombreux députés, sénateurs et chefs d’entreprise ont prouvé à l’Amérique Latine et au monde entier qu’une justice forte et indépendante était possible. Cette lutte contre la corruption s’étend également à l’Argentine, au Guatemala et au Mexique qui tente de rétablir l’ordre dans ses services de police et militaire. Le Venezuela semble alors se placer à contre-courant de ces percées démocratiques malgré les nombreuses revendications citoyennes.

Ainsi, la crise au Venezuela n’est pas révélatrice d’une Amérique Latine dans la tourmente mais devrait au contraire être perçue comme l’aspiration d’un peuple à une nouvelle ère, plus démocratique et plus respectueuse de l’être humain. Si l’Amérique Latine se débat encore contre les anciens démons de la dictature, une situation économique délicate et des fléaux tels que la corruption, une nouvelle page semble se tourner qui n’en doutons pas donnera à l’Amérique Latine une place honorable sur la scène internationale.

Lou-Anne Ducos

Sources :

-Laurence Daziano, Les pays émergents : Approche géo-économique, Armand Collin, 2014

-Olivier Dabène, Frédéric Louault, Atlas de l’Amérique latine : croissance, la fin d’un cycle, Atlas monde, 2016

-Courrier International, Venezuela, le temps de la dictature, août 2017

Radio France Internationale, Crise au Venezuela : l’inquiétude des voisins d’Amérique Latine, 03/05/17

France Culture, 29min Crise au Venezuela, Brésil, Argentine, Trump : incertitudes en Amérique latine, 22/04/2017

La Tribune, Venezuela : 5 choses à savoir sur la crise économique et politique, 20/04/17

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